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Par Stéphanie Courouble Share


Le négationniste Robert Faurisson
Auteur sans affiliation politique connue et soi-disant apolitique, Robert Faurisson, professeur de français dans un collège à Vichy puis maître de conférences en littérature dans une université lyonnaise en 1974, se prétend chercheur spécialiste de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et se pose en découvreur compétent sur la technicité des chambres à gaz. Il est perçu par ses acolytes comme le chef du révisionnisme moderne. Qu’en est-il vraiment ? Dans les années soixante-dix, le qualificatif d’historien lui a été attribué, lui conférant une certaine crédibilité dont il jouit encore (1). Qu’il soit désigné souvent dans la presse actuelle comme un « historien révisionniste » (2) frôle l’insoutenable lorsqu’on l’entend révéler au monde « la bonne nouvelle », à savoir que les Juifs ne sont pas morts puisque les chambres à gaz sont impossibles techniquement et qu’Israël a profité de ce mensonge pour soutirer à l'Allemagne des aides financières.

Les révélations contenues dans l’ouvrage de Valérie Igounet (3) rendent au personnage toute sa singularité, écartant ainsi l’ambiguïté qui régnait à son sujet. Cette biographie est le second ouvrage de l’historienne qui avait déjà révélé ses qualités de spécialiste du sujet, Histoire du négationnisme en France retraçant l’évolution du négationnisme de ces soixante dernières années (4). Avec ce livre, l’auteur expose à nouveau cette histoire mais en s’attachant cette fois à l’un de ses protagonistes. Pour l’écrire, et par souci de vérité, elle a rencontré des proches de Faurisson ou s’est entretenue par correspondance avec eux. Découpé en cinq chapitres qui recouvrent chacun une période de sa vie, l’ouvrage nous invite à suivre le parcours de Faurisson de son enfance jusqu’à aujourd’hui. Au fil de pages passionnantes, le lecteur découvrira avec effroi le monde d’un homme dont la folie s’est indubitablement emparée.

Les obstacles liés à l’élaboration d’un tel ouvrage sont de différents ordres. Le premier réside dans le fait que la consultation de documents relatifs à la vie d’un individu est soumise à une réglementation : les archives ne sont accessibles qu'après un délai de cinquante ans. Or les dérogations sollicitées par l’historienne lui ont été refusées. De ce fait, le travail de V. Igounet s'est effectué principalement à partir des archives publiques et nationales, d'archives privées et d'entretiens avec des personnes qui ont connu l’homme (5). Le second est lié à la personnalité même du sujet choisi : écrire la biographie d'un personnage qui manie si bien la mise en scène et qui relève du pathologique est en effet un pari difficile. Sans entrer dans des détails de la vie de Faurisson qui auraient égaré le lecteur, V. Igounet s’est attachée, d’une part, à comprendre l'élaboration de sa pensée et, d’autre part, à arracher le masque de ce fabulateur, dévoilant ainsi au lecteur toute sa duplicité. Le résultat est éloquent. Nul doute, après lecture de cet ouvrage, que Faurisson est d’extrême droite, antisémite et instable psychologiquement. Grand falsificateur qui construit une histoire à travers le prisme de la haine, il apparaît également comme un provocateur égocentrique qui cherche à se mettre en avant dans les médias.

Dès son introduction, l’historienne est explicite sur l’évolution du négationnisme : « Le rapport à Israël est devenu central dans la thématique négationniste au XXIe siècle » (p. 16) avec comme fil conducteur inamovible dans l'idéologie : la haine des Juifs. V. Igounet observe ce changement indéniable dans la rhétorique négationniste : un ressentiment envers Israël qui dévie vers un antisionisme radical de par ses liens avec le régime iranien (p. 28).

Plus imposant à la fin des années soixante et soixante-dix, le discours antisioniste des négationnistes a engendré un double effet diachronique finement observé dans l’ouvrage. Dans un premier temps, ce discours, audible dans le contexte politique de l’époque, a d’abord permis de dissimuler l’antisémitisme encore mal perçu, de légitimer le négationnisme et de se rendre crédible auprès d’intellectuels. Pierre Vidal-Naquet décrit ainsi cette période : « (…) Le livre Vérité historique ou vérité politique ? (6) était paru. On voyait Edgar Morin trembloter et se poser des questions. Le journal Libération de même. Vous aviez toute une intelligentsia qui était en train de basculer » (7). Ajoutons que cette déviance d’intellectuels s’observe au même moment dans plusieurs pays (8). En 1974, en Angleterre, Colin Wilson, l’un des romanciers les plus connus de sa génération, se dit déconcerté par les propos du négationniste Richard Harwood. En 1978, l’historien allemand Hellmut Diwald de l’université de Erlangen-Nuremberg publie un ouvrage où il émet des doutes sur la « solution finale » (9). En 1979, Noam Chomsky, le célèbre linguiste américain, défenseur de la liberté d’expression, soutient Faurisson dans un « avis » qui constituera ultérieurement la préface de l’ouvrage du négationniste français (10).

"Vérité historique ou vérité politique ?", de Serge Thion
Trente ans plus tard, ce discours antisioniste plus que jamais d’actualité, permet d’amorcer un second virage : les négationnistes en perte de vitesse sont à la recherche d’un souffle nouveau ; ils y parviennent en s’acoquinant avec le dictateur iranien, qui annonce sans ambages que le génocide des Juifs est un « mythe judéo-sioniste ».

Faurisson, dans une triangulaire politique ?

