Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

Conspiracy Watch : Les faits
contre
le complotisme

Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme
Conspiracy Watch : les faits contre le complotismeConspiracy Watch : les faits contre le complotisme

Conspiracy Watch : Les faits
contre
le complotisme

Comprendre l'Empire

Publié le 4 octobre 2026 par 
La Rédaction
Temps de lecture
9 min de lecture
Comprendre l'Empire, d'Alain Soral (Éditions Blanche, 2011).

Comprendre l'Empire est un brûlot complotiste d'Alain Soral publié en 2011 aux Éditions Blanche, dirigées par Franck Spengler.

Mêlant antisémitisme, antimondialisme, antiaméricanisme et antimaçonnisme, le polémiste d'extrême droite y propose une relecture de deux siècles d'histoire occidentale sous le prisme de la prise de pouvoir d'une oligarchie bancaire indissociable de ce qu'il appelle la « communauté organisée ». Avec plus de 100 000 exemplaires écoulés selon son éditeur, le livre est le plus gros succès de librairie d'Alain Soral et sert de texte doctrinal à l'association Égalité & Réconciliation. La presse généraliste a peu rendu compte du livre. Pour le politologue Pierre-André Taguieff, « on y trouve tous les poncifs de la littérature conspirationniste produite depuis le début des années 1950 » (Court traité de complotologie).

L'ouvrage, qui se veut un « essai pédagogique », s'ouvre sur une longue épigraphe du journaliste antisémite, munichois et collaborationniste Henri Béraud. Le premier chapitre fait de la Révolution française la victoire de la « Raison bourgeoise » sur le catholicisme, première étape d'une « mécanique » conduisant au triomphe de « la Banque ». Selon Soral, l'Église médiévale a confié le prêt à intérêt à « une caste maudite, maintenue hors de la société de Dieu » (comprendre : les juifs). L'alliance de cette caste avec la Couronne d'Angleterre marquerait « l'acte de naissance de l'Empire », lequel serait passé de la City de Londres à Wall Street. Créée en 1913, la Réserve fédérale ne serait qu'« un cartel mondial des douze plus grandes banques privées ». C'est « la Banque » qui aurait prolongé la Première Guerre mondiale, provoqué le krach boursier de 1929, puis imposé Bretton Woods et le pétrodollar.

Lincoln, Jackson, JFK ou encore Saddam Hussein auraient payé de leur vie leur opposition à « la Banque » tandis que de Gaulle aurait simplement été évincé. En France, la loi du 3 janvier 1973, qualifiée par Soral de « loi Pompidou Giscard-Rothschild », aurait livré l'État au « racket » du remboursement des intérêts de la dette. « La Banque ainsi analysée et définie doit donc se comprendre comme une nouvelle aristocratie tenant son pouvoir du droit de prêt à intérêt, lui-même garanti par le mensonge et la violence. »

Le troisième chapitre décrit la démocratie comme un « mensonge » masquant le pouvoir des réseaux. La franc-maçonnerie y est présentée comme le « clergé occulte de la République » et la laïcité comme « la plus fanatique [des religions] ». Un intertitre résume d'ailleurs la laïcité par l'équation « Laïcité = franc-maçonnerie ». Le Bilderberg, le CFR et la Trilatérale sont désignés comme les « nouvelles maçonneries pour l'hyperclasse ». De plus, Soral estime que « l'existence, au plus haut niveau d'initiation, de maçonneries sataniques type : Illuminati, Skull and Bones et autres sectes vouant un culte aux dieux antichrétiens, babyloniens ou égyptiens [...] n'est pas si délirante ». Avec l'ONU, le FMI, l'OMC et les lobbies, ces cercles formeraient « ce réseau des réseaux qui est, de fait, la structure combattante de l'Empire. Un Empire travaillant au Nouvel ordre mondial, soit à l'abolition de la démocratie et au pouvoir bancaire intégral – forme achevée du Capital – sur le dos du travail, des nations et des peuples… ».

