L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 10/08/2020 au 16/08/2020).

ANTI-MASQUES. Ils se sont rassemblés dans les rues de Berlin ou en Grande-Bretagne. Aux États-Unis, ils dénoncent des mesures qu’ils considèrent comme « liberticides ». Des mouvements anti-masques, même minoritaires, se constituent, souvent issus de l’extrême droite, et s’opposent aux politiques de santé publique pour lutter contre l’épidémie de coronavirus. En France, la mobilisation est plus timide et se concentre sur les réseaux sociaux. « Qui sont les anti-masques ? », interroge BFM TV. « Le mouvement anti-masques est vraiment né dans le sillage du mouvement anti-confinement, c’est-à-dire de la part de personnes qui accusent une véritable défiance à l’égard des autorités en général. Pour les complotistes, il s’agit quand même avant tout de faire feu de tout bois… », précise Rudy Reichstadt dans ce reportage.

À Nice, la conseillère municipale écologiste Sylvie Bonaldi a déclaré mardi 12 août sur son mur Facebook que « le port du masque, c’est à la fois pour mesurer la soumission d’un peuple et pour manipuler ». Selon cette élue qui est également hostile à la 5G, « le port du masque ne sert absolument à rien car le virus est beaucoup plus petit que les mailles des masques. Par contre, il empêche une bonne oxygénation, notamment du cerveau… » L’élue a finalement rétropédalé jeudi 13 août, présentant ses excuses aux soignants et expliquant qu’elle s’était « mal exprimée » (source : France 3 Provence Alpes Côte d’Azur, 13 août 2020) :

MASQUES TRAÇABLES. Le bruit agite depuis plusieurs semaines les milieux complotistes : des puces seraient insérées dans certains masques de protection contre le Covid-19. Une invention folle ? Un délire sans fondement ? Non, car certains modèles sont bien dotés de puces. Mais elles n’ont pas le pouvoir d’espionner. Promue par certains fabricants, cette technologie sert en réalité à connaître le nombre de lavages effectués sur des masques réutilisables (source : Le Parisien, 15 août 2020).

EVE ENGERER. Une médecin généraliste anti-masque du Bas-Rhin, Eve Engerer, a été suspendue au moins cinq mois par l’agence régionale de santé (ARS). Elle avait émis sur les réseaux sociaux des faux certificats médicaux, afin de s’affranchir du port du masque. Celle qui se présente comme médecin de la conscience, naturopathe, homéopathe, et adepte de « l’hypnose humaniste » rejette le masque et assure avoir guéri des malades du Covid-19 avec ses méthodes alternatives : « J’ai prescrit pour tout le monde des vitamines, des huiles essentielles, etc. Pour moi le masque – comme les vaccins – c’est un mensonge » (source : France Bleue, 12 août 2020). En réalité, la médecin baigne dans les thèses complotistes, comme le souligne Conspiracy Watch :

Eve Engerer s’est également illustrée par ses propos complotistes teintés d’antisémitisme. Ainsi déclare-t-elle qu’Emmanuel Macron « veut acheter le Liban pour les Rothschild »… :

… Quant à son profil Facebook, il fait également la part belle à des contenus à caractère antisémite et complotiste (Claire Séverac, Protocoles des Sages de Sion, etc.) :

AKHENATON. Invité sur Europe 1 le jeudi 13 août pour parler de la sortie de son nouvel album, le rappeur Akhenaton en a profité pour partager son avis sur le Covid-19. Le membre du groupe IAM a exprimé ses doutes sur la dangerosité du virus et remis en question l’utilité du masque. « Je doute de la vraie dangerosité de ce virus-là », a-t-il déclaré tout de go. « Les docteurs du comité scientifique ou les docteurs qui sont à la télévision et qui donnent depuis des mois des leçons à de grands docteurs, généticiens et infectiologues, cela m’inquiète un peu ». Une référence implicite au professeur Didier Raoult, originaire de Marseille, comme lui, et très critiqué par la communauté médicale, en particulier pour avoir défendu bec et ongles le traitement à base d’hydroxychloroquine. Quelques secondes après avoir assuré qu’il n’avait « ni le savoir ni la connaissance des docteurs », le rappeur marseillais a expliqué qu’« une fin d’épidémie se caractérise toujours par une augmentation des cas parce que le virus s’affaiblit et devient beaucoup plus contagieux, et une baisse de la mortalité. Je pense que le masque a des effets beaucoup plus nocifs, parce qu’un masque que vous portez cinq heures sur le visage fait baisser le taux d’oxygène que vous avez dans votre sang ou engendre d’autres pathologies, parce que dans votre nez vous avez un staphylocoque doré, des bactéries, et vous les respirez en boucle » (source : CNews, 13 août 2020).