Pour V. Igounet, nul doute n’est permis : Faurisson se range politiquement à l’extrême droite depuis son éveil à la conscience politique. Des camarades de classe décrivent un Faurisson, alors âgé de vingt ans, glorifiant l’Italie fasciste et l’Allemagne nazie. Lors d’un entretien avec V. Igounet, celui-ci explique avoir lu le livre de l’intellectuel d’extrême droite Maurice Bardèche en 1948 (11) et en avoir été convaincu ; il se rappelle avoir jugé injuste la condamnation à mort du milicien Pierre Gallet la même année. Ce procès l’a rendu fou, explique-t-il (p. 48). D’autres témoignages viennent conforter cet avis porté sur Faurisson : des propos racistes envers des élèves africaines alors qu’il enseigne au lycée à Vichy de 1958 à 1963 (p. 62), des conseils de lecture de Mein Kampf à ses meilleures élèves (ibid.).

Durant la guerre d’Algérie, des rapports de police montrent que Faurisson avait déjà des activités politiques d’extrême droite (p. 80), comme le prouve sa relation avec l’ancien collaborateur André Garnier. Néanmoins, tout au long de ces décennies, Faurisson gardera ces contacts semi-secrets, préférant les dissimuler « pour une construction de son avenir » (p. 89). Tandis que Faurisson continue à se déclarer apolitique, V. Igounet lui apporte un démenti fondé sur des faits concrets : Yvonne Schleiter, la sœur de Faurisson, sa plus fidèle collaboratrice, curieusement toujours restée dans l’ombre, se trouve être aussi la femme d’un homme engagé politiquement à l’extrême droite ; publié par une revue d’extrême droite Défense de l’Occident (12), Faurisson est invité en septembre 1979 par le parti néo-nazi américain, National Alliance, à donner une conférence sur « l’inexistence des chambres à gaz » (13). On le voit en outre dans un documentaire à une réunion de néo-fascistes européens (14).

Dans les années soixante-dix, Faurisson est contre toute attente soutenu par des membres d’un groupuscule de l’ultra-gauche (15). Sa rencontre avec Pierre Guillaume, militant de l’ultra-gauche, va être déterminante. Cette relation de plusieurs décennies entre les deux hommes se révèle passionnelle, parfois conflictuelle. P. Guillaume déclare qu’il est venu apporter son soutien à Faurisson soi-disant victime d’une véritable « chasse aux sorcières » à la fin des années soixante-dix et en proie à des pulsions suicidaires. Le sauveur révolutionnaire, P. Guillaume, en voit sa vie bouleversée à tel point qu’il va lui-même être interné à l’hôpital psychiatrique au début des années 2000 (p. 376). Les relations entre les différents militants d’ultra-gauche et la cause négationniste sont admirablement décrites dans le livre, bien qu’à mon sens, le rôle de Serge Thion, chercheur au CNRS, figure essentielle dans ce négationnisme intellectuel libertaire, ait été trop peu approfondi.

Ethnologue et sociologue, S. Thion se fait connaître par ses travaux sur l’Afrique du Sud et sur les Khmers rouges. Reconnu comme militant tiers-mondiste, il fréquente la librairie de La Vieille Taupe dans les années soixante-dix et lit les ouvrages de Paul Rassinier (16), un ancien déporté, résistant, libertaire qui met en doute les chambres à gaz dans les années soixante. Pendant l’affaire Faurisson, S. Thion prend la défense de l'universitaire et écrit un article, « Le comment du pourquoi », qui deviendra en 1980 l’introduction de son livre, Vérité historique ou vérité politique ? (17). La défense de la liberté d’expression n’est pas la seule raison qui explique l’engagement du chercheur aux côtés de Faurisson. S. Thion utilise les arguments de P. Rassinier. Sur l’existence des chambres à gaz, l’auteur, se disant « incapable de décider » (18), inaugure ainsi une nouvelle tendance que Pierre-André Taguieff qualifiera par la suite de « dubitationniste » (19). Il estime que de nombreuses personnes s’interrogent, mais que les enjeux politiques et les conséquences que des réponses engendreraient empêchent de dévoiler au monde la vérité. Il s’en prend au mythe politique autour du génocide des Juifs et au tabou lorsque l'on parle des Juifs. Dans l’avant-propos de l’édition arabe de son livre, prévue pour 1982, d’un antisionisme plus virulent, il évoque la connivence d’un « lobby juif international » (20). Cette haine contre Israël prédispose l’auteur à soutenir Faurisson. Dans Vérité historique ou vérité politique ?, avec toute la force que son titre de chercheur au CNRS lui procure, il évoque l’« école révisionniste », expression élogieuse qui ne décrit pas la réalité, mais offre à ce mouvement, simple rassemblement de négationnistes à l’échelle internationale, une reconnaissance officielle.

Une parenthèse s’impose ici afin de présenter quelques-uns des auteurs de cette prétendue « école ». Le négationnisme international prend forme en Europe à la fin des années soixante-dix avec les brochures de Thies Christophersen et R. Harwood.

