
Questionné par une influenceuse proche de La France Insoumise (LFI) sur LCI lundi 19 octobre, David Lisnard l'assure : il n'en a « rien à cirer » du massacre des Algériens dans la Seine en 1961. « Je m'en fous », « ça ne m'intéresse pas », « ce n'est pas mon problème », « j'étais pas né »... En l'espace de quelques secondes, le maire de Cannes, président de l'Association des maires de France et candidat à l'élection présidentielle sous la bannière « Nouvelle Énergie », multiplie les outrances, sans sembler craindre une seule seconde les conséquences de ses propos.
Pourtant, ceux-ci sont d'une extrême gravité. Le 17 octobre 1961, sous l'égide de Maurice Papon, la police française réprimait brutalement une manifestation organisée par le FLN à Paris. Plusieurs dizaines d'Algériens sont tués, des centaines blessés. Ces crimes « inexcusables pour la République » et tardivement reconnus par l'État font, encore aujourd'hui, l'objet d'une intense campagne négationniste notamment impulsée par Bernard Lugan, un historien royaliste et ancien conseiller d'Éric Zemmour.
Le 16 octobre dernier, François Bousquet, rédacteur en chef de la revue d'extrême droite Éléments, qