Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 11/02/2019 au 17/02/2019).

LYNDON LAROUCHE. Mégalomane aux thèses excentriques que l’on peut difficilement classer ailleurs qu’à l’extrême droite du spectre politique, Lyndon Larouche était, selon les journalistes qui avaient enquêté à son sujet, un agent d’influence dont l’essentiel de l’activité fut de distiller auprès du public américain d’innombrables théories du complot. Ce second couteau de la vie politique américaine est décédé le 12 février 2019, à l’âge de 96 ans. Son organisation avait essaimé à travers le monde, comme en France, avec le parti Solidarité & Progrès de Jacques Cheminade (candidat à l’élection présidentielle de 2017). Conspiracy Watch revient sur une personnalité et son organisation, à la dérive sectaire, qui s’était notamment distingué par des prises de position confinant à l’antisémitisme et au négationnisme (source : Conspiracy Watch, 13 février 2019).

ENQUÊTE SUR LE COMPLOTISME, 2ème VAGUE. Un an après une première enquête de grande ampleur sur la prégnance du complotisme dans l’opinion publique française et alors que ce phénomène semble de plus en plus perceptible, la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch ont renouvelé cette démarche dans le cadre d’une nouvelle enquête d’opinion. Ses enseignements ont été présentés à la Fondation Jean-Jaurès lors d’une rencontre publique, le 11 février 2019 par Jérôme Fourquet, directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Ifop, Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, et Jérémie Peltier, directeur des études de la Fondation Jean-Jaurès. L’intégralité de la rencontre, filmée et diffusée en direct, est accessible en ligne (source : Conspiracy Watch, 11 février 2019).

« QUESTIONNISTE ». « Je ne suis pas complotiste, je suis questionniste », explique une participante à la manifestation des « gilets jaunes » à Paris, le 9 février 2019. Répondant à un journaliste de France Info, la manifestante explique privilégier la parole qui s’exprime sur les réseaux sociaux et sites de vidéos en ligne à celle des médias traditionnels. Son attitude est en cela conforme à celle d’une grande majorité de « gilets jaunes », 59% d’après l’enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch. Comme d’autres, que l’on peut entendre dans une séquence d’interviews, elle émet des doutes au sujet de la « version officielle » de l’attentat de Strasbourg (source : Francetvinfo, 11 février 2019).

« COMPLOT SIONISTE MONDIAL ». L’enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch a révélé que 22% des personnes interrogées étaient d’accord avec l’idée qu’il existe un « complot sioniste à l’échelle mondiale ». Ce chiffre peut être comparé à celui révélé par une précédente enquête de l’Ifop, en septembre 2014, pour la Fondation pour l’innovation politique (Fondapol). À cette époque, 16% des sondés approuvaient les propos de Dieudonné M’Bala M’Bala, qui justifiait cette théorie. L’enquête de décembre 2018 permet de préciser sa prégnance en fournissant un certain nombre de données sur le profil socio-économique des 22% de répondants d’accord avec cette idée (source : Conspiracy Watch, 11 février 2019). On mettra ces chiffres en relation avec la hausse de 74% des actes antisémites, par rapport à l’année passée, rendue publique par le ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, le 11 février 2019. Cette annonce survient dans un contexte marqué par des dégradations symboliques à répétition (source : Libération, 11 février 2019). On lira à ce sujet la tribune de Laurent Joffrin, directeur du quotidien.

« GILETS JAUNES » ET COMPLOTISME. La nouvelle grande enquête de la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch réalisée par l’Ifop sur l’état du complotisme en France a été l’occasion, au vu de l’actualité récente, de s’interroger sur l’éventualité d’une implantation spécifique des thèses complotistes au sein du mouvement des « gilets jaunes ». Il s’avère que les sympathisants de ce mouvement adhèrent à ces thèses de manière plus prononcée que le reste de la population. C’est ce qu’explique Jérôme Fourquet, directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’Ifop (source : Conspiracy Watch, 11 février 2019). On notera à cet égard la réaction d’Alexis Corbière, député de La France Insoumise, confondant appartenance et soutien aux « gilets jaunes », et estimant que « cette enquête ne vaut que pouic » (source : Francetvinfo, 12 février 2019).