Journaliste d’Allemagne fédérale et activiste néonazi, T. Christophersen a été pendant la guerre un SS technicien affecté au travail du caoutchouc au camp d’Auschwitz. Utilisant son expérience vécue pour faire une description idyllique du camp, il écrit en 1973 une brochure Die Auschwitz-Lüge (21) dont la préface est signée par Manfred Roeder, avocat et militant néonazi, puis, dans une nouvelle édition en 1978, par Wilhelm Stäglich, ancien magistrat de Hambourg, néonazi qui publie également un ouvrage négationniste la même année (22). En 1978, T. Christophersen est rejoint par un autre auteur allemand, Udo Walendy, politologue et activiste d’extrême droite, qui publie un ouvrage dans lequel il entend expliquer que les photos des camps ont été truquées (23). À la même époque, en Angleterre, R. Harwood, écrit une brochure intitulée Did Six Million Really Die ? The Truth at Last, qui nie l’extermination des Juifs dans les camps nazis (24). L’auteur y est présenté comme un « spécialiste des aspects politiques et diplomatiques de la Seconde Guerre mondiale » à l’Université de Londres alors qu’il y est en réalité inconnu. R. Harwood est en fait un pseudonyme, celui de Richard Verrall, activiste de l’organisation d’extrême droite The National Front.

De l’autre côté de l'Atlantique, un professeur d’ingénierie électronique à l’université Northwestern à Evansten, près de Chicago, Arthur Butz, publie en 1976 The Hoax of the Twentieth Century. Tandis que cet universitaire, lui aussi soi-disant apolitique, tente de démontrer tout le sérieux des « recherches » de sa « thèse » de 300 pages prouvant que « l’histoire de l’extermination des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale est une imposture de la propagande » (25), il en profite pour critiquer les autres travaux sur le sujet (26). Il peut néanmoins difficilement cacher le fait que son ouvrage possède quasiment le même titre que celui du nazi Alfred Rosenberg, Le Mythe du XXe siècle, écrit en 1930, lequel cherchait à réduire l'histoire à une lutte de races et à montrer la supériorité des Allemands sur les autres peuples (27) ; il ne peut pas non plus nier qu’il est publié par la même maison d’édition que R. Harwood, puis en 1977 par la maison d’édition américaine The Noontide Press, filiale du Liberty Lobby, l’une des plus puissantes et fortunées organisations antisémites, racistes et anticommunistes aux Etats-Unis (28).

Créé par Willis A. Carto en 1955, le Liberty Lobby s’est fait connaître en 1969 avec la publication du livre anonyme The Myth of the Six Million (David Hoggan, auteur confirmé) (29) ; il sera la maison mère des premiers travaux négationnistes américains et financera la première organisation négationniste en 1979. C’est ainsi que va débuter aux États-Unis la liaison entre les négationnistes néo-nazis et les révisionnistes issus du libertarianisme. D. Hoggan, auteur de The Myth of the Six Million, est un historien, docteur de l’université Harvard. Son premier livre, d’abord édité en Allemagne par le néonazi Herbert Grabert (30), avançait que la Pologne de connivence avec l’Angleterre était responsable de la Seconde Guerre mondiale, que l’Allemagne aurait été une innocente victime et que le début des hostilités avait été imposé à Hitler (31). Ce premier ouvrage avait obtenu le soutien de Harry Barnes et du mouvement révisionniste de la Première et de la Seconde guerres mondiales.

"The Hoax of the Twentieth Century", d'Arthur Butz
Historien américain controversé, H. Barnes est le chef de file de ce mouvement. Issus du libertarianisme, doctrine anarchiste qui prône la liberté individuelle, les libertariens refusent le pouvoir arbitraire de l’État dans l’économie, approuvent une coopération volontaire entre les individus et les groupes dans la société, tout en acceptant le capitalisme, d’où leur appellation d’« anarcho-capitalistes ». Les libertariens s’opposent à une intrusion américaine dans les conflits étrangers et refusent une vision manichéenne de l’histoire, quelle qu’elle soit. C’est donc tout naturellement que ces historiens pacifistes et isolationnistes, issus de cette philosophie politique, critiquent les motivations du gouvernement pour justifier une intervention dans la guerre, révisent les origines des deux guerres mondiales, examinent les crimes des Alliés durant la guerre ou le procès de Nuremberg. Refusant à priori l’expression « méchants » Allemands contre « gentils » Alliés, ils tentent de démontrer que le Troisième Reich n’a jamais projeté ni voulu la guerre, tandis qu’ils dénoncent la responsabilité de pays comme l’ancienne Autriche-Hongrie, l’URSS, la France, ou l’Angleterre (cela varie selon les auteurs). Durant les années soixante, le mouvement révisionniste va voir plusieurs de ces historiens, dont D. Hoggan, H. Barnes (32) et James J. Martin (33), basculer vers le négationnisme, déviance qui accorde ainsi à ce dernier une légitimité. Si le mouvement libertarien n’est pas uniformément devenu négationniste (34), il a néanmoins apporté sa pierre à l’édifice. D’ailleurs, de nos jours aux États-Unis, la mouvance libertarianiste, dont le politicien Ron Paul est le représentant le plus connu, continue à flirter avec le négationnisme. D’autres passerelles peuvent y être également observées entre les négationnistes, des larouchistes et des membres de Nation of Islam (NOI) du Révérend Farrakhan. L’activiste politique Lyndon LaRouche, chef de file du mouvement qui porte son nom, imagine des complots judéo-britanniques, manipulant les faits historiques avec les mêmes arguments que D. Hoggan (35). En février 1985, A. Butz est invité à s’exprimer à une journée de Convention de NOI (36). Dix ans plus tard, c’est au tour de L. LaRouche de participer à une conférence de NOI.

