
« Ça va Mailys ? Ça fout les boules hein ? » Un laconique « Oui » se fait entendre. Est-elle tétanisée par ce qu'elle vient d'apprendre ? Ou simplement usée par les quatre heures de séance éprouvante ? Sans doute, un peu des deux. Dans cet enregistrement audio que Conspiracy Watch s'est procuré, un homme déroule son cours intitulé « Manipulation mondiale ». Ces séances de « philo », il en dispense toutes les semaines à ses adeptes. Mais celle-là, prévient-il, est « la plus importante que j'ai jamais faite sur le monde extérieur ». Elle date de l'été 2011. « Les Illuminati contrôlent tout. Il n'y a rien que vous ne mangiez, ne consommiez, ne pensiez, ne portiez, ne fassiez, qui ne soit décidé par eux » prêche le maître de séance. Sur cette base se dresse un tableau affolant. Tsunamis, attentats, virus, guerres, scandales sexuels… Les élèves du « gourou de la Villette » découvrent un monde factice dans lequel tous les événements et toutes les actualités seraient en réalité orchestrés par une élite satanique toute puissante.
Pour ceux qui y ont assisté, cette séance marque un tournant. Un étau supplémentaire de l'emprise qui s'est refermée sur eux. Tous ont fait partie des « Guerriers de Lumière », un groupe à caractère sectaire tenu depuis plus de vingt ans par Élysée Ade. En détournant les principes de la pensée taoïste, cet homme de 57 ans vend à ses adeptes une lutte obsessionnelle contre un mal intérieur, « l'Ego ». Un combat pseudo-visionnaire censé faire d'eux les guérisseurs du monde. Ade est parvenu à asseoir son influence sur des dizaines de Parisiens, séduits par le même produit d'appel : des cours de kung-fu gratuits, place de la Villette (XIXe arrondissement). Une pratique intensive du sport qui a progressivement débouché sur des cours de développement personnel collectif, des « thérapies » payantes et individuelles, des comptes-rendu journaliers des faits et gestes de chacun, des projets d'entreprenariat douteux, et pour certaines femmes, des séances de « jouissance sexuelle ».
Élysée Ade est jugé en appel ce lundi 28 septembre 2026 pour « abus de faiblesse aggravé ». Face à lui, plusieurs familles et quatre anciens adeptes. Deux hommes et deux femmes. Entrés et sortis du groupe à des périodes différentes, ils étalent leur préjudice respectif de 2009 à 2015. Tous décrivent le rôle déterminant du complotisme dans l'emprise de la secte. Au fil des années, leur gourou en a fait une arme de terrorisation des esprits.
« Si tu doutes, tu trahis »
À 53 ans, François C. est le premier des quatre à être « parti ». Un départ avec pertes et fracas. Bien mal lui en a pris de mettre en doute la parole de « l'Archange », comme Ade aime à se faire appeler. Cet homme poli au verbe méticuleux connaît son dossier à la virgule près. Voilà dix ans qu'il décortique et analyse le mode de fonctionnement de son gourou. Sa rencontre avec lui remonte à 2001. L'esprit de groupe l'emballe : cours de kung-fu, de développement personnel… Mais en 2011, il est alerté par les égarements complotistes de plus en plus insistants du leader. Des remarques insidieuses sur le « complot judéo-maçonnique », les Illuminati, le groupe Bilderberg ou les « chemtrails » s'invitent dans les cours. Agnostique pur jus, « éduqué à l'esprit critique », François C. n'avait pas signé pour ça. « On se retrouve un jour à l'entraînement. On voit passer des avions au-dessus de la Villette. Et tout le monde crie : “Chemtrails ! Chemtrails !” » Au retour de l'entraînement, il ose confier à une membre du groupe ne pas croire à cette théorie complotiste. Confidence rapportée aussitôt. L'homme qui doute est alors sommé de se justifier : « Si tu doutes de ça, tu doutes de tout et donc de celui qui nous l'enseigne. Tu n'es donc pas digne de la confiance et de l'amour des autres. Tu trahis » lui rétorquent dans les mêmes termes Élysée Ade et ses adeptes.
