Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 15/06/2020 au 21/06/2020).

DÉNI. La manifestation organisée le samedi 13 juin par le collectif « Vérité pour Adama » contre le racisme et les « violences policières » a été perturbée par le déploiement, par des militants de Génération identitaire, d’une banderole réclamant la « justice pour les victimes du racisme anti-blanc ». Cette initiative a suscité de vives réactions des manifestants, certains allant, selon une vidéo publiée par l’hebdomadaire ultra-conservateur Valeurs Actuelles, jusqu’à crier à plusieurs reprises l’injure antisémite « sales juifs », entraînant l’annonce, par la préfecture de police de Paris, d’un signalement de « ces propos antisémites à la justice ». Selon Jean-Luc Mélenchon, ce communiqué de la préfecture de police inciterait « à la haine en colportant des ragots antisémites ». Le chef de la France insoumise (LFI) a ainsi dénoncé des « méthodes indignes pour diviser, semer la haine et défigurer la marche pacifique des antiracistes », tandis que le député LFI Éric Coquerel a assuré deux jours plus tard sur Sud Radio : « On nous invente l’antisémitisme, ce n’est pas bien de faire ça ». Selon l’élu de Seine-Saint-Denis, il s’agit là d’« un piège » pour tenter de « diviser les gens entre eux » (source : Le Figaro, 15 juin 2020).

AFFAIRE FILLON. Eliane Houlette, ancienne cheffe du Parquet national financier, a déclaré devant une commission parlementaire qu’elle avait subi « des pressions » lors de son enquête visant François Fillon, alors candidat à l’élection présidentielle 2017. Elle s’est plainte des demandes d’information émanant de sa hiérarchie, en l’occurrence de la procureure générale Champrenault. Il n’en fallait pas plus à certains pour entonner à nouveau le refrain d’un « complot d’État » contre François Fillon. Laurent Joffrin rappelle dans Libération que « le fait de confier l’affaire à un juge d’instruction – magistrat indépendant qui ne reçoit d’ordre de personne – était plutôt une garantie contre toute interférence politique » et que « Mme Houlette a surtout précisé qu’elle jugeait en fait le dossier assez solide pour justifier une information judiciaire et qu’elle a pris cette décision en toute indépendance » (source : Libération, 19 juin 2020).

FRÉDÉRIC CHATILLON. Convaincu d’escroquerie, de tentative d’escroquerie et d’abus de biens sociaux dans l’affaire des kits de campagne du Front national (FN), Frédéric Chatillon a été condamné le 16 juin à trente mois de prison dont dix ferme et 250 000 euros d’amende. Conspiracy Watch a consacré un thread sur Twitter à cette figure de l’extrême droite française des trente dernières années qui occupe une place centrale dans la complosphère antisémite.

KEMI SEBA. Le 16 juin 2020, l’activiste complotiste et antisémite Kemi Seba a été interviewé dans le cadre d’un sujet sur la Côte d’Ivoire diffusé dans les matinales de France Culture et de France Inter. Présenté sans plus de précision comme un « activiste panafricain franco-béninois », Kemi Seba a dénoncé sans contradiction « l’oligarchie française » et la « République maçonnique française ». Sur le site de la Médiatrice de Radio France, Jean-Marc Four, directeur de l’information internationale de Radio France, a déploré « une erreur » et regretté « la façon dont l’extrait sonore était introduit » : « Il aurait fallu replacer ces propos dans leur contexte plus large, expliquer en effet que Kemi Seba est plus qu’un simple activiste, et ses prises de position antisémites et extrémistes auraient dû être rappelées. »

COLUCHE. Interrogé sur RTL au sujet des théories du complot qui entourent le décès accidentel de son père, Marius Colucci, a déclaré : « C’est un peu la même chose que pour Elvis Presley, Hitler ou Lady Di : les gens ne peuvent pas admettre qu’un type aussi extraordinaire puisse avoir une mort “banale” et donc le fantasme prend le pas sur la raison et ils se mettent à penser tout et n’importe quoi » (source : RTL, 19 juin 2020).