Il faut mentionner un dernier auteur, Austin J. App. D’origine allemande, celui-ci est un ardent défenseur du nazisme et l’un des premiers auteurs à tenir des propos négationnistes dans les années cinquante. En 1973 il diffuse son ouvrage The Six Million Swindle (37) qui va contenir les huit axiomes qui seront la base de la charte de la Convention internationale de l’Institut pour la Révision de l’histoire (The Institute for Historical Review), organisée la première fois en 1979 à Northrop University à Los Angeles. Sous l’initiative de W. Carto, cette première « Convention internationale des révisionnistes » réunira tout ce petit monde négationniste. Aspirant à la respectabilité, elle émet une résolution qui demande au Congrès des États-Unis d’enquêter sur la question de la responsabilité de la guerre, sur le procès de Nuremberg et sur « la vérité des prétendus six millions de Juifs exterminés en Europe pendant la Seconde Guerre mondiale » (38). Les intervenants au colloque sont les Dr. J. Martin, Dr. A. Butz, U. Walendy, Dr. Faurisson, Dr. A. App, Dr. Martin A. Larson, Louis FitzGibbon, John Bennett et Devin Garrity. Durant leurs discours, un hommage sera adressé à la mémoire de H. Barnes. Les négationnistes tentent ainsi d’appuyer leurs propos sur le libertarianisme afin de gagner une légitimité nécessaire pour leur combat idéologique, mais paradoxalement, et nous y reviendrons, sans dissimuler totalement leurs liens avec le néo-nazisme. Ce tour de passe-passe leur réussit puisque vingt ans plus tard, en 1998, la prétendue diversité politique de cette « nouvelle école de pensée » est mise en avant par un auteur libertarien anglais, David Botsford, dans la publication Libertarian Alliance (39).

Le jugement que porte S. Thion sur les « érudits » de cette « école » est également assez tendancieux. Selon lui, ils ne font que dénoncer l’existence d’une propagande de guerre des Alliés, laquelle n’est pas particulière à la Seconde Guerre mondiale, affirme t-il, cet endoctrinement ayant également eu lieu en Algérie et au Cambodge durant les guerres. Quant à la « thèse » antisémite défendue dans leurs écrits négationnistes et qui met en avant une « propagande judéo-sioniste organisée par un complot juif », S. Thion résout posément le problème en avançant que ces auteurs sont hétéroclites. De cette manière, il occulte le fait qu’il existe un terrain idéologique commun entre les militants anarchistes et néo-nazis comme l’indiquent les propos tenus par la « Convention internationale des révisionnistes » à Los Angeles. De façon similaire, S. Thion n’hésite pas à rédiger une introduction élogieuse à l’égard de Faurisson en octobre 1979, nullement gêné que ce dernier ait donné une conférence dans une organisation néo-nazie américaine un mois plus tôt. L’appartenance politique n’a pas d’importance, explique-t-il, ce qui compte : c’est la vérité (40). Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, le chercheur du CNRS va graduellement évoluer vers le négationnisme et devenir la référence intellectuelle du négationnisme français : il demande à N. Chomsky, lui aussi libertaire, de publier un texte en faveur de Faurisson ; par ailleurs, il écrit un article dans les Annales d’histoire révisionniste en 1988 (41). Dans son second ouvrage en 1993, qui prolonge la chronologie de « l’affaire Faurisson » (42), il explique qu’il s’est laissé convaincre par le Rapport Leuchter, du nom de son auteur Fred Leuchter, « spécialiste de la peine de mort par gaz aux États-Unis », appelé au Canada en 1988 au procès d'Ernst Zündel, négationniste néo-nazi (43). Les réactions excessives contre Faurisson auraient été un événement déclencheur pour S. Thion. Il semble évident qu’un fond idéologique commun a permis ce soutien. Pourtant, les médias français sont restés silencieux sur cette alliance contre nature et il faudra attendre novembre 2000 pour que S. Thion soit révoqué du CNRS.

Dans sa définition, le libertarianisme contient une branche à l’extrême gauche que l'on nomme en France le libertarisme. Anarchistes-égalitaires, les libertaires défendent également la liberté individuelle, mais s’opposent à l’autorité de l’État et au libre marché. En France comme aux États-Unis, des membres des deux branches du libertarianisme vont se joindre à des mouvances d’extrême droite, néo-nazies et faire cause commune pour soutenir le négationnisme. Cette union entre ces extrêmes est finement analysée dans cette biographie mais V. Igounet la présente comme une spécificité française alors qu’elle a également eu lieu dans d’autres pays : aux États-Unis, on a pu assister à des rapprochements qui perdurent encore. Bradley Smith, auteur négationniste, est l’un des meilleurs exemples récents d’un libertarien qui entend défendre les négationnistes et qui souhaite organiser un débat public avec les deux « écoles historiques » (44). En Italie, où des liens entre fascisme, bordiguisme, maoïsme et islamisme sont indéniables, le même phénomène est observé (45).