Mis à l'écart, François C. est progressivement banni des activités collectives et harcelé d'e-mails lui réclamant des explications et des excuses. « Nous attendons tes informations » exige Lionel V. Après plusieurs atermoiements, il trouve la force de couper les ponts, mais doit supprimer son adresse mail et changer de numéro de téléphone. Il dépose plainte en 2012, rejoint quelques mois plus tard par Monique R. « La goutte d'eau, ça a été quand François est parti. Il a reçu des messages infects du groupe et des menaces de mort ».
Cette retraitée de 68 ans, surdiplômée et mordue de voyages a fait son entrée dans le groupe en 2009 à la suite d'importants problèmes de santé. Elle espère arrêter de fumer grâce au sport et aux thérapies individuelles que lui vend Élysée Ade. Elle assiste aussi aux cours de « philo » rebaptisés entre-temps « Cercle de l'Éveil ». Elle découvre rapidement un discours à la fois inspiré des thèses d'extrême droite et panafricanistes. Bien que d'origine sénégalaise, Élysée Ade souscrit à une vision racialiste de l'histoire de l'Humanité dans lequel les Noirs se situent au bas de l'échelle. Dans le même temps, il fantasme l'existence d'une puissance africaine cachée par les historiens qui aurait conquis le monde avant les Européens. À ces thèses s'ajoutent, un fort tropisme complotiste. « Un jour, il me demande de lui ramener un billet d'un dollar, explique Monique R. Il me dit qu'il va faire une révélation. Il avait préparé un powerpoint sur ce billet en nous démontrant tout un truc sur les Illuminati et sur le Pape Noir. On a eu la panégyrique de tout ce qui pouvait se faire ».
À cette époque, les séances ont lieu dans un théâtre du XIXème arrondissement, loué pour l'occasion. « Ils se sont présentés comme une pratique de bien-être. Mais on ne les croisait jamais, sauf quand l'un deux venait chercher les clés » se souvient Vincent Auvet, alors metteur en scène au théâtre Darius Milhaud. Après son départ en 2012, François C. décide de prévenir l'Union nationale des associations de défense des familles et de l'individu victimes de sectes (Unadfi). Celle-ci alerte alors la mairie d'arrondissement qui prévient à son tour le théâtre. Les « Guerriers de Lumière » sont expulsés sur le champ. Ils se replient chez Élysée Ade avant de finalement élire domicile dans des bureaux.
L'Unadfi avait déjà reçu un premier signalement, quelques mois plus tôt. Quand elle décroche le téléphone, Chloé* fond en larmes. Sa sœur Elisa**, « douce, créative et très drôle », est membre du groupe sectaire depuis 2009. Un week-end de 2010, elle l'accompagne à une séance de kung-fu. Au passage des avions, Élysée Ade embraye : « Oh regardez ! On nous espionne ! », se souvient-elle. Autour d'elle, les participants pleurent, hurlent, genoux à terre. Une fille punie est tenue de rester à l'écart, jambes fléchies. « C'est pour notre bien » tempère sa sœur. Chloé a vu le discours complotiste déteindre sur elle : « Elle nous envoyait des mails avec des vidéos en disant “Regardez, on nous espionne, on nous manipule” ». Année après année, Elisa semble s'enfoncer toujours plus loin au fond du gouffre. À ses côtés, Christina et Caroline N., deux sœurs dont la mère, Riitva, est partie civile dans le procès d'appel. « Sur les Tours jumelles et les attentats du 11 septembre, elles avaient des théories complètement farfelues » raconte-t-elle. Pour ses filles, le gouvernement, les politiciens et la justice sont vérolés. Un jour, Caroline lui recommande d'écouter une radio. « C'était une station d'extrême droite ! J'ai dû lui rappeler qu'elle était à moitié Arabe ! » poursuit-elle dans un rire nerveux.
