
Le dictionnaire d'Oxford définit le terme deep state (« Etat profond » en français) comme « un groupe de personnes, généralement des membres influents d'organismes gouvernementaux ou des militaires, tenus pour être impliqués dans la manipulation secrète ou le contrôle de la politique gouvernementale ». Et Google Trends est formel : l'expression n'a jamais fait couler autant d'encre qu'au cours de l'année qui vient de s'écouler. Un sondage d'opinion publié au mois d'avril dernier pour ABC et le Washington Post révèle que 48% des Américains croient à l'existence d'un « Etat profond » aux Etats-Unis.
C'est en 1996, en Turquie, à la faveur d'un scandale politique, l'affaire de Susurluk, que cette notion aux contours flous a pris naissance. L'« Etat profond » (derin devlet en turc) désigne alors moins une organisation secrète structurée et hiérarchisée qu'une nébuleuse vague, clandestine par définition, associant des hauts gradés se pensant garants de l'héritage kémaliste, des responsables politiques nationalistes et des réseaux mafieux.
Si le concept peut faire valoir ses prétentions à rendre compte imparfaitement mais sûrement d'une partie bien tangible de la réalité dans le contexte de régimes semi-démocratiques ou autoritaires comme en Turquie et en Egypte (on parle en arabe de dawla âmiqa), où le pouvoir civil est placé sous la surveillance, voire la tutelle directe de l'armée, il apparaît en revanche autrement plus discutable de parler d'« Etat profond » s'agissant de démocraties libérales politiquement stables, garantissant les libertés publiques fondamentales, dotées de contre-pouvoirs efficients, d'une presse plurale et d'un Etat de droit authentique.