Homme d’extrême droite, fortement lié à des auteurs d’ultra-gauche, R Faurisson était un cas intéressant à étudier dans la mesure où il peut révéler le mécanisme qui a permis à cette singulière tendance de s’installer. Les témoignages de collègues de Faurisson recueillis par V. Igounet font apparaître une caractéristique dominante : son ambivalence politique. Le soutien du gouvernement islamiste iranien dont il bénéficie aujourd’hui corrobore d’ailleurs ce fait. Faurisson semble davantage intéressé à prouver « l’inexistence des chambres à gaz » et à construire un scandale médiatique qu’à véhiculer une idéologie. Mais au-delà de la versatilité ou de l’opportunisme politiques propres à l’homme, V. Igounet laisse penser qu’il existe une nouvelle tendance idéologique dans le négationnisme : une alliance antisioniste brun-rouge qui se rallie au vert (le rouge de l'extrême gauche, le brun de l'extrême droite et le vert de l'islamisme). Même si cette idée d’un rapprochement triangulaire est sujette à controverse de nos jours, cette alliance s’observe dans le négationnisme ; elle devient évidente avec la publication du livre de Roger Garaudy en 1995 (46) et le procès de son auteur (47). À l’aube du XXIe siècle, on la retrouve également chez l’essayiste Alain Soral et son organisation Égalité et Réconciliation, qui revendique un « nationalisme de gauche », proclame une admiration pour l’Islam, une adhésion au Front National et un soutien à « l’humoriste » Dieudonné, devenu lui aussi un allié des négationnistes.

"Le Rapport Leuchter"
Les troubles de la personnalité de Faurisson

Sans tomber dans l’écueil de l’introspection psychologique de Faurisson, l’historienne réussit, grâce en partie aux divers témoignages recueillis, à démêler l’imbroglio qui entoure sa personnalité. Faurisson est perçu comme un homme de qualité, d’intelligence et de culture, un charmeur aussi, mais il est également obtus, incapable d’entendre quiconque a un avis différent du sien et manipulateur. Ses accès d’humeur dénotent en outre une nature colérique, voire un caractériel.

V. Igounet ne tentera pas de s’engager dans les méandres de l’esprit de Faurisson. Comme l’historienne l’affirme dans sa conclusion, son rôle diffère de celui du psychanalyste : « Il s’agissait avant tout de relater la vie d’un homme, à l’origine d’une doctrine politique émergeant dans un contexte historique précis » (p. 404). Avec ce livre, son objectif a été atteint ; mais au-delà de cette seule exigence, il apparaît que Faurisson présente des troubles de la personnalité, se traduisant notamment par des changements d’humeur fréquents, une irritabilité, des manifestations de crainte et d’hostilité, une difficulté à maîtriser ses impulsions, en somme tous les symptômes du borderline personality disorder (48).

Ces désordres psychologiques apparaissent également chez d’autres négationnistes. En s’appuyant sur des entretiens réalisés auprès de leurs familles dans un article web paru en 2009 sous la plume du journaliste américain Mark Oppenheimer, on apprend de la bouche même de son ex-compagne que B. Smith est également atteint de troubles de la personnalité, ne pouvant pas être « mis dans une situation de conflit ou de désarroi » (49). Robert S. Wistrich, directeur du Vidal Sassoon International Center for the Study of Antisemitism, qui a effectué également des entretiens avec des négationnistes (50), estime toutefois que les qualitatifs développés par V. Igounet pour Faurisson ne se retrouvent pas nécessairement chez les autres auteurs négationnistes : « ils peuvent tous être des dingues, écrit-il, chacun d'entre eux a une sorte différente de folie » (51).

Aux troubles du comportement viennent s’ajouter chez les négationnistes un sentiment de persécution qui dénote des signes de paranoïa. Malgré la difficulté à diagnostiquer de façon stricte cette maladie, l’historien Jacques Kornberg observait déjà, dans un texte paru dans les années quatre-vingt-dix, que les discours d’A. Butz comportaient indubitablement des signes de paranoïa (52). Pour comprendre l’imbrication qui existe entre le discours pamphlétaire et la paranoïa, on doit se référer à l’étude de Marc Angenot (53). Se fondant sur un corpus de textes pamphlétaires, l’historien canadien remarque qu’une même démarche s’inscrit à l’origine : pour tous, il s’agit de dénoncer un mensonge et démontrer l’imposture qui se serait emparée du sens commun. Pareillement, les négationnistes estiment rétablir des évidences. Comme dans l’allégorie de Platon, les hommes sont, selon eux, enchaînés dans une « caverne » avec leurs illusions et refusent de faire l’effort nécessaire pour en sortir, pour retrouver lumière et vérité. Les négationnistes vivent ainsi avec le sentiment qu’il existe un complot, nommé par M. Angenot, la « paranoïa de la conspiration », se traduisant par des délires d’interprétation, l’amalgame des personnes, des phénomènes, la haine et la peur de l’autre. Avec les négationnistes, la conspiration perdure puisqu’on les empêche de s'expliquer. Selon eux, les lois en vigueur dans plusieurs pays leur interdisant de s'exprimer sont une preuve supplémentaire qu'ils ont raison (54). Les négationnistes créent des situations où ils peuvent se poser en victimes, ils développent, ce que l'on peut nommer, le « syndrome de Galilée » : ce sont des révolutionnaires persécutés à qui l’on n’octroie pas la parole.

Ce raisonnement paranoïaque peut aussi être construit pour justifier la haine du Juif ; remarque qui nous amène à un autre point de la biographie de Faurisson, l’antisémitisme de l’universitaire, même si la judéophobie de Faurisson ne semble pas le facteur déclenchant.

Faurisson, antisémite

Comme le souligne l’auteure, Faurisson s’est toujours défendu d’être antisémite, soucieux de son image dans les médias. V. Igounet ramène cependant plusieurs preuves irréfutables de cet antisémitisme : d’abord l’admiration sans bornes que voue l’homme à l’écrivain antisémite Céline, lequel avait lui aussi adopté la cause négationniste avec, entre autres, les ouvrages de P. Rassinier (p. 137), puis les propos antisémites tenus par Faurisson, entré en furie après que son éditeur des années soixante eut refusé de publier son ouvrage parce qu’il contestait l’existence des chambres à gaz (p. 187).