CANADA/5G. Plusieurs forums en ligne réunissant des citoyens persuadés que la 5G fait partie d’un grand complot mondial citent les propos de Paul Héroux. Selon ce professeur à l’Université McGill (Montréal), les scientifiques qui soutiennent que les ondes électromagnétiques n’ont pas d’effets néfastes prouvés sur la santé seraient, comme les agences sanitaires, « infiltrés et influencés » par l’industrie des télécommunications. Sur Internet, certains font un lien entre les déclarations de l’universitaire sur la 5G et des théories du complot véhiculées par le blogueur d’extrême droite Alexis Cossette-Trudel« Quand on sort quelques études isolées pour étayer une affirmation, on appelle ça du cherry picking, c’est-à-dire qu’on ne prend pas en compte la totalité de la littérature scientifique », fait valoir Anne Perrin, biologiste et coauteure du livre Champs électromagnétiques, environnement et santé (EDP Sciences, 2018). « On compte actuellement 4000 études, dans différentes disciplines, qui concernent les effets biologiques et sanitaires des radiofréquences [qui incluent les ondes cellulaires]. À ce jour, aucun effet sur la santé n’a jamais été démontré en dessous des limites d’exposition réglementaires », assure la chercheuse. Selon le sociologue des sciences Yves Gingras, professeur au département d’histoire de l’UQAM, l’attitude de Paul Héroux est typique des chercheurs marginaux qui, à force d’être rejetés par leurs pairs, sombrent dans les théories du complot. Questionnée sur les déclarations controversées de son professeur, l’Université McGill a rappelé que les professeurs disposaient d’une « liberté universitaire » qui leur permet de s’exprimer publiquement (source : Le Journal de Montréal, 20 juin 2020).

AKAZU. Pour mieux mettre en doute la réalité de la planification du génocide des Tutsi, un discours de facture négationniste s’emploie à mettre en cause l’existence de l’Akazu, ainsi qu’était désigné le premier cercle du pouvoir hutu qui entourait le président Habyarimana. Lionel Chanel revient dans nos colonnes sur cette tentative de réécriture de l’histoire (source : Conspiracy Watch, 18 juin 2020).

SONDAGE. Dans une enquête d’opinion en ligne réalisée fin mai 2020 auprès de plus de 2 000 personnes, la BBC révèle que 30% des sondés pensaient que le coronavirus avait été créé dans un laboratoire, contre 25 % en avril. Une proportion similaire pensait que le véritable nombre de morts de Covid-19 était caché par les autorités. Environ 13% des personnes interrogées pensent que la pandémie fait partie d’un effort mondial pour obliger tout le monde à se faire vacciner, et 8% pensent qu’il existe un lien entre les symptômes et les radiations des antennes-relais 5G. Par ailleurs, les utilisateurs de médias sociaux sont plus susceptibles de croire à des conspirations (source : BBC, 19 juin 2020).

FAKE NEWS. Dans un ouvrage numérique paru aux Éditions de l’Observatoire et intitulé S’informer demain. Lutter contre le virus des fake news, David Lacombled, président du think-tank La villa numeris, rappelle que « plus de 75 millions de dollars partiraient directement dans les poches des producteurs de “fake news”, rien qu’en Europe ». Pour relever le défi de la guerre de l’information, l’auteur suggère de « mettre en œuvre un véritable plan d’action visant à créer une plateforme de défense informationnelle coordonnant et mobilisant les acteurs publics et privés, de la société civile et des médias pour porter l’effort de contradiction aux messages de désinformation » (source : Le Figaro, 15 juin 2020).

CHINE. Dans un document consacré à la désinformation pendant la crise sanitaire, la Commission européenne a mis en cause la République populaire de Chine qui, avec la Russie, compterait parmi « les principaux pourvoyeurs de contenus visant à désinformer les citoyens européens. » C’est la première fois que Pékin est mis en cause à un tel niveau. (source : Le Parisien, 12 juin 2020).

INFODÉMIE. Pour quelles raisons le directeur général de l’OMS parle-t-il depuis le mois de février d’« infodémie » ? Quelle est la signification de ce néologisme ? Quels problèmes pose-t-il ? Directeur du Centre d’archives en philosophie, histoire et édition des sciences (CAPHES) à l’École normale supérieure (Ulm) et auteur de Science et territoires de l’ignorance (éd. QUAE GIE, 2017), Mathias Girel répond à nos questions (source : Conspiracy Watch, 16 juin 2020).

« ENNEMIS DU PEUPLE ». Une part considérable de l’électorat américain s’apprête à voter dans moins de six mois, non plus seulement pour un populiste de droite passé maître dans l’art du boniment conspirationniste, mais pour des dizaines de candidats au Congrès usant sans vergogne d’une rhétorique diabolisatrice à laquelle ont surtout eu recours, au XXe siècle, les pires régimes totalitaires. Que recouvre l’expression « ennemis du peuple » utilisée par Donald Trump et ses partisans à l’encontre de leurs adversaires et détracteurs ? Quelles en sont les implications pratiques ? Directeur de l’Observatoire du conspirationnisme, Rudy Reichstadt rappelle que George Orwell a déjà répondu à ces questions il y a plus de 70 ans (source : Conspiracy Watch, 19 juin 2020).