Les conspirationnistes sont-ils des paranoïaques ?
Qu’est-ce qui différencie une personne croyant à une – et souvent à plusieurs – théorie(s) du complot, et un individu atteint de paranoïa clinique ? Cette question, l’historien américain Richard Hofstadter se l’est déjà posée dans son texte fondateur, The paranoid style in American politics, paru en novembre 1964 dans Harper’s Magazine. Pour Hofstadter, l’analogie entre conspirationnisme et psychose paranoïaque ne signifie absolument pas que les deux phénomènes doivent être confondus.

Dès les premières lignes de son article, le professeur de l’Université de Columbia précise ainsi que « l’idée du style paranoïde comme force politique aurait peu de résonance contemporaine ou de valeur historique si elle ne s’appliquait qu’à des personnes à l’esprit dérangé. C’est l’emploi de modes d’expression paranoïdes par des gens plus ou moins normaux qui rend le phénomène significatif ».

Dans la préface de son livre paru en 1965, Hofstadter poursuit : « Dans le style paranoïde tel que je le conçois, le sens de la persécution est central et systématisé dans de grandioses théories du complot. Mais il y a une différence capitale (…) : le paranoïaque clinique voit le monde hostile et comploteur (…) comme dirigé spécifiquement contre lui, alors que le porte-parole du style paranoïde le juge dirigé contre une nation, une culture, un mode de vie dont le destin affecte non pas lui seul mais des millions d’autres ».

Rassurant n’est-ce pas ?!