En outre, le négationnisme de R Faurisson témoigne lui-même de son antisémitisme car en arguant qu’un mensonge a été créé de toutes pièces, il laisse entendre qu’il y a eu complot, conspiration évidemment fomentée par le monde juif et par ceux liés à l’Etat hébreu. Mais, cette « thèse » quoique éclatante à maints égards ne saurait constituer une preuve irréfutable de l’antisémitisme de son auteur. Faurisson saura en profiter lors de l’accusation portée à son encontre à la fin des années soixante-dix par des journalistes, ou au sein même de l’université dans laquelle il enseignait par des étudiants juifs outrés, décidés à boycotter ses cours à Lyon II. En effet, pour Claude Martin, directeur de l’UER de Lettres et civilisations, comme pour Maurice Bernadet, président de l’Université, un doute subsiste pour le moins et Faurisson ne peut être, selon eux, reconnu comme antisémite « au sens strict du terme » (55). Cette question largement débattue à l’époque, a opposé le milieu universitaire et les associations juives. Il serait d’ailleurs intéressant de comprendre pourquoi une telle dichotomie dans le discours a pu avoir lieu.

La rhétorique négationniste qui consiste à répandre un message pseudo-scientifique, partant de l'a priori que « puisque les chambres à gaz n'ont pas pu exister matériellement, le génocide est donc une invention », a été tolérée dans les sphères publiques de l’époque. Dans la conscience collective du moment, l’ampleur et les conséquences du discours négationniste n’ont pas été mesurées comme elles auraient dû l’être. C’est aussi dans ce contexte ambigu que le débat s’est concentré sur la singularité juive du génocide nazi. Ainsi, le quotidien Libération va prendre des positions particulières en ce premier moment médiatique de Faurisson. De la part du rédacteur en chef Serge July, Faurisson va ainsi bénéficier d’un soutien, non pour ses propos, mais au nom de la sacro-sainte liberté d’expression. S. July justifie ainsi sa position : il est important, écrit-il, que « les racismes s’expriment plutôt qu’ils ne se pratiquent », tout en concluant son discours par cette phrase : « et si Faurisson n’avait pas plus d’importance que cela ? » (56). Pourtant, si Faurisson, caricature de l’antisémite, est utilisé comme prétexte par le quotidien, il reste que Libération confère au personnage une forme de notoriété dont celui-ci saura faire usage. À la même époque, on diffuse le téléfilm Holocauste, qui montre les Juifs comme principales victimes de la folie nazie et soulève deux débats, dont l’un porte sur l’unicité juive du génocide (57). C’est dans ce contexte que Libération va permettre à P. Guillaume de s’exprimer, pour minimiser les meurtres commis envers les Juifs et nier la spécificité du génocide. « On a encore, hélas, décroché le pompon à Libération, écrira avec amertume un journaliste du même quotidien, Julien Brunn. On a publié un texte à propos d’Holocauste qui pue, qui transpire l’antisémitisme » (58).

Dieudonné et Robert Faurisson
Le contexte médiatique lors de la diffusion du téléfilm, le débat sur la singularité juive du génocide qui s’en est suivi, vont se mêler à cette ambiguïté ambiante vis-à-vis de la rhétorique faurissonienne et de son antisémitisme. Ces premiers moments de Faurisson dans l’espace public, bien que peu importants quantitativement, sont essentiels à observer, car ils posent les bases de la représentation du phénomène en France. L’universitaire apporte une légitimité au négationnisme, tandis que l’ultra-gauche en devient un élément essentiel et qu’elle va le rester. Néanmoins, il faut attendre « l’avis » de N. Chomsky sur le livre de Faurisson pour observer une prise de conscience collective de l’implication de l'ultra-gauche dans le phénomène. (...)

Lire la deuxième partie.


