Si vous croyez que la naissance de la Réserve fédérale est le fruit d’un « coup d’État bancaire », c’est à cet idéologue antisémite américain que vous le devez.

Eustace Mullins (1923-2010 ; crédits : inconnu).

Il y a dix ans, Eustace Mullins (1923-2010) disparaissait à l’âge de 86 ans, trois semaines après avoir été frappé par un AVC. Figure de l’extrême droite américaine, cet idéologue conspirationniste est essentiellement connu pour son ouvrage, The Secrets of the Federal Reserve, publié pour la première fois en 1952 et stabilisé dans sa version définitive en 1991, consacré à la Fed, la Réserve fédérale, l’institution qui, aux États-Unis, fait office de banque centrale.

Disciple de l’écrivain pro-nazi Ezra Pound, Mullins rapporte avoir commencé à enquêter sur les origines de la Fed en 1949 à la demande de ce dernier à qui il rendait régulièrement visite lors de sa détention. Arrêté par les forces américaines en Italie en 1945 et inculpé pour haute trahison, Pound fut interné dans un hôpital psychiatrique de Washington jusqu’en 1958. Naturellement, Mullins évite soigneusement de mentionner la compromission de son mentor avec le régime hitlérien, le régime fasciste italien et ses relations étroites avec l’Union des fascistes britanniques, de même que son « antisémitisme radical », pour reprendre les mots du biographe de Pound, Pierre Rival.

Employé de manière éphémère à la prestigieuse Bibliothèque du Congrès au début des années 1950, Mullins entame rapidement une carrière de polygraphe antisémite. Relatant, dans une revue confidentielle d’extrême droite, The Broom (« Le balai »), sa visite au siège des Nations-unies, il écrit : « Je suggère à quiconque n’est pas antisémite de visiter les Jewnited Nations [jeu de mot sur United Nations – ndlr] ».

Mullins n’a pas trente ans lorsqu’il publie, en 1952, dans le Bulletin du très fasciste National Renaissance Party (NRP), un texte intitulé Adolf Hitler: An Appreciation, dont Conspiracy Watch s’est procuré une copie. Faisant l’apologie du dictateur allemand, il reproche aux « banquiers juifs internationaux », les Warburg et les Rothschild, ainsi que leur « outil », le président américain Franklin D. Roosevelt, d’être à l’origine du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale.

Son activisme attire l’attention de la Commission de la Chambre des représentants sur les activités antiaméricaines, la HCUA, qui le répertorie dès 1954 comme un militant « néo-fasciste ». L’année suivante, Mullins est cité, déjà, comme faisant autorité par le Canadien William Guy Carr dans son livre Des pions sur l’échiquier, l’un des grands classiques de la littérature complotiste de la seconde moitié du XXe siècle. Lui-même citera des passages entiers de Carr dans des éditions ultérieures de The Secrets of the Federal Reserve.

En 1968, Mullins fait paraître un texte intitulé The Biological Jew. C’est l’Aryan League of America, une organisation néo-nazie, qui en assure l’édition. Quelques extraits suffisent à rendre compte de la vision du monde à laquelle souscrit Mullins :

« Le Juif a toujours mieux fonctionné comme un lèche-bottes, un pornographe, un maître de la prostitution, un apôtre de la perversion sexuelle, un ennemi des normes et des interdits qui prévalent chez les Gentils [les “non-Juifs” – ndlr] en matière de sexualité. »

« Cette cérémonie religieuse consistant à boire le sang d’un enfant non-Juif innocent est à la base du concept entier du Juif de son existence en tant que parasite, vivant du sang de l’hôte. »

« Trahison, fraude, perversion, toutes les caractéristiques de la vie juive en diaspora, parmi les Gentils. Et c’est du parasitisme. »

« L’existence du parasite juif sur l’hôte est un crime contre la nature, car son existence met en danger la santé et la vie de l’hôte. Ainsi, tout ce que le Juif fait en relation avec cette existence parasitaire est un acte criminel, et fait partie d’une existence criminelle globale. »

« Les Juifs veulent que personne ne sache ce qu’est le nazisme. Le nazisme est simplement ceci : une proposition visant à ce que le peuple allemand se débarrasse des Juifs parasites… Et à quel point tout cela fut finalement inutile, car aujourd’hui les banquiers juifs possèdent 60% de l’industrie allemande et leurs biens sont protégés par l’armée d’occupation américaine. »

Le fanatisme antijuif d’Eustace Mullins ne semble pas s’être particulièrement estompé avec les années. En 1987, dans The Curse of Canaan: A Demonology of History, l’idéologue soutient que les Juifs (qu’il appelle parfois les « Canaanites ») descendent littéralement de Satan, faisant au passage remonter le fantasmatique « complot judéo-maçonnique international » à l’antique Babylone…