Obsession antisémite
Le contact des proches ne suffit pas à enrayer l'emprise qui se scelle aussi en ligne. Des comptes-rendus journaliers appelés « reporting » se glissent dans d'interminables et frénétiques boucles de mails envoyés à Élysée Ade et au groupe. D'une intrusivité malsaine, ces rapports scolaires que nous avons pu consulter, retracent matin et soir les émotions et comportements de chacun tels que : « Je suis restée au lit avec Alain, nous nous sommes connectés et avons fait l'amour », « J'ai mangé deux parts de cake. Une aurait suffi », mais aussi « Je n'ai pas récité le mantra en entier avant de dormir » ou « Durant ma séance sexuelle, j'ai giflé Élysée lorsqu'il m'a dit que la séance était finie ». Des messages souvent rédigés en anglais, langue de communication qu'Ade impose depuis 2010. Deux ans plus tard, il impose l'usage du « Reset Name » : les adeptes doivent à présent changer de nom et de prénom. Des liens d'articles et de vidéos se glissent aussi dans les échanges, classés en « level » d'importance, de A à E. L'amalgame de thèses complotiste y est interminable : on dénonce le « Nouvel Ordre mondial », les objectifs des Illuminati, la création de cancers et de virus par les laboratoires pharmaceutiques, la « théorie du genre (pure satanism) » à l'école, l'existence cachée des extra-terrestres, la manipulation climatique via le projet HAARP. On cite Kemi Seba, Steve Bannon, Pierre Jovanovic et d'autres encore : « J'ai tendance à faire confiance à des personnes comme Dieudonné ou Soral, qui disent la vérité et n'ont pas peur de mourir », écrit en 2014 dans un mail un certain Sébastien T.
L'obsession antisémite d'Élysée Ade imprègne tout. « Les Juifs » sont un sujet de conversation à part entière et l'idée que le monde serait entre leurs mains, une certitude. « Je ne savais pas que le CRIF était si puissant en France. C'est regrettable qu'ils manipulent les chiffres [...] pour culpabiliser les gens à l'égard des Juifs » s'indigne Maxime en 2014. Un an auparavant, un « Level Dieudonné » et « Level War » ont même été créés. Le gouvernement vient alors d'interdire le spectacle du polémiste antisémite pour risque de trouble à l'ordre public. « Cette affaire Dieudonné est plus importante qu'elle n'en a l'air. Les gens se réveillent, annonce Ade, le 9 janvier 2014. Le monde tel que nous le connaissons va disparaître, préparez-vous et ne sous-estimez jamais votre valeur. Les politiciens, les banquiers, les médias… ne sont rien d'autre qu'une bande de voleurs et de parasites [...]. Chaque génération a son combat, le nôtre est le plus grand de tous ».
Selon lui, les Illuminati seraient en réalité des Juifs sionistes, lesquels tiendraient tous les gouvernements, en particulier celui des États-Unis. Objectif : imposer leur projet sataniste inspiré du Talmud qui légitimerait aussi bien les viols d'enfant que le trafic d'organes. L'Histoire est aussi revue sous ce prisme. La montée du nazisme en particulier est réinterprétée comme une manipulation des « sionistes » destinée à provoquer la guerre pour récupérer la terre de leurs ancêtres. « Hitler était payé par Rothschild. Il a aidé à créer l'État d'Israël » assure Ade en 2011 pendant un cours de « philo ».

Avant 2010, le complotisme fait plutôt partie du folklore. Dans ses cours de développement personnel sur l'Ego, la Libération, ou la Sexualité, se glissent parfois des commentaires étranges mais sur lesquels le gourou ne s'appesantit pas. Tenant d'une pensée libertaire, inspiré par le blogueur complotiste Pierre Jovanovic, il se montre par exemple très hostile aux banques, incitant ses adeptes à fermer leurs comptes et à miser sur l'argent liquide. À partir de cette année-là, la pensée conspirationniste devient un élément structurant de son emprise. Hasard de timing ? Le groupe connaît justement une hémorragie de départs. Loan V. et Greg L., un couple d'adeptes, suivi de François C., Monique R. et Nicolas C. en 2012… « Le complotisme crée une frontière virtuelle importante en matière de sectarisme, explique Marie Drilhon, vice-présidente de l'Unadfi qui s'est portée partie civile. Il augmente ostensiblement la difficulté à sortir du groupe car le danger que ressentent les victimes devient énorme. Elles se disent “si je sors, je ne serais pas sauvé” ». À cette époque, Élysée Ade en profite donc pour renforcer ses leviers d'emprise. Désormais, le maître à penser va conditionner l'appartenance au groupe à des pré-requis.
