L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 25/04/2022 au 01/05/2022).

« FRAUDE ». La chronique « Antidote » de Tristan Mendès France du 1er avril sur France Inter était consacrée à cette question de la fraude électorale dans le cadre de l’élection présidentielle française, une thèse dont on pouvait craindre la prolifération à l’annonce des résultats finaux. Cela n’a finalement pas été le cas mais on a effectivement assisté, dans la complosphère française, à de nombreux épisodes de complotisme électoral (source : France Inter, 1er avril 2022).

Au lendemain de la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le dimanche 24 avril, une rumeur pointant une supposée fraude électorale est apparue sur les réseaux sociaux. Elle s’appuie sur une séquence de la soirée électorale sur la chaîne France 2 qui aurait attribué en direct à Marine Le Pen plus de 14 millions de voix, alors que celle-ci en a comptabilisé 13,2 millions, selon le décompte final du ministère de l’intérieur. Un « bug purement technique » a expliqué la chaîne (source : Le Monde, 25 avril 2022 ; France 24, 26 avril 2022).

À écouter, en guise d’illustration de la dérive complotiste sur ce sujet, l’« analyse » de l’influenceur complotiste Jean-Jacques Crèvecœur, évoquant le rôle des Khazars (dont descentraient les Juifs ashkénazes) qui auraient selon lui « décidé de prendre sous leur coupe l’ensemble du monde pour offrir un maximum d’âmes aux principes sataniques » (source : L’extracteur/Twitter, 28 avril 2022). Une thèse très populaire au sein de l’extrême droite antisémite depuis plusieurs décennies…

L’avocat antivax Carlo Alberto Brusa, dont le complotisme constitue également un fonds de commerce, a lui aussi dénoncé une fraude électorale (source : Cerdjman/Twitter, 25 avril 2022).

Pour l’économistre Frédéric Lordon, c’est l’élection elle-même qui est une « fraude ». Animateur d’un blog hébergé par Le Monde diplomatique, l’essayiste estime en effet que « là où il y a de l’élection, il n’y a plus de politique sinon mutilée » (sic)…

Quant à Jean-Luc Mélenchon, il a estimé, concernant les prochaines élections législatives, que « les gens n’accepteront pas deux fois de se faire voler la victoire par ceux qui refuseront de construire cette nouvelle majorité », faisant allusion aux partis de gauche ne s’étant pas rangé derrière sa candidature lors de l’élection présidentielle (source : France 24, 30 avril 2022). Une prise de position considérée par certains comme relevant d’une « rhétorique trumpiste ».

MANIPULATION. Selon L’Insoumission, la plateforme multimédia d’actualités de La France insoumise, 44% des Français souhaiteraient que Jean-Luc Mélenchon gouverne le pays. Il s’agit en réalité d’une manipulation des chiffres comme l’a montré un thread de notre rédaction (source : Conspiracy Watch/Twitter, 25 avril 2022).

En outre, un sondage BVA pour RTL montre que si 64 % des Français souhaitent un gouvenement de cohabitation à l’issue des élections législatives, 62 % sont toutefois hostiles à ce que le chef de file de la France insoumise devienne Premier ministre (source : Le Figaro, 29 avril 2022).

SYMBOLISME. C’est sur les notes de l’Ode à la joie de Beethoven, hymne officiel de l’Union européenne, que le président de la République réélu Emmanuel Macron a rejoint le podium, installé au Champ-de-Mars, où il a prononcé un discours, tenant son épouse par la main et entouré d’une vingtaine d’enfants de ses principaux collaborateurs. Autant de symboles que la frange la plus radicalisée des complotistes français n’a pas manqué d’analyser à l’aune de ses obsessions (source : Libération, 25 avril 2022).

Christine Boutin a quant à elle relayé avec conviction l’infox selon laquelle le chef de l’État et son épouse auraient, au cours de la soirée du 24 avril, exécuté en public un geste satanique. « C’est épouvantable pour ceux qui savent » a commenté l’ancienne ministre, soutien d’Éric Zemmour lors de l’élection présidentielle. En réalité, le geste en question signifie « Je t’aime » en langue des signes (source : Conspiracy Watch/Twitter, 26 avril 2022).