Dans son livre A Culture of Conspiracy (2006), le politologue Michael Barkun montre qu’à l’instar de son mentor Ezra Pound, « Mullins estime que tout le mal dans le monde est le produit de manipulations financières dans lesquelles les Juifs jouent un rôle central ». Dans The World Order: Our Secret Rulers. A Study in the Hegemony of the Parasitism, publié en 1992 et dont la couverture est ornée des armes de la famille Rothschild, Mullins va jusqu’à considérer que les Illuminati – du nom de cette éphémère société secrète bavaroise dissoute en 1785 et qui cristallise les fantasmes complotistes depuis plus de deux cents ans – étaient et continuent d’être dirigés par des Juifs… Un livre que Barkun considère comme « [l’une des versions] les plus ouvertement antisémites de la théorie du complot sur les Illuminati ».

Négationnisme

The Secret Holocaust, d’Eustace Mullins (édition de 1984).

Dans une interview mise en ligne en mai 2004 sur le site conspirationniste rense.com, Mullins rapporte qu’à la fin des années 1950 a commencé à se poser la « question de l’Holocauste ». Il explique avoir « souvent dit qu’après la mort de six millions de Juifs, la plupart d’entre eux sont devenus propriétaires d’appartements à Manhattan et à Tel-Aviv ». Ce « sujet » ne l’aurait pas beaucoup intéressé… « si ce n’est pour la façon dont il est utilisé pour la propagande et le contrôle des esprits ». Dans les faits, Mullins s’est distingué par plusieurs écrits négationnistes tout au long de sa carrière, comme avec la brochure The Holocaust Explained, publiée en 1981 par la Christian Defense League (CDL), une organisation antisémite américaine. Une autre de ses brochures d’une trentaine de pages, The Secret Holocaust (1983), est présentée par ses éditeurs en ces termes :

« Tandis que les Juifs prétendent avoir été “exterminés” et “gazés” pendant la Seconde Guerre mondiale, quels sont les massacres qu’ils ont commis contre les chrétiens à travers les siècles ? Ici sont expliqués quelques-uns des pires, des VRAIS holocaustes de l’histoire ».

Le texte prétend que les Juifs sont les vrais responsables de la Seconde Guerre mondiale et que l’Holocauste n’a jamais eu lieu.

Auteur pour le magazine Spotlight, membre du comité de rédaction d’American Free Press, deux publications complotistes émanant du Liberty Lobby de Willis Carto, Mullins intervient, en septembre 2006, à une conférence sur la « liberté d’expression » organisée par la Barnes Review, autre publication du Liberty Lobby, spécialisée dans le négationnisme. Il s’y trouve notamment en compagnie de la négationniste britannique Michèle Renouf.

L’histoire de l’extermination des Juifs n’est pas son unique centre d’intérêt. Dans Murder by Injection. The Story of the Medical Conspiracy Against America (1988), un livre présenté sur le site eustacemullins.us comme étant « l’un des plus importants jamais écrits », Mullins dénonce la vaccination sur fond de complot des Rockefeller.

Le « complot » de la Réserve fédérale

The Secrets of the Federal Reserve (originellement publié en 1952, « sur leurs fonds personnels », par deux disciples d’Ezra Pound sous le titre Mullins on the Federal Reserve, puis de nouveau en 1954 sous le titre The Federal Reserve Conspiracy) se présente comme un brûlot prétendant apporter la preuve d’une vaste conspiration internationale visant à confisquer au peuple américain le contrôle sur sa monnaie et qui serait à l’origine de la dette publique. « Le complot, écrit Mullins, a été ourdi par des hommes qui contrôlaient déjà la plupart des ressources de ce pays. » Mais ce n’est pas tout :

« [Ces] hommes les plus puissants des États-Unis rendaient eux-mêmes compte à une autre puissance, une puissance étrangère, une puissance qui avait résolument cherché à étendre son contrôle sur les États-Unis, depuis le tout début de cette jeune république. Et cette puissance était la puissance financière anglaise, concentrée dans la branche londonienne de la Maison Rothschild ».

Cet ouvrage a connu un succès international durable. Si les noms de Rothschild, Rockefeller, Morgan ou Warburg y apparaissent plusieurs centaines de fois, le mot « juif » en est pour ainsi dire quasiment absent. Ce vocabulaire codé permet à Mullins de s’adresser à un public bien plus large que celui des petites publications antisémites dans lesquelles il écrit au même moment. Mais les spécialistes ne s’y trompent pas. The Secrets of the Federal Reserve a été recommandé par le leader de la Nation of Islam en personne, l’Américain Louis Farrakhan. Les idées-forces du livre ont également été recyclées par l’avocat et auteur conspirationniste malaisien Matthias Chang pour qui Mullins a exposé « avec pertinence et courage […] le complot qui a mené à la formation du système de la Réserve fédérale ». Pour l’auteur conspirationniste canadien Henry Makow, Mullins fait figure de « pionner dans la dénonciation de la subversion de l’humanité par les banquiers cabalistes ». Quant au leader d’Al Qaïda, Oussama Ben Laden, il aurait lui aussi possédé sur son ordinateur une copie du livre de Mullins.