« Un jour au théâtre, il a dit : “tous ceux qui sont pas en séance individuelle avec moi, vous partez !” » se souvient David S. Ce breakeur de 42 ans connaît « Les Guerriers de Lumière » mieux que personne : il en a été « l'homme à tout faire ». Pendant plus dix ans, il s'est notamment investi dans les divers projets d'entreprise d'Ade : Psychic, un magazine bien-être, Célesté sa version web, puis Novashen, une boite de conseil, et enfin San Institute, présentée comme une entreprise de promotion du plaisir féminin… David S. est avenant, presque expansif, et assez dispersé. Son esprit à tiroirs traduit une énergie qu'il peine à contenir. Passionné de cinéma, de musique, de sport… passionné en somme. Mais durablement marqué par le souvenir traumatisant de la secte qu'il a quittée fin 2014. Il portera plainte à son tour. « De 23 à 33 ans je ne pouvais pas travailler, donc je n'ai pas touché un seul salaire. Ajoutez à ça 200 balles de “thérapies” par mois à 50 euros la session, tous les mois pendant dix ans. 25 000 euros : c'est ce que m'ont coûté ces séances ».
Les « thérapies », Élysée Ade les dispense à domicile dans son appartement du XIXème arrondissement. Il y vit avec sa femme, Élodie Ade, également membre du groupe sectaire, et ses deux enfants. Le billet doit être méthodiquement déposé sous le Bouddha qui trône dans le salon. Ses clients s'allongent sur le canapé Chesterfield blanc cassé pour raconter leur semaine et écouter ses conseils. Lui s'installe derrière eux, près du poste d'ordinateur, sur lequel il pianote en continu : des dizaines de fenêtres Internet et de boucles de mails sont ouvertes. « Au début, il n'envoyait que des mails collectifs. Et à partir de 2010, après une séance sur la fin du monde Maya, il commence à s'adresser à nous en particulier » rapporte David.S. Rien n'échappe à Élysée Ade : au sein du groupe, il fait et défait les couples à sa guise, connaît la vie intime et personnelle de chacun des membres, que renforce une lourde atmosphère de surveillance et de délation mutuelle. Les conjoints extérieurs au groupe qui détournent les adeptes de son giron sont poussés vers la sortie. Même l'état de santé des membres est connu et commenté. Atteinte de sclérose en plaque, Caroline N. aurait suspendu son traitement. En 2012, Élysée Ade la décrit dans un mail comme malade « à cause de laboratoires pharmaceutiques irresponsables ». L'année suivante, une crise la conduit manifestement à l'hôpital : « Je niais la douleur que je ressentais, pensant qu'il s'agissait d'un tour de l'ego » confie-t-elle alors à ses amis. Un voyeurisme qui s'exerce d'abord sur les femmes.
