Le 108è numéro de Complorama examine cette semaine la fracture idéologique profonde qui divise actuellement la mouvance MAGA et les partisans de Donald Trump. L'un des faits révélateurs est la tentative d'attentat du 25 avril dernier. Pour Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques, la complosphère s'est emballée : "on a d'ailleurs des chiffres assez assez significatifs, notamment le terme staged, qui veut dire mise en scène, et qui a été employé plus d'un million de fois en moins de 48 heures". Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, observe que la complosphère a aussi fait, après l'attaque, un travail collaboratif "non pas d'un faisceau de preuves, mais d'un mille feuilles d'arguments censés démontrer la mise en scène, la manipulation« . Tristan Mendès France observe également une »hybridation des théories du complot", où des opposants de gauche et d'extrême droite s'unissent pour qualifier les récentes tentatives d'attentat contre Trump de mises en scène orchestrées.
Les jalons d'une fracture
Autrefois fidèle, la « MAGAsphère » se retourne contre le président Trump, en l'accusant de trahison sur des dossiers comme l'affaire Epstein ou les tensions avec l'Iran. Pour Rudy Reichstadt, "cela commence avec Marjorie Taylor Greene« , lorsqu'elle évoque un »génocide« à Gaza, »un vocabulaire généralement pas utilisé à droite et chez les conservateurs". L'élue républicaine tombe ensuite en disgrâce en abordant l'affaire Epstein.
La deuxième ligne de fracture s'ouvrira avec le dossier iranien, lorsqu'en juin 2025, les États-Unis bombardent les installations nucléaires avec l'aide d'Israël. "Une trahison des promesses de campagne de Trump pour la frange isolationniste, paléo-conservatrice du parti républicain" selon le directeur de Conspiracy Watch.
Autre moment clé de cette recomposition : l'assassinat de Charlie Kirk. Pour Rudy Reichstadt, "il faisait le pont entre les différentes sensibilités de la mouvance MAGA« ; après sa mort, »la nature ayant horreur du vide, la place est à prendre« . Tristan Mendès France souligne que »la fracture au sein de la base trumpienne se structure autour de récits complotistes". Il cite notamment Candace Owens, qui avance que l'épouse de Charlie Kirk et l'institut pour lequel elle travaille aujourd'hui pourraient être impliqués dans cet attentat.
Le message de Trump du 9 avril 2026
Posté sur Truth Social, un message de Donald Trump s'en prend à plusieurs anciens alliés : Tucker Carlson, Alex Jones, Candace Owens et Marjorie Taylor Greene. Tous sont qualifiés de « stupides », rapporte Rudy Reichstadt, qui ajoute : « La meilleure preuve étant qu'ils ont tous été écartés de la télévision. »
Le directeur de Conspiracy Watch précise que le président américain vise notamment Candace Owens, qu'il "qualifie de folle« , tout en prenant la défense de Brigitte Macron. Il dit »espérer qu'elle obtienne gain de cause et gagne beaucoup d'argent« dans le procès en diffamation qu'elle a engagé aux États-Unis contre la commentatrice, laquelle l'accuse, d'être un homme »alors qu'elle ne l'est pas."
En conclusion, Tristan Mendès France montre que le mouvement trumpiste est traversé par une forme de cannibalisme interne : "La trajectoire naturelle de la complosphère, c'est l'autophagie« . Il explique que, lorsque plusieurs figures émergent, elles finissent tôt ou tard par devenir des »ennemis de l'intérieur" et par s'entre-dévorer.
Trump et la fracture MAGA, c'est le 108è épisode de Complorama avec Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l'université Paris-Cité, spécialiste des cultures numériques et Noé da Silva de franceinfo. Un podcast à retrouver sur le site de franceinfo, l'application Radio France, sur la chaîne YouTube de franceinfo et toutes les plateformes.