Les Secrets de la Réserve fédérale, d’Eustace Mullins (éd. Le Retour aux Sources, 2010).

Pour ce qui concerne la France, l’influence posthume d’Eustace Mullins s’exerce via des enregistrements vidéo de certaines de ses conférences, parfois sous-titrées en français. Elle doit beaucoup, cependant, à la traduction en français de la dernière version de The Secrets of the Federal Reserve, assurée par le blogueur conspirationniste Jean-François Goulon. En octobre 2010, quelques mois après le décès de Mullins, paraît Les Secrets de la Réserve fédérale chez Le Retour aux sources – une petite société d’édition fondée par Michel Drac. Cet activiste d’extrême droite, qui évolue dans la sphère de la Dissidence (il fut membre de l’association soralienne Egalité & Réconciliation), en signe la préface. Il décrit l’opus magnum de Mullins comme le récit de « six ans d’intrigues, de serments trahis, de mensonges éhontés et de demi-vérités soigneusement travesties. Six ans, au cours desquels les grands banquiers d’affaires prirent appui sur la faillite programmée de leur système, pour refonder leur pouvoir ».

Alain Soral considère de son côté que Les secrets de la Réserve fédérale est rien moins que « le livre le plus important jamais écrit pour comprendre comment l’oligarchie bancaire domine le monde ». L’ouvrage est d’ailleurs présent au catalogue de Kontre-Kulture, la boutique en ligne de sa propre société d’édition. Il faut dire que la page que Soral consacre dans Comprendre l’Empire, son essai paru en février 2011, à la création de la Réserve fédérale américaine, reprend presque mot pour mot la thèse – fantaisiste – de Mullins selon laquelle la Fed ne serait pas vraiment une banque centrale. Dans l’avant-propos qu’il donne à son livre en 1991, Mullins écrit :

« J’ai sonné le tocsin pour avertir que le Système de la Réserve Fédérale n’est pas fédéral, qu’il ne possède pas les moindres réserves et qu’il ne s’agit pas du tout d’un système, mais, plutôt, d’un syndicat du crime. »

« Ni une réserve, ni fédérale » : ce mantra résonnera dans toute la complosphère dès qu’elle évoquera la Fed et le livre de Mullins. Alain Soral (Comprendre l’Empire, 2011) : « Une Banque des banques qui, contrairement à ce que son nom indique de façon parfaitement mensongère, n’est ni une réserve, ni fédérale, ni même spécialement américaine » ; Etienne Chouard (Blog du Plan C, 2011) : « Il s’agit de l’histoire étonnante – et éclairante – de la prétendue “Réserve fédérale américaine” (qui n’est ni réserve, ni fédérale, ni même américaine peut-être…) » ; Paul-Eric Blanrue (blog Le Clan des Vénitiens, 2015) : « On y apprend que la Réserve ne possède guère de réserves et n’est nullement fédérale », etc.

>>> Lire, sur Ordre spontané : Non, la Fed n’est pas une banque privée, par Guillaume Nicoulaud (09/07/2015)

Sur la couverture de la version française du livre figure la phrase : « Donnez-moi le contrôle de la monnaie d’une nation, et je me moque de qui fait ses lois ». Attribuée par l’éditeur à Mayer Amschel Rothschild (1744-1812), le fondateur de la dynastie Rothschild, cette citation est en réalité totalement apocryphe, comme l’a montré Conspiracy Watch l’année dernière. Du reste, elle ne figure même pas dans le texte de Mullins.

Dans l’avant-propos qu’il a rédigé, Jean-François Goulon ne dissimule pas son enthousiasme pour le livre de Mullins – il en possédait depuis longtemps une copie sur son ordinateur explique-t-il :

« Les pièces de ce gigantesque puzzle commençaient à s’ajuster et je pouvais enfin établir le lien entre certains aspects obscurs de l’Histoire et la manière dont fonctionne le monde aujourd’hui. J’avais sous les yeux la preuve que le sort des peuples se décide en coulisses. [Mullins] nous apporte un éclairage saisissant sur les puissants qui se cachent derrière le “Novus Ordo Sæculorum”, le nouvel ordre du monde, et comment ils ont construit la Mondialisation, telle que nous la connaissons aujourd’hui ».

Dès le mois de février 2011, Étienne Chouard recommande chaudement sur son blog la lecture du livre de Mullins dans un post intitulé « La révoltante histoire de la “Réserve fédérale” américaine, hold-up planétaire sur la création monétaire ».

