Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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[PODCAST] Le retour des biolabs

Publié le 20 juin 2026 par 
France Info
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Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France décryptent et analysent, dans ce nouveau numéro de Complorama, le retour de la théorie du complot selon laquelle les Etats-Unis financeraient des laboratoires secrets en Ukraine pour préparer des armes biologiques.


  En bref 


Le 111e numéro de Complorama examine comment, en quelques heures, la directrice du Renseignement national américain Tulsi Gabbard a relancé la rumeur autour des biolabs.

Tulsi Gabbard et ses « documents déclassifiés »

Vendredi 12 juin, dans une vidéo publiée sur X, la cheffe du Renseignement américain, affirme que "le gouvernement américain finance depuis longtemps plus de 120 laboratoires biologiques dans plus de 30 pays", ajoutant au passage que « bon nombre de ces laboratoires biologiques mènent ou ont mené des recherches utilisant des agents pathogènes dangereux et hautement contagieux, et dans certains cas, ont mené des recherches dangereuses sur le gain de fonction. » Dans cette même vidéo, Tulsi Gabbard assure avoir déclassifié des documents qui en attestent. Pourtant, « le chiffre de 120 laboratoires mis en avant par Tulsi Gabbard n'a rien d'un secret d'État que son administration aurait découvert », balaye Rudy Reichstadt, directeur du site Conspiracy Watch. « Elle prétend que les États-Unis ont caché qu'ils finançaient des biolabs à l'étranger, mais c'est faux, ces financements sont publics, votés par le Congrès et documentés officiellement depuis 2005 pour l'Ukraine. Même si elle ne le dit pas comme cela, elle laisse entendre que ces laboratoires auraient été secrets. C'est faux, là encore, il s'agit de cliniques, d'universités, de laboratoires de recherche vétérinaire et de centres de recherche épidémiologique civils tout à fait officiels », explique Rudy Reichstadt.

Les documents qu'elle prétend déclassifier ne sont en réalité que quatre diapositives, « dont on se demande si elle les a lu ou si elle parie que ses fans ne les liront pas », s'interroge Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université de Paris, spécialisé sans les cultures numériques. Premièrement, Tulsi Gabbard « déclassifie » des documents dont certaines informations étaient déjà publiques. Par ailleurs, l'un de ces documents apparaît truffé d'erreurs. La carte de l'Ukraine qui y est présentée comporte plusieurs anomalies comme le fait que la capitale, Kiev, soit mal placée. En dépit de ces erreurs et affirmations erronées, la sortie de Tulsi Gabbard a rapidement et largement été relayée par des médias et influenceurs conspirationnistes américains d'extrême droite. Sa vidéo a notamment été relayée par Elon Musk et ses 240 millions d'abonnés, mais également le secrétaire à la Santé Robert F. Kennedy Jr. On peut également citer Jack Posobiec, Anna Paulina Luna, Marjorie Taylor Greene ou encore Erika Kirk. Côté français, « tout le ban et l'arrière-ban de la complosphère française », s'est également emparé du sujet, comme Florian Philippot, Alexis Poulin, Idriss Aberkane, François Asselineau ou encore Silvano Trotta.

Les origines russes

Ces accusations ont en réalité été mises en orbite en mars 2022 par la Russie. Le 6 mars 2022, quelques jours après l'invasion de l'Ukraine, le ministère russe de la Défense affirme avoir découvert des preuves de programmes biologiques militaires financés par les États-Unis en Ukraine et prétend que Kiev aurait détruit en urgence des agents pathogènes pour dissimuler ces activités. Ces accusations sont reprises par le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, puis par Vladimir Poutine en personne. Une brève archéologie numérique permet toutefois de remonter un peu plus tôt dans le temps. Le 14 février 2022, dix jours avant l'invasion, un post sur le réseau social d'extrême droite Gab affiche un graphique « US biolabs in Ukraine ». Le 24 février, jour de l'attaque russe sur l'Ukraine, un compte Twitter anonyme, @WarClandestine, fan de QAnon reprend exactement le même graphique et le propulse. Les chercheurs en parlent comme du point de bascule. Ces accusations prennent alors une trajectoire internationale.

Depuis la sortie de Tulsi Gabbard, tous ceux qui défendaient cette théorie du complot crient au triomphe. En France, Florian Philippot, l'ancien bras droit de Marine le Pen, désormais patron des Patriotes qui verse depuis plusieurs années dans le complotisme, a notamment publié une vidéo sur ses réseaux sociaux sur un ton triomphant. "Ce récit n'était pas faux, n'était pas complotiste, il était vrai", se réjouit-il, usant ici de « plusieurs techniques rhétoriques éculées », dénonce Rudy Reichstadt. Ici, « on fait passer pour un scoop, des révélations inédites et un scandale d'Etat, ce qui n'est qu'une info connue depuis des années », rappelle le directeur de Conspiracy Watch. « On joue également sur la polysémie d'un mot pour créer la confusion » car le terme biolabs qui, factuellement, signifie simplement « laboratoire biologique », permet d'entretenir l'ambiguïté. Ces récits conspirationnistes sont par ailleurs « l'exemple le plus spectaculaire de la fusion des communautés complotistes avec une mutualisation d'audience », note par ailleurs Tristan Mendès France : « Ces récits conspirationnistes sur les biolabs sont apparus sur l'écosystème covido-conspirationniste au moment du Covid, et ils se sont ressoudés avec la sphère pro russe à la faveur de la guerre. »


Le retour des biolabs, c'était le 111e épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques et Joanna Yakin de franceinfo. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France, sur la chaîne YouTube de franceinfo et toutes les plateformes.

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