FACEBOOK. Plus de blackfaces sur Facebook. Le réseau social a décidé, mardi 11 août, d’ajouter explicitement à sa liste des contenus interdits les représentations de personnes se grimant le visage en noir, une pratique jugée raciste. Facebook a également annoncé qu’il comptait bannir les messages et images suggérant que « les personnes juives contrôlent le monde, et ou des institutions majeures comme les médias, l’économie ou le gouvernement » (source : Le Monde, 12 août 2020). Il reste pourtant du chemin à parcourir pour la plateforme de Mark Zuckerberg. Dans une récente enquête, l’organisation britannique de lutte contre l’extrémisme Institute for Strategic Dialogue (ISD) révèle en effet que la requête « holocaust » dans la barre de recherche de Facebook suggère des pages… négationnistes. Et souligne que les contenus niant la Shoah sont aussi facilement accessibles sur les réseaux sociaux et plateformes Twitter, Reddit et YouTube (source : The Guardian, 16 août 2020).

DIEUDONNÉ. La plateforme TikTok a banni de son réseau Dieudonné M’Bala M’Bala, condamné à de multiples reprises pour ses propos haineux, suivant ainsi les décisions déjà prises par YouTube, Facebook et Instagram. TikTok évoque les « violations des consignes communautaires », qui proscrivent les « individus dangereux » et les « discours haineux ». Toujours présents sur Telegram et Twitter, Dieudonné et ses « abonnés » y déversent quotidiennement des contenus dignes de la propagande nazie (source : Conspiracy Watch, 11 août 2020). Au-delà de ce cas particulier, le réseau tient à rappeler que « TikTok a une politique de modération très stricte et que tous les contenus ne respectant pas ses règles sont bannis de l’application » (source : 20 Minutes, 12 août 2020).

DONALD TRUMP. Le 13 août, le président américain Donald Trump a déclaré prendre au sérieux une théorie contestée, circulant sur les réseaux sociaux, et portant sur l’inéligibilité supposée de la sénatrice noire Kamala Harris, choisie comme colistière par son rival démocrate Joe Biden. Trump se référait apparemment à une tribune publiée par le juriste conservateur John Eastman, professeur de droit à l’Université Chapman, dans Newsweek. Eastman y estimait que la sénatrice californienne n’était pas éligible comme vice-présidente ou présidente car ses parents n’étaient pas naturalisés à sa naissance. « Un argument vraiment imbécile », a commenté le constitutionnaliste Erwin Chemerinsky. Des années durant, avant de se lancer dans la course à la Maison Blanche, Donald Trump avait relayé une théorie complotiste colportée par certains milieux d’extrême droite mettant en doute le lieu de naissance de Barack Obama et donc sa légitimité à diriger le pays. Il avait fini par reconnaître à la fin de la campagne présidentielle de 2016 que Barack Obama était né aux États-Unis (source : Le Parisien, 14 août 2020).

BÉLARUS. Alors que les manifestations se succèdent au Bélarus pour exiger le départ du président Alexandre Loukachenko, ce dernier a déclaré que son pays faisait face à une « révolution de couleur », avec des « éléments d’interférence extérieure » (source : Le Monde, 15 août 2020). Il faut rappeler que l’expression « révolution de couleur », reprise en la circonstance par la complosphère, sert à stigmatiser un mouvement populaire en suggérant qu’il est artificiel et téléguidé depuis l’étranger.

QANON. Selon une récente étude, la popularité des groupes conspirationnistes faisant la promotion de la théorie du complot QAnon a explosé sur Facebook et Instagram depuis le début du confinement (source : The Wall Street Journal, 13 août 2020).

Progression de la popularité des groupes et comptes pro-QAnon sur Facebook et Instagram.

Il est à souligner que ceux qui rejoignent un groupe extrémiste, quel qu’il soit, seraient 64% à le faire à partir d’une recommandation algorithmique. Après avoir aidé à amplifier cette théorie complotiste, Facebook envisage aujourd’hui de réduire la visibilité de cette communauté. Selon le site de la chaîne américaine NBC, qui a eu accès à des documents internes et a pu parler à deux employés de Facebook, ces milliers de groupes et de pages rassembleraient des centaines de milliers, voire des millions d’adeptes de cette théorie complotiste (source : Le Monde, 11 août 2020).

UKRAINE. De nombreuses publications partagées des milliers de fois en plusieurs langues depuis la fin du mois de juillet affirment que quatre militaires ukrainiens sont morts après avoir participé aux essais d’un vaccin américain contre le Covid-19 dans la région de Kharkiv, au nord-est du pays. Ces publications sont erronées, selon l’armée ukrainienne et les autorités sanitaires de la ville. Le porte-parole de l’armée ukrainienne parle en effet de « propagande russe » alors que le chirurgien en chef de l’hôpital militaire de Kharkiv évoque « une grosse intox » (source : AFP, 12 août 2020). En outre, le site EU vs Disinfo a répertorié une théorie du complot diffusée notamment par les sites russes Tsargrad.tv (propriété de l’oligarque Konstantin Malofeev, conseiller de Vladimir Poutine et dirigeant du mouvement monarchiste Aigle à deux têtes) et Donbass Today accusant un navire ukrainien d’avoir déchargé une cargaison d’explosifs au port de Beyrouth, ce qui aurait provoqué l’explosion du 4 août dernier (source : euvsdisinfo.eu, 13 août 2020).