Etienne Chouard, fan de Mullins

Le blogueur annonce qu’il est « en train de dévorer deux livres importants », celui d’Antony C. Sutton, Le Complot de la Réserve fédérale et le livre de Mullins. Celui-ci, explique Chouard, « montre surtout le rôle décisif de cette maffia bancaire dans toutes les grandes guerres du XXe siècle ». Et de souligner : « C’est terrible, on dirait qu’ils financent (et corrompent) tous les camps ! ».

Trois mois plus tard, dans un nouveau post de blog (« Jacques Cheminade, authentique sentinelle du peuple, maltraité depuis longtemps par les chiens de garde de l’oligarchie », mai 2011), Chouard revient sur le « formidable » livre de Mullins, « à lire absolument »

>>> Lire, sur Conspiracy Watch : Etienne Chouard et la monnaie : ignorance, incompréhension et fantasmes, par Alain Beitone (29/08/2018)

A supposer que la dimension conspirationniste du livre de Mullins ne saute pas immédiatement aux yeux du lecteur, il suffit pourtant, à cette date, d’une rapide recherche sur Google pour obtenir des informations précises sur le parcours de l’auteur des Secrets de la Réserve fédérale, décédé un an plus tôt. L’Anti-Defamation League (ADL), la principale organisation américaine de lutte contre l’antisémitisme, avait notamment publié une nécrologie aussi complète qu’explicite sur Mullins et la passion antisémite qui l’animait. De cela, les lecteurs du blog d’Etienne Chouard ne sauront rien.

L’année suivante, en avril 2012, Etienne Chouard relaie sur son blog une vidéo de Mullins au titre éloquent : « Eustace Mullins : le rôle du sionisme dans l’Holocauste et dans la création d’Israël ». On est loin, très loin, des questions économiques, monétaires ou de démocratie directe, autre cheval de bataille d’Etienne Chouard.

Capture d’écran du Blog du Plan C (24/01/2013). Le commentaire d’Etienne Chouard daté du 12 avril 2012 a depuis lors été supprimé.

Pendant un peu plus de 8 minutes, Mullins propose dans cette vidéo une lecture fantasmagorique des origines du nazisme et de l’extermination des Juifs. Il y affirme que, dès ses origines, les nazis ont noué une alliance avec le « parti sioniste » (Mullins fait allusion ici à un épisode historique bien documenté mais totalement dénaturé par plusieurs auteurs négationnistes depuis des décennies, l’accord de transfert de 1933). Il va jusqu’à affirmer de manière parfaitement trompeuse que le « -zi » de « nazi » signifie en réalité « zionist » (« sioniste ») ! Avant de prononcer une série de phrases où le grotesque le dispute au mensonge éhonté :

« La mission des nazis était de forcer les juifs anti-sionistes à accepter le sionisme. Les camps de concentration servaient à ça. Ils mettaient les juifs anti-sionistes dans les camps de concentration qui étaient placés sous l’administration directe des Sonderkommandos [les “commandos spéciaux”, composés de déportés juifs et chargés notamment de la crémation des corps – ndlr], qui étaient les juifs sionistes. Les camps de concentration étaient donc dirigés par les juifs sionistes afin de punir et de se débarrasser des juifs anti-sionistes, ce qu’ils ont fait. C’est une partie de l’Holocauste qui ne vous a jamais été racontée. [Après le procès de Nuremberg] les sionistes sont devenus les maîtres du monde car leurs alliés national-socialistes avaient alors disparu de l’histoire. Alors les sionistes avaient le champ libre pour établir l’État d’Israël. Certains juifs réclament même qu’il devrait y avoir une statue d’Adolf Hitler en Israël car il a créé l’État d’Israël, ce qui est absolument vrai. […] Le vrai travail des criminels est de cacher la vérité aux gens. […] La majorité des choses dans la presse sont des mensonges absolus ».

Chouard rappelle qu’on lui « a amèrement reproché, naguère, de signaler le travail remarquable [de Mullins] au motif que celui-ci serait devenu plus tard “violemment antisémite” ». « Plus tard » ? On a vu qu’il n’en était rien. Mais selon lui, il n’y a pas « une seule pensée antisémite dans cette vidéo […]. Donc ici, pas d’antisémitisme, mais une information très intéressante, et des FAITS étonnants, à vérifier ».

Point final ? Non. En juin 2013, au détour d’un post sur Facebook, Chouard fait une nouvelle fois l’éloge du livre de Mullins. Et des années plus tard, en juin 2019, il s’illustre à nouveau par des déclarations ambiguës sur les chambres à gaz, affirmant, pour sa défense, ne rien y connaître et n’avoir « jamais rien lu là-dessus ».

 

Voir aussi :

Gabriel Rabhi, jusqu’aux confins du négationnisme

Cynthia McKinney, Matthias Chang et les « créanciers de l’Ombre »