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QAnon

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« QAnon » (« Anon » pour anonyme) est le nom donné à un phénomène complotiste et « sectaroïde » pro-Trump apparu en octobre 2017 sur les forums 4chan et 8chan (depuis rebaptisé 8kun). Ses partisans croient à l’existence d’une organisation pédocriminelle sataniste (la « Cabale ») impliquant d’éminentes figures du parti démocrate mais aussi les Clinton, les Obama, les Rothschild ou encore George Soros. ­­

Les adeptes de QAnon estiment qu'un mystérieux haut fonctionnaire américain qui aurait accès à des informations classées « secret défense » délivrerait régulièrement, sous le pseudonyme de « Q » (une lettre correspondant à un niveau d’habilitation du ministère américain de l’Énergie) des prédictions, sous la forme de questions énigmatiques ou de messages sibyllins. Ces pseudo-prédictions (le premier message de « Q » annonçait par exemple à tort l'arrestation imminente d'Hillary Clinton en la désignant par ses initiales « HRC ») font l’objet d’un travail collaboratif de décryptage et d’interprétation de la part des internautes les plus engagés dans le mouvement.

Le premier message de « Q » sur 4chan le 28 octobre 2017 (capture d'écran).

QAnon est un mouvement étroitement associé à son soutien au président américain (2016-2020) Donald Trump. Pour ses adeptes, Trump travaillerait secrètement à démanteler la « Cabale » et ses réseaux de trafic d’enfants, ainsi que l’« État profond » qui la protégerait et agirait dans l’ombre contre le président américain. « Q » n’a jamais caché son soutien à Trump, alors que de plus en plus de pancartes avec la lettre Q étaient brandis par ses partisans lors de ses meetings politiques. Donald Trump a lui même entretenu un flou savamment orchestré, affirmant « ne pas connaître » le mouvement tout en se félicitant de son soutien et de sa lutte « contre la pédophilie », alors qu’il a relayé plus de 200 fois des tweets de militants QAnon.

Pour de nombreux observateurs, QAnon puise ses principales thématiques dans l’antisémitisme le plus classique. Ainsi, l’idée d’une « cabale » aux ramifications internationales s’inscrit dans le droit fil du mythe du complot juif mondial. Quant à la croyance selon laquelle les membres de cette organisation secrète très puissante enlèveraient les enfants pour prélever sur eux une hormone appelée adrénochrome, que les enfants sécréteraient en paniquant et qui pourrait servir d’élixir de jouvence, elle ne fait que réactualiser un antique thème antijuif : l'accusation de meurtre rituel.

Les partisans de QAnon ont créé tout un univers de symboles et de slogans comme les hashtags #WWG1WGA (« Where we go one, we go all ! », soit, en français, « Un pour tous, tous pour un ! »), « Trust the Plan » (« Faites confiance au Plan ») ou encore « #ReleaseTheKraken », dans les semaines qui ont suivi la défaite de Donald Trump à l’élection présidentielle de novembre 2020. Les adeptes les plus convaincus, versant dans une eschatologie millénariste, attendent « The Storm » (la « Tempête ») ou le « Great Awakening » (« Grand Éveil »), un événement censé balayer la classe politique corrompue et révéler enfin au monde la vérité cachée.

Alors qu’un sondage de mai 2021 montrait que 15% des Américains étaient sensibles aux thèses QAnon, la pandémie de Covid-19 a permis d’internationaliser le mouvement. La crise sanitaire lui a servi de véritable catalyseur, lui attirant de nombreux covido-sceptiques à travers le monde opposés à la gestion de la pandémie par leurs gouvernements. Alors que le mouvement était resté essentiellement américain jusqu’alors, des youtubeurs ou médias complotistes pro-QAnon sont apparus en 2020 dans la sphère francophone. Parmi eux, le vidéaste québécois Alexis Cossette-Trudel, la Suisse Ema Krusi, les Français Silvano Trotta et Antoine « Q » Cuttita, ou encore la chaîne Les DéQodeurs de Léonard Sojli ou le site Qactus.fr, créé en 2020 et qui se classait dès 2021 parmi les sites les plus visités de la complosphère française. En janvier 2021, Marlène Schiappa, ministre déléguée à la citoyenneté, plaçait la mouvance QAnon sous surveillance. De son côté, la Direction générale à la sécurité intérieure (DGSI) s’inquiétait de voir QAnon évoluer vers un agrégat sectaire regroupant les complotistes et antisystèmes de tous bords à la faveur de la pandémie.

Loin de se cantonner à un univers strictement virtuel, la mouvance QAnon a plusieurs fois trouvé une traduction dans la réalité à travers des actions parfois violente, comme dans l’affaire du « Pizzagate ». En France, sans y adhérer formellement, l’affaire de l’enlèvement de la petite Mia par les partisans de Rémy Daillet-Wiedemann se basait sur des fantasmes très proches de l’univers QAnon. Dans la même veine, des manifestations « anti-pédophilie » ont également rassemblé à Paris quelques dizaines de partisans, issus pour la plupart des Gilets jaunes.

Les QAnon se sont particulièrement investis également dans l’infox lancée par Donald Trump d’une « élection volée » à la présidentielle américaine de novembre 2020, qui a vu Joe Biden l’emporter sur leur champion. De nombreux partisans de QAnon se sont ainsi trouvés en première ligne lors de l’envahissement du Capitole le 6 janvier 2021, lorsque les partisans de Trump ont tenté d’interrompre par la force la certification de la victoire de Joe Biden par le Congrès. Beaucoup ont cru jusqu’au dernier moment que l’investiture de Biden, quelques semaines plus tard, serait interrompue par son arrestation par les forces de l’ordre et la ré-intronisation de Trump comme président.

Même s’il n’a pas encore été établi avec certitude l’identité de celui ou ceux qui se cachent derrière le compte « Q », un faisceau d’indices pointe vers Jim Watkins et son fils Ron, les deux hommes qui ont, en juillet 2016, racheté 8chan, le forum hébergeant les discussions QAnon. Ironiquement, Jim Watkins a fait fortune en créant dans les années 1990 un site dédié à la pornographie japonaise, où l’on pouvait notamment trouver des contenus pornographiques mettant en scène de très jeunes filles…

Pour aller plus loin :

 

(Dernière mise à jour le 26/07/2022)

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