Le même chapitre pose qu'« une oligarchie d'à peine 1 % de la population a toujours commandé à la masse des 99 % restant ». Quelle « minorité dominante » joue aujourd'hui ce rôle ? C'est, écrit Soral, « la question qui tue ». La Licra et le CRIF constituent selon lui des « officines émanant de minorités agissantes » et le B'nai B'rith, « plus vieille organisation maçonnique juive », compterait « plus de 500 000 membres » dans le monde. Enfin, la « communauté organisée » cumulerait « les liens du sang », une foi « fondée sur le projet clairement établi de la domination », le « cosmopolitisme » et « la pleine maîtrise de la modernité : finance, médias et sciences ». Elle serait donc « logiquement le réseau des réseaux » tandis que son seul nom provoquerait « stupeur et tremblement », la « mafia des mafias » étant « celle qu'on ne peut nommer sans trembler ».

L'incrimination du rôle néfaste que les Juifs joueraient tout au long de l'histoire traverse tout le livre. Le concile Vatican II (1962-1965) y est qualifié de « reddition théologique » faisant du catholicisme « un sous-produit du judaïsme ». La sincérité de la conversion au catholicisme, en 1940, du futur cardinal Lustiger est mise en doute. Les banquiers sont décrits comme « majoritairement formés à l'inégalitarisme méprisant de l'Ancien testament ». Des « banquiers new-yorkais souvent issus de la communauté ashkénaze » auraient financé la révolution bolchevique que des « élites juives pour leur très grande majorité » auraient étroitement encadrée. L'épopée communiste serait ainsi « juive en haut pour la volonté de domination, chrétienne en bas pour l'espoir du partage ». Quant aux intellectuels ralliés au libéralisme, ils formeraient « une flopée de sociaux-traîtres dont énumérer les noms évoquerait immédiatement la liste de Schindler »...

Le sixième chapitre, « L'Empire en action », applique la grille à la France d'après 1945. De Gaulle aurait payé son « insoumission à l'Empire du dollar et à l'État d'Israël ». François Mitterrand est décrit comme un « président otage de toute une clique communautaire ». « La droite patronale et les Loges [maçonniques] » auraient imposé le regroupement familial pour « détruire [la] cohésion ethno-culturelle [du peuple de France] ». La profanation du cimetière juif de Carpentras en 1990 aurait constitué un complot visant à briser l'ascension de Jean-Marie Le Pen qui se serait montré trop virtuose lors d'une émission de télévision six ans plus tôt. Une section s'intitule « La Shoah, religion de l'Empire ». Dans cette « nouvelle religion impériale », « la chambre à gaz prend désormais la place du corps, introuvable, du Christ ressuscité », peut-on lire. Soral classe « le révisionnisme historique généralisé (sens de l'Histoire, Shoah, 11 septembre…) » parmi les réactions « d'insoumission des esprits encore libres ». Le négationniste Robert Faurisson est décrit comme injustement « diabolisé » et Dieudonné comme « le plus honnête, le plus courageux, le plus talentueux et le plus engagé des antiracistes authentiques ».

Le livre range ensuite les grands dossiers de la complosphère sous une même rubrique. Le réchauffement climatique est décrit comme « un bricolage mensonger, établissant un lien causal entre un supposé dangereux réchauffement planétaire, l'émission de CO2 et la production industrielle, censé permettre au futur gouvernement mondial d'imposer la non moins fumeuse taxe carbone ». La vaccination contre la grippe H1N1 est qualifiée de « montage charlatanesque » qui permet « à l'oligarchie mondiale de terroriser les populations ». Quant au 11-Septembre, il s'agirait d'un « inside job impliquant services américains et israéliens ». La crise des subprimes de 2008 aurait été « orchestrée par la Banque » pour « achever de ruiner les classes moyennes ». Et l'oligarchie envisagerait de faire diminuer la population mondiale à coups de « famines organisées, empoisonnements de masse, guerre généralisée » pour maintenir sa domination.