Des expertes en orgasme pour sauver le monde
« Oui, on a été les premiers à entrer » reconnaît Natacha V. Au début des années 2000, elle a 18 ans. Ses frères Maxime et Lionel se sont liés à Élysée Ade, alors journaliste passionné de jeux vidéos, et la ramènent aux cours de kung-fu. Mal dans sa peau, Natacha V. craint autant qu'elle idolâtre le personnage qui en profite pour expérimenter ses premières « thérapies » sur elle. Ade n'a aucune qualification et, rapidement, oriente les conversations autour du sexe. Jusqu'à une séance où il s'autorise à passer à la pratique. « Un doigt dans mon vagin, lâche sans détour Natacha V. Quand je sors de cette séance, je ne me sens vraiment pas bien mais j'étais tellement mal à cette époque que je me disais qu'il allait me sauver ». Son départ précipité de la secte en 2014 a autant marqué qu'échauffé les esprits. Considérée par certains comme sa « rabatteuse », Natacha V. a attiré dans le giron d'Ade, Monique R., David S. et bien d'autres qu'elle rencontre au fil des années. Elle va aussi participer activement au nouveau projet d'initiation d'Élysée Ade.

« Aujourd'hui, je n'assume pas du tout ce qui s'est passé. Moi-même qui suis mère de deux filles, je trouve que c'est atroce » confie-t-elle. En 2010, Élysée Ade annonce le lancement d'un nouveau projet d'équipe dont elle devient l'une des meneuses : les FOX, pour Female Orgasmic Expert. Un groupe de femmes sélectionnées et formées à « l'orgasme féminin » par Ade lors de séances sexuelles. Individuelles d'abord, puis groupées. Sous le regard d'autres femmes, celle qui y passe est généralement stimulée par Élysée Ade à l'aide de sextoys jusqu'à atteindre l'orgasme. Certaines séquences sont filmées. L'objectif est noble, promet-il : « Il nous montrait des vidéos YouTube en disant qu'on devait se battre contre ce gouvernement et la médecine en tant qu'élus éveillés, explique Natacha V. Il a commencé à dire qu'il fallait nous donner des clés pour sauver le monde ». Le salut viendrait de la connaissance du plaisir féminin. Conférences, tournées mondiales, richesse… Les promesses de succès sont nombreuses. Et les femmes y mettent du leur. La plupart d'entre elles abandonnent leur travail au profit du San Institute, lancé en 2012 et renommé aujourd'hui Invisible Light Entreprise. « J'y suis du lundi au lundi de 5 heures et demi du matin à minuit. Mon cerveau est toujours pris par Élysée » continue Natacha V.
En pratique, l'initiation à la connaissance du plaisir consiste surtout à agir en harem du gourou. L'allure, le poids et l'attitude des femmes répondent à ses commandements : s'affamer ou se gaver, s'épuiser au sport, abandonner sa pudeur… Pour s'en délivrer, certaines sont envoyées en clubs échangistes ou s'adonnent à des pratiques entre elles. « J'ai tellement banalisé cela que je ne me suis jamais dit que c'était du voyeurisme ou de l'exhibitionnisme, se souvient Loan V. Puis, quand j'ai vu qu'une femme avait porté plainte pour viol… ». Cette femme, c'est Mathilde O., quatrième plaignante du dossier. Depuis toujours, cette passionnée d'ésotérisme, réservée et instinctive, aime tirer les cartes. Sa meilleure amie la présente au groupe en 2012. « L'hameçon d'Élysée Adéea été de me dire “si tu restes avec nous je t'apprendrais à lire sans tes cartes”. À partir de là, je l'ai mis sur un piédestal ».
Mais son intérêt un peu trop appuyé pour l'ésotérisme pollue le reste de ce qu'elle doit emmagasiner. Contrainte de jeter ses livres, elle les remplace par des enregistrements audio d'Ade. Dans les transports, en marchant, Mathilde O. n'écoute plus que cela et gobe tout : « Il parlait des Illuminati ou d'Alain Soral… À cette époque, j'avais zéro filtre et je me disais qu'il avait des capacités surhumaines. Et puis, ça justifiait certaines violences car il fallait vite faire tomber notre ego pour aider les gens au moment de la Troisième Guerre mondiale ». En dehors des cours de kung-fu, Mathilde O. croise peu Ade. À cette époque, la mue sectaire des « Guerriers de Lumière » est installée et certaines thérapies individuelles sont dispensées par les FOX. Mathilde O. est d'abord accompagnée par Natacha V. Mais sa mentor est au bord du précipice. « En 2014, je ne me retrouve plus dans ma tête. Je me fait appeler Erika, je ne parle qu'en anglais. Je fais 39 kilos et Élysée me fait faire des jeûnes ». Un rendez-vous chez le médecin provoque le déclic. Natacha V. claque la porte de la secte à son tour. Elle change de numéro, supprime ses messages par peur : « Il m'avait quand même déjà frappé devant tout le monde ».