ALEX JONES. Il se targue d’influencer Bolsonaro et Orbán. Il est antivax, antimusulman, climatosceptique, poutinolâtre : Alex Jones fut le propagateur frénétique d’à peu près tous les bobards complotistes en circulation au sein de l’extrême droite américaine au cours des deux dernières décennies. Le Texan a accumulé les théories les plus folles et les dollars. Mais les mauvaises blagues ont une fin : le businessman accumule en effet les revers judiciaires et, menacé de devoir verser de lourds dommages et intérêts aux plaignants dans l’affaire de l’école Sandy Hook, il organise tranquillement son insolvabilité (source : Franc-Tireur, 27 avril 2022).

DÉMOCRATES (US). Le Congrès américain a adopté un projet de loi autorisant le président à saisir les avoirs appartenant à des personnes étrangères dont la richesse provient en partie du soutien ou de la corruption liés à Vladimir Poutine. Des sanctions à l’encontre des oligarques russes contre lesquelles les démocrates Alexandria Ocasio-Cortez, Ilhan Omar, Cori Bush et Rashida Tlaib ont voté (source : Jamie Dupree/Twitter, 27 avril 2022).

JULIAN ASSANGE. La figure controversée de Julian Assange est au centre de multiples théories conspirationnistes, mais il en est aussi la source. Le dernier épisode de « Complorama » revient sur la personnalité complexe du fondateur de WikiLeaks, ses liens avec la complosphère. « WikiLeaks et complotisme », c’est le 29e épisode de Complorama, avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Tristan Mendès France, maître de conférence et membre de l’Observatoire du conspirationnisme, spécialiste des cultures numériques. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l’application Radio France et plusieurs autres plateformes comme Apple podcastsPodcast AddictSpotify, ou Deezer.

RÉGULATION.  Après plusieurs mois de négociations, un accord a été trouvé, samedi 23 avril, entre les institutions européennes au sujet du règlement sur les services numériques (Digital Services Act, DSA) qui imposera aux grandes plateformes numériques de mieux réguler les contenus illicites et dangereux en ligne. Le DSA met à jour la directive sur l’e-commerce née il y a vingt ans. Son objectif est de mettre fin aux dérives des réseaux sociaux qui ont souvent défrayé la chronique : assassinat du professeur d’histoire Samuel Paty en France après une campagne de haine, en octobre 2020 ; assaut de manifestants sur le Capitole aux États-Unis, en janvier 2021, en partie planifié grâce à Facebook et Twitter… (source : Le Monde, 23 avril 2022).

ELON MUSK. Le milliardaire américain vient d’acquérir le réseau social Twitter. Dans un entretien au Point, Gérald Bronner, qui a piloté la commission « Les Lumières à l’ère numérique », explique les raisons de s’en inquiéter. Selon le sociologue, Elon Musk se revendique d’une idéologie, le libertarianisme, « qui défend l’idée que l’expression de la liberté est toujours bonne [et qu’] une totale liberté d’expression aboutirait même à une société de concorde. Or ce n’est pas du tout ce que l’on observe ». Parmi les mesures permettant de limiter la prolifération des fausses informations sur les grandes plateformes sociales, Bronner suggère de « limiter la prime de visibilité aux « super-utilisateurs » [qui représentent] 1 % des comptes actifs, mais produisent 33 % des contenus ! » (source : Le Point, 29 avril 2022).

CLIMATOSCEPTICISME. Twitter a annoncé vendredi 22 avril, soit le « jour de la Terre », que les publicités trompeuses sur le changement climatique seraient désormais interdites, afin de ne pas saper les efforts en faveur de la protection de l’environnement.  « Nous pensons que le climatoscepticisme ne devrait pas servir à générer des revenus sur Twitter, et que les pubs trompeuses ne devraient pas distraire des conversations importantes sur la crise climatique », a expliqué le réseau social dans un communiqué (source : Ouest-France, 23 avril 2022).

LES DÉCONSPIRATEURS. Tristan Mendès France, Rudy Reichstadt et David Medioni ont reçu Florian Cafiero, ingénieur de recherche au CNRS spécialisé en sciences sociales computationnelles et en linguistique quantitative, co-auteur avec Jean-Baptiste Camps de Affaires de style – Du cas Molière à l’affaire Grégory : la stylométrie mène l’enquête (Le Robert, 2022). Au sommaire de ce dix-septième épisode : présidentielle et complotisme ; pourquoi le complotisme est une impasse pour les mouvements sociaux ; les liens entre les complotistes et l’extrême droite ; des nouvelles des États-Unis : Barack Obama, Alex Jones, Tucker Carlson ; Christopher Key et l’urinothérapie ; comment la stylométrie a permis d’identifier l’identité de « Q » (source : Conspiracy Watch, 26 avril 2022).