
Un tweet engage la responsabilité de son auteur, fût-il directeur de recherche au CNRS.
Mercredi 27 mai, la cour d'appel d'Aix-en-Provence a condamné François Burgat à 5 000 euros d'amende et trois ans d'inéligibilité. Il devra aussi payer 4 000 euros de dommages et intérêts et frais de procédure à chacune des trois associations parties civiles. Pas pour avoir dit la « vérité » sur le « génocide » à Gaza, comme s'emploient à le faire croire un certain nombre de ses partisans. Mais pour « apologie du terrorisme ».
En cause, des publications diffusées sur X en janvier 2024 : le partage d'un communiqué du Hamas répondant à une enquête du New York Times sur les viols du 7 octobre 2023, et cette phrase où l'islamologue disait avoir « infiniment plus de respect et de considération » pour les dirigeants de l'organisation terroriste que pour ceux de l'État d'Israël. Relaxé en première instance, il est cette fois rattrapé par ses propres mots.
Sa réaction confirme le problème. Selon lui, le jugement qui le vise démontre que « le système judiciaire fonctionne sous tutelle étroite du pouvoir politique et [que] le pouvoir politique fonctionne sous tutelle d'une puissance étrangère, qu'il n'est pas nécessaire de nommer ». Dans une publication sur X, Burgat dénonce un appareil d'État sous l'emprise des « sionistes », explique que le terrorisme est profondément ancré « au coeur de leur ADN à eux » et que le gouvernement français est « littéralement sous perfusion sioniste [...] depuis des décennies ».
Ce réflexe complotiste n'est pas un accident. François Burgat est un compagnon de route de la mouvance frériste. Depuis des années, il plaide pour le rapprochement entre islamistes et forces de gauche. Depuis des années, aussi, il intervient sur des médias complotistes, réclame « la séparation du CRIF et de l'État », ironise sur les chaînes de la « télavivision » française, adhère à la thèse selon laquelle Tariq Ramadan aurait été victime d'un complot. Plus récemment, quand il ne prend pas la défense du militant pro-Hamas Abdelhakim Sefrioui − condamné pour association de malfaiteurs terroriste dans le cadre du procès des complices de l'assassinat de Samuel Paty −, c'est pour assurer que Jeffrey Epstein est un agent du Mossad ou relayer sans sourciller du Paul-Eric Blanrue. On croit lire du Soral, du Dieudonné ou du Jean-Marie Le Pen. Erreur, c'est du Burgat !
Et parce que Conspiracy Watch a occasionnellement documenté ces dérapages à répétition, notre média a été plusieurs fois gratifié par l'islamologue d'être une « officine israélienne » (sic) chargée d'imposer une « police sioniste de la pensée »... On reconnaît là les mots de l'islam politique. Des mots indiscernables de ceux de l'antisémitisme d'extrême droite.
Le cas de François Burgat n'est pas isolé. On ne compte plus les chercheurs en activité ou à la retraite qui font passer des points de vue militants étrangers à la recherche désintéressée des faits − ce qui est censé être leur vocation − en les abritant derrière leurs titres ou leur affiliation au prestigieux CNRS. La liberté académique protège la recherche, même lorsqu'elle dérange, et c'est la grandeur des démocraties que de garantir ce droit fondamental. Mais elle ne permet pas de faire l'apologie du terrorisme. C'est ce que la justice vient de rappeler.