Le dernier chapitre s'ouvre avec des citations de Julius Evola et de Mahmoud Ahmadinejad. Il est consacré aux forces de résistance. La République islamique d'Iran, le Hezbollah et le Hamas forment selon Soral un « islam de résistance » tandis que la Russie de Vladimir Poutine garantirait l'espoir d'un monde multipolaire. Une « révolte venant des États-Unis même » pourrait selon lui renverser « l'oligarchie bancaire apatride ». En conclusion, il fixe l'alternative suivante : la soumission à l'oligarchie ou « la révolte des peuples enracinés ».

Critique

Outre la dimension antisémite du livre, les arguments développés par Soral reposent sur des contre-vérités documentées de longue date. On peut ainsi, de manière non exhaustive, relever les propos fallacieux ou erronnés suivants :

  1. La Réserve fédérale (Fed) n'appartient à aucun cartel. Son Conseil des gouverneurs est une agence fédérale responsable devant le Congrès. Les banques membres détiennent des parts obligatoires des douze banques régionales, sans pouvoir de contrôle. La thèse d'une Fed aux mains d'un cartel manipulé par les Rothschild remonte à Eustace Mullins, un militant antisémite américain.
  2. La loi de 1973 n'a pas interdit à l'État de se financer auprès de la Banque de France. Elle a rationalisé des mécanismes existants en fixant un plafond d'avances révisable. Le financement de l'État à taux zéro n'a jamais été la règle, et le vrai tournant date du milieu des années 1980.
  3. La citation attribuée à David Rockefeller et placée en épigraphe du cinquième chapitre (« Nous sommes reconnaissants au Washington Post, au New York Times, au magazine Time, et aux autres grandes publications dont les directeurs ont assisté à nos réunions et respecté leurs promesses de discrétion depuis presque quarante ans [...] ») est apocryphe. Elle est apparue initialement dans des publications d'extrême droite, notamment sous la plume d'Hilaire du Berrier, contributeur pour la revue de la John Birch Society.
  4. Les « desseins maléfiques » de dépopulation que Soral prête à Nick Rockefeller ne reposent que sur la parole d'Aaron Russo, recueillie par Alex Jones en 2007. Du reste, il a été révélé que l'individu qui se faisait appeler « Nick Rockefeller » était en fait un faussaire. De son vrai nom Spiro Pavlovich, il a usurpé le nom de Rockefeller pendant des décennies pour laisser planer une ambiguïté sur ses origines alors qu'il n'avait en réalité aucun lien de parenté avec la célèbre dynastie de John D. Rockefeller ou de David Rockefeller.
  5. Le Juif international d'Henry Ford, « cri d'alarme » contre la spéculation selon Soral, est une compilation de textes antisémites inspirée des Protocoles des Sages de Sion et qui a nourri la propagande nazie.
  6. Sur le 11-Septembre, les opinions de Soral sur l'effondrement du WTC 7 ou le crash dans le Pentagone rejoignent celles des complotistes et ont été réfutées de longue date.
  7. Sur la grippe H1N1, Soral confond le Tamiflu (un antiviral produit par les laboratoires Roche et dont le brevet appartient à la société Gilead Sciences) et les vaccins anti-grippe commandés par la France à Sanofi Pasteur, GSK et Novartis.
  8. Enfin, la réalité d'un réchauffement climatique d'origine anthropique fait l'objet d'un très large consensus de la communauté scientifique. C'était déjà le cas en 2011. Ainsi, le 4e rapport du GIEC, publié en 2007, affirmait déjà que le réchauffement climatique était « très probablement » dû aux émissions de gaz à effet de serre et donc à l'activité humaine.

 

(Dernière mise à jour le 04/10/2026)

A lire aussi :
Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme
Bluesky
© 2007-2026 Conspiracy Watch | Une réalisation de l'Observatoire du conspirationnisme (association loi de 1901) avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.