Notes :
(1) Les Nouvelles Littéraires, 10-17 février 1977.
(2) Le Monde, 25 septembre 2009 ; StreetPress, 10 février 2012.
(3) Valérie Igounet, Robert Faurisson, portrait d'un négationniste, Denoël, 2012.
(4) Valérie Igounet, Histoire du négationnisme en France, Seuil, 2000.
(5) Cf. V. Igounet, L’Histoire d’une négation. Négationnisme et « révisionnisme » en France de l’après-guerre à nos jours, Thèse de l’Institut d’études politiques de Paris sous la direction de Pierre Milza, juin 1998. Je veux louer ici tout le courage de V. Igounet, qui n’a pas hésité à interviewer des négationnistes pour mener à bien son entreprise.
(6) L’auteur est Serge Thion, chercheur au C.N.R.S. qui a soutenu Faurisson, cf. infra.
(7) P. Vidal-Naquet, « Une perversion intellectuelle, Entretien avec Daniel Dobbels et Michel Surya », Lignes, 2 février 1988, p. 91.
(8) Il faut préciser que, pour ces auteurs et d’autres, l’antisionisme tout comme l’antisémitisme ne constituent pas a priori leurs seules motivations.
(9) Hellmut Diwald, Geschichte der Deutschen, Frankfurt/M – Berlin – Wien : Propyläen, 1978.
(10) R. Faurisson, Mémoire en défense. Contre ceux qui m’accusent de falsifier l’Histoire. La question des chambres à gaz. Précédé d’un avis de Noam Chomsky, La Vieille Taupe, 1980.
(11) Maurice Bardèche, Nuremberg ou la Terre promise, Les Sept Couleurs, 1948.
(12) Faurisson, « Pour une histoire véridique de la Seconde Guerre mondiale ». « Le problème des chambres à gaz », Défense de l’Occident, juin 1978, n°158, pp. 32 – 40.
(13) Cette conférence, peu citée par la presse française de l’époque, fut rapportée par le journal du parti, National Alliance, Bulletin, octobre 1979, cf. Nadine Fresco, « Denial of the Dead », Dissent, automne 1981, note 34.
(14) Michael Schmidt, Wahrheit macht frei (1991 - La liberté rend libre pour parodier la devise Arbeit macht frei au-dessus des portes du camp de concentration), documentaire pour la télévision, 60 min (film visible sur la Toile le 3 octobre 2012) ; voir aussi son ouvrage : Néo-nazis : la terrible enquête, J.-C. Lattès, 1993. p. 382. M. Schmidt se serait infiltré dans l’organisation nazie en demandant la permission à son dirigeant, Michael Kühnen, de filmer. Croyant le journaliste lié à la cause néo-nazie, celui-ci a accepté et l’organisation n’a pas posé de question.
(15) Dans les années soixante, les disciples d'Amadeo Bordiga (politicien italien de l’ultra-gauche) analysent le fascisme nazi et l’anti-fascisme. Pour eux, l’anti-fascisme est un élément de cimentation entre ouvriers et démocrates grâce à l’événement-génocide ; Auschwitz représente un alibi. En avril-juin 1960, ils publient un article, « Auschwitz ou le Grand Alibi » (texte disponible sur la Toile le 2 octobre 2012). Cette ultra-gauche pense que l’exploitation du génocide vise à dissuader les ouvriers de se révolter, en leur montrant de façon obsessionnelle une situation bien pire que leur quotidien. Les impérialistes utilisent le génocide comme un alibi destiné à duper les prolétaires en établissant une opposition fictive entre démocratie et fascisme.
(16) Cf. F. Brayard, Comment l’idée vint à M. Rassinier. Naissance du révisionnisme, Fayard, 1996 ; N. Fresco, Fabrication d’un antisémite, Seuil, 1999.
(17) S. Thion, Vérité historique ou vérité politique ?, La Vieille Taupe, 1980.
(18) Ibid., p. 27.
(19) Cf. Pierre-André Taguieff, « La nouvelle judéophobie. Antisionisme, Antiracisme, Anti-impérialisme », Les Temps modernes, novembre 1989.
(20) Le livre n’a pas été publié en langue arabe en 1982. L’auteur s’en explique dans Une Allumette sur la banquise. Écrits de combat (1980 – 1992), éd. privée hors commerce, Le Temps irréparable, 1993, où il donne le contenu de cet avant-propos. Citation sur le « lobby juif », p. 180.
(21) T. Christophersen, Die Auschwitz-Lüge, Mohrkirch, West Germany : Kritik-Verlag, 1973 (Le mensonge d’Auschwitz, Fane, 1976).
(22) Wilhelm Stäglich, Der Auschwitz Mythos, Tubingen : Grabert-Verlag, 1978, (Le Mythe d’Auschwitz, La Vieille Taupe, 1986).
(23) Udo Walendy, Bild-'Dokumente' für die Geschichtsschreibung, Weser : Vlotho, Verlag für Volkstum und Zeitgeschichtsforschung, 1973 (La Rééducation d'un peuple, La Vieille Taupe, 1979).
(24) Richard Harwood, Did Six Million Really Die? The Truth at Last, Brighton: Historical Review Press, 1974 (Six millions de morts le sont-ils réellement ? Enfin la vérité, Cahiers européens, 1976).
(25) Arthur R. Butz, The Hoax of the Twentieth Century, Surrey: Historical Review Press, 1976, p. 68 (La mystification du XXe siècle, première édition internet 2001).
(26) The Myth of the Six Million est jugé par lui « terrible », ibid., p. 12 ; P. Rassinier est considéré comme un « pionnier courageux », ibid., p. 11.
(27) Alfred Rosenberg, Der Mythus des 20. Jahrhunderts, eine Wertung der seelisch-geistigen Gestaltenkämpfe unserer Zeit, München : Hoheneichen, 1932.
(28) Cf. Frank P. Mintz, The Liberty Lobby and the American Right : Race, Conspiracy, and Culture, Westport, Connecticut: Greenwood Press, 1985.
