Observatoire du conspirationnisme et des théories du complot

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Emmanuel Todd, l'« eurofascisme » et le « complot des élites »
La crise financière a-t-elle été fomentée en haut lieu afin de servir de prétexte à l'instauration d'un nouveau "fascisme" ? C'est ce que semble penser le démographe Emmanuel Todd.

Invité dans l’émission "Ce soir (ou jamais !)" (France 3) du 14 février dernier, Emmanuel Todd a déclaré, à propos de l’impopularité du plan de rigueur adopté la veille par le Parlement grec :

« (…) quand même, ce qui est important dans le moment historique actuel, c’est de voir l’Europe changer de nature : c’était une association de démocraties, c’est devenu un système de prélèvement du surplus de manière autoritaire par la Banque centrale ; ça s’est transformé en système hiérarchique avec l’Allemagne à la tête et son brillant second, la France ; et, en vérité, ça devient un système qui détruit la démocratie ! Je veux dire : ce qui se passe actuellement en Grèce, c’est la destruction de la démocratie par l’Europe. Et comme le mécanisme est très général, comme le processus de destruction se fait – comme dans la naissance du fascisme et du nazisme en fait, au-delà de l’agitation populaire, etc. – par en haut… Je veux dire : c’est un complot des élites ! – je dois être un complotiste dans un sens –, un complot des élites. Je pense qu’on peut commencer à spéculer sur l’intérêt du concept d’"eurofascisme" ».


La vidéo fait, depuis quelques jours, le tour de la complosphère. Fortement décrié, le plan d’austérité grec est la condition posée par les pays membres de l'Eurogroupe pour que la Grèce bénéficie du second volet d'un plan de sauvetage de 130 milliards d’euros ainsi que l'effacement d’une ardoise de plus de 100 milliards d’euros de dettes.

« Des oligarques furieux »

Auteur prolifique, Emmanuel Todd est célèbre pour avoir analysé la décomposition du système soviétique et pour ses travaux sur le rôle des structures familiales dans les phénomènes sociaux et économiques. Dans une interview mise en ligne en décembre 2011, il confiait qu'il n'avait « rien contre les élites » mais que celles-ci lui étaient « intolérables lorsqu’elles deviennent folles et irresponsables ». « Nous avons dorénavant des oligarques furieux » ajoutait-il, après avoir expliqué que la France est dirigée par « des élites de droite, dans la tradition catholico-vichyste, très séduites par l’Allemagne et les systèmes autoritaires de l’Europe continentale ».

En dénonçant un « complot des élites », Todd accrédite une vision conspirationniste de la crise financière, présentée comme une étape d'un plan concerté visant à renverser la démocratie. Partant, il franchit le pas qui le sépare de la thèse défendue par exemple par Naomi Klein dans son livre La Stratégie du choc selon lequel un petit nombre d'individus réussiraient à tirer profit de la crise en spéculant ou en imposant leurs vues en matière de politique économique, sans l'avoir pour autant nécessairement provoquée intentionnellement.

Mise à jour (26/02/2012) :
Interviewé par Maja Neskovic pour le site "Arrêt Sur Images", Emmanuel Todd précise sa pensée sur le complotisme. Evoquant le récent livre de Christophe Dubois et Christophe Deloire (Circus Politicus, Albin Michel, 2012), Todd explique qu’« on est dans un mécanisme de complot des élites » semblable aux systèmes non-démocratiques (tyranniques, monarchiques, totalitaires, etc.) qui, concentrant les pouvoirs sur un homme ou un petit groupe d’hommes, sont obscurs dans leur fonctionnement et ont des « procédures bizarroïdes, complexes ». « On est confronté, poursuit le démographe, à une évolution sociologique qui implique l’existence d’une action spécifique de certaines élites dans un certain sens de subversion des institutions démocratiques. Donc, en un sens sociologique, il y a un complot à analyser ». Et Todd de conclure : « le bouquin de Deloire et Dubois (…), en fait moi je le vois, en anthropologue, comme la description d’un milieu dans lequel [a] émergé, [s’est] développé et s’épanouit un complot pour la subversion de la démocratie. C’est très intéressant ».




Voir aussi :
* Pour les Grecs, les responsables de la crise ne sont ni à Bruxelles, ni à New York, mais à Athènes
* Marine Le Pen et le « Léviathan mondialiste »