C'est une autre femme, Marine L. qui reprend alors le suivi de Mathilde O. : dormir à même le sol, prendre des douches froides, manger un repas par jour, « vider sa peine tous les jours », c'est-à-dire pleurer… Une hygiène de vie draconienne saupoudrée de bienveillance qui finit par troubler le jugement de Mathilde O. À 22 ans, elle n'a, par ailleurs, jamais connu l'amour ou le sexe. Elle se dit alors que « perdre sa virginité de manière contrôlée » auprès des FOX pourrait la décomplexer. Le 14 mars, c'est Élysée Ade qui s'en chargera. Information qu'elle dit apprendre le jour même. Arrivée à l'appartement, elle se déshabille puis s'allonge sur le canapé, devant la poignée de filles qui passent à tour de rôle. Ade s'empare d'un godemichet noir et lui enfonce dans le vagin tout en lui demandant de s'insulter. Ses orgasmes provoquent applaudissements et félicitations. « J'avais le sentiment d'avoir gagné en estime pour eux et je me disais que je m'approchais de la possibilité d'être une FOX ».

La portée de ce qu'elle a vécu ne l'atteint pas tout de suite. Mais elle finit par partir quelques semaines plus tard. Du jour au lendemain. Commence alors une longue période de dépression. Rapidement, David S. l'encourage à porter plainte. Mais déconstruire sa « lobotomisation » prend du temps. « Aujourd'hui, j'essaie de m'autoriser des choses » ose cette trentenaire en études d'illustration. Mais elle redoute grandement le procès en appel. En 2025, Riitva N. a quant à elle appris que sa fille Caroline était mariée avec un homme proche d'Elysée Ade et qu'elle vivait en Irlande. Aux dernières nouvelles, Elisa habite toujours en colocation avec d'autres femmes du groupe. Cette année, elle a eu 41 ans. Un échec pour ses proches : « Je m'étais promis de la faire sortir de la secte avant ses 40 ans, confie sa mère. Pourtant, ma fille voulait avoir des enfants. Mais là, c'est le blackout total », regrette-t-elle.
Ce sentiment de gâchis déteint sur toutes les trajectoires. Pour les plaignants, le temps s'est figé il y a dix ans. « Je pense que si je n'avais pas croisé ces gens, j'aurais femme, enfants et une stabilité financière que je n'ai pas » songe François C. Mènent-ils malgré tout une vie heureuse ? « Pas encore » se doit de reconnaître David S. qui vit chez ses parents En première instance, le verdict les a tous déçus. « Une tape sur les doigts ! » ironise François C. Les plaintes de Monique R et Mathilde O. ont été déboutées, y compris celle de Mathilde pourtant requalifiée en agression sexuelle. Aujourd'hui, elles comptent au moins sur une condamnation au tribunal civil. « Leurs attentes c'est une indemnisation, commente leur avocat, Me Benjamin Gruau. Il y a eu beaucoup de séquelles et une forme de paralysie à ne pas pouvoir avancer dans la vie à cause de ce qu'ils ont subi. La seule chose qu'on peut leur proposer c'est que ce soit chiffré ». En première instance, le complotisme n'était apparu que comme un élément du paysage. Pourrait-il être considéré comme un levier d'emprise mentale à part entière ? Contacté par Conspiracy Watch, Élysée Ade s'est contenté d'une réponse imagée : un drapeau noir tiré du manga One Piece. Il devra s'en expliquer plus clairement à nouveau durant sept jours d'audience, jusqu'au 7 octobre 2026.
* le prénom a été changé
** le prénom a été changé