(29) Anonyme, The Myth of the Six Million, Los Angeles, Calif.: Noontide Press, 1969. Dans l’introduction du livre, E. L. Anderson, alias W. Carto, explique que celui-ci est écrit par un professeur d’université qui préfère garder l’anonymat pour protéger son statut universitaire. En fait, en 1969, D. Hoggan poursuit en justice la maison d’édition du livre en prétendant à la paternité de cet ouvrage, cité par Lucy S. Dawidowicz, « Lies About the Holocaust », Commentary, 8 décembre 1980, p. 33. Le procès a duré jusqu’en 1973, lorsque D. Hoggan a décidé de retirer sa plainte. Un accord tacite semble avoir été trouvé entre lui et W. Carto, car en 1974, la nouvelle édition du livre est toujours anonyme.
(30) Herbert Grabert est aussi l’éditeur du journal, The Deutsche Hochschullehrer-Zeitung, distribué pour soutenir les professeurs anciens nazis et victimes de la « dénazification ».
(31) David L. Hoggan, Der erzwungene Krieg : Die Ursachen und Urheber des 2 Weltkriegs, 1ère édition 1955, Tübingen: Verlag der Deutschen Hochschullehrer-Zeitung, 1961.
(32) Harry Barnes, Revisionism and Brainwashing : A Survey of the War-Guilt Question in Germany After Two World Wars, 1ère édition privée 1962, Tübingen : Verlag der Deutschen Hochschullehrer-Zeitung, 1964, p. 42. Cf. aussi H. Barnes, « The Public Stake in Revisionism », Rempart Journal, été 1967, pp. 19-41.
(33) Historien, libertarien, James J. Martin publie en 1964, American Liberalism and World Politics, 1931–1941 qui est considéré par H. Barnes comme la réalisation la plus aboutie en matière de révision de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale. J. Martin publie aussi dans un magazine, le New Libertarian, qui va collaborer avec l'IHR (The Institute for Historical Review, négationniste, à ne pas confondre avec l’IHR, The Institute of
Historical Research de l’université de Londres
).
(34) Cf. The Village Voice, « Gas Chamber Games. Crackpot History and the Right To Lie », juin 1981.
(35) Julien Giry, « Lyndon LaRouche et le mythe de la ''synarchie judéo-britannique'' », Conspiracy Watch, 20 avril et 12 mai 2012.
(36) Cf. " Partners in Bigotry. The LaRouche Cult & the Nation of Islam ", The Nizkor Project.
(37) Austin App, The Six Million Swindle : Blackmailing the German People for Hard Marks with Fabricated Corpses, Takoma Park, Maryland : Boniface Press, 1973.
(38) Spotlight, 24 septembre 1979, p. 16.
(39) David Botsford, « Freedom of Expression, Dissenting Historians, and the Holocaust Revisionists », Historical Notes, no. 29, The Libertarian Alliance. Pour une analyse critique, cf. Richard J. Green, « Deconstructing Botsford ».
(40) S. Thion, Vérité historique ou vérité politique ?, op. cit., p. 33.
(41) S. Thion, « Du bon et du mauvais usage du révisionnisme », Annales d’histoire révisionniste, 1988, n°4.
(42) S. Thion, Une Allumette sur la banquise. Écrits de combat (1980 – 1992), op. cit.
(43) F. Leuchter a produit un rapport pseudo-scientifique affirmant que les chambres à gaz n’ont pas existé comme moyen d’exécution, The Leuchter Report. The End of a Myth, Samizdat Publication, 1988 (« Le rapport Leuchter », Annales d'histoire révisionniste, n° 5, 1988). Pour une analyse de F. Leuchter : cf. Shelly Shapiro (ed), Truth Prevails : Demolishing Holocaust Denial : the End of « The Leuchter Report », New York : Beate Klarsfeld Foundation, 1990.
(44) B. Smith, « The Holocaust Controversy : The Case For Open Debate », The Chronicle, 5 novembre 1991.
(45) Cf. Guido Caldiron, « Liaisons romaines », in Alain Bihr, et al., Négationnistes : les chiffonniers de l’histoire, Syllepse et Golias, 1997, pp. 179-191.
(46) Roger Garaudy, Les Mythes fondateurs de la politique israélienne, Samiszdat, 1996 (2e édition).
(47) Cf. Michaël Prazan et Adrien Minard, Roger Garaudy, itinéraire d'une négation, Calmann-Lévy, 2007.
(48) L’auteure remercie le psychohistorien israélien Avner Falk d’avoir pris le temps de l’initier à la « Borderline personality disorder ». Cf. A. Falk, Anti-Semitism: A History and Psychoanalysis of Contemporary Hatred. Westport, Connecticut: Praeger, 2008.
(49) Mark Oppenheimer, « The Denial Twist », Tablet, 23 juin 2009.
(50) Les entretiens n’ont pas été retenus dans son documentaire, The Longest Hatred, diffusé en 1991.
(51) Robert S. Wistrich, correspondances privées, mai 2012.
(52) Jacques Kornberg, « The Paranoid Style: Analysis of a Holocaust-denial Text », Patterns of Prejudice, vol. 29, 1995.
(53) Marc Angenot, La Parole pamphlétaire. Typologie des discours modernes, Payot & Rivages, 1995.
(54) B. Smith, « The Holocaust Controversy : The Case For Open Debate », op. cit., 1990.
(55) Le Nouvel Observateur, 26 mars 1979.
(56) Libération, 24 novembre 1978.
(57) Le premier est sur la représentation du génocide dans la fiction.
(58) Libération, 8 mars 1979.

L'auteure :
Docteur en histoire, Stéphanie Courouble Share est en train de terminer un ouvrage inspiré de sa thèse (titre provisoire : Le négationnisme international. Analyse comparative d’un problème public : France, Angleterre, Allemagne, Canada et États-Unis, de 1946 à nos jours) qu'elle a réalisée sous la direction de Pierre Vidal-Naquet. Chercheure associée à The Arnold and Leona Finkler Institute of Holocaust Research de l’Université de Bar-Ilan (Israël), elle est également rattachée à l'Institut d'histoire du temps présent-CNRS (Paris) et à l’Institute for the Study of Global Antisemitism and Policy (New York). Texte publié initialement dans la revue Le Banquet, n° 31, hiver 2012/2013 (remerciements à Yael Bensimhoun pour la relecture de cet article).