LE DÉMON DU SOUPÇON. D’où vient cette volonté obstinée de rechercher « le chef d’orchestre clandestin » qui ordonne le monde en secret ? Pourquoi ce goût des explications mystérieuses pour donner aux événements une cohérence rassurante ? En partenariat avec le magazine L’HistoireConspiracy Watch vous propose de (re-)découvrir l’interview – d’une saisissante actualité – que le philosophe Marcel Gauchet avait accordé à Éric Vigne et Michel Winock en 2006 (source : L’Histoire/Conspiracy Watch, 13 février 2019).

LE TERREAU DE LA CRÉDULITÉ. Dans un article paru dans The Conversation, Gérald Bronner, Florian Cafiero et Laurent Cordonier, reviennent, à travers les résultats de l’enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conpiracy Watch, sur la porosité du mouvement des « gilets jaunes » aux théories du complot et sur les conséquences possibles de cet état de fait. Estimant que les théories du complot peuvent être « le marchepied à la radicalisation des esprits », les auteurs expliquent le refus de nombreux « gilets jaunes » de dialoguer avec le gouvernement, perçu non comme un adversaire politique mais comme « un ennemi à abattre ». Cette imprégnation des théories du complot laisse aussi à craindre que le mouvement des « gilets jaunes » « serve de terreau au développement de la crédulité dans le débat public français. » (source : The Conversation, 14 février 2019).

UN COMPLOTISME IDÉOLOGISÉ. Philosophe et historien des idées, Pierre-André Taguieff a répondu aux questions de La Revue des Deux Mondes au sujet des résultats de l’enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch sur le rapport des « gilets jaunes » aux théories du complot. Taguieff insiste sur la forte corrélation entre l’adhésion aux croyances complotistes avec « la baisse de la confiance dans les élites politiques, culturelles et médiatiques. » Il souligne à ce titre la très forte imprégnation complotiste des « gilets jaunes » et, plus précisément, leur adhésion à un « complotisme intellectualisé ou idéologisé », à distinguer d’un « complotisme « banal ou naïf » : c’est ce qu’indique, par exemple, le chiffre de 41% des répondants qui se définissent comme « gilets jaunes » et disent croire en l’existence des Illuminati (27% pour l’ensemble des répondants) ou le chiffre de 44% de « gilets jaunes » adhérant à l’idée d’un « complot sioniste mondial » (22% pour l’ensemble des répondants) (source : La Revue des Deux Mondes, 15 février 2019).

« LE PERDANT RADICAL ». L’enquête de l’Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch a notamment permis de vérifier la corrélation entre le sentiment d’échec personnel et l’adhésion aux théories du complot, mise en valeur par les chercheurs en sciences politiques Joseph E. Uscinski et Joseph M. Parent, (American Conspiracy Theories, Oxford University Press, 2014). Il est apparu que ceux qui pensent ne pas avoir réussi leur vie sont surreprésentés chez les sondés qui déclarent être d’accord avec au moins cinq théories du complot (35% contre 26% en moyenne). Ce profil renvoie à celui du « perdant radical », dressé dans un ouvrage du même titre par l’essayiste allemand Hans Magnus Enzensberger (Gallimard, 2006) (source : Conspiracy Watch, 15 février 2019).

FINKIELKRAUT. L’écrivain et académicien Alain Finkielkraut a été la cible, samedi 16 février, en marge d’une manifestation des Gilets jaunes à Paris, d’injures à caractère antisémite. Le Parisien rapporte que nombre de Gilets jaunes interrogés le lendemain voient dans cette scène filmée et diffusée sur internet un « complot pour discréditer le mouvement ». Isabelle, une sympathisante d’extrême droite ayant revêtue le gilet jaune parle ainsi d’un « coup monté par le pouvoir »« Comme par hasard, les caméras étaient bien placées… » argue-t-elle (Le Parisien, 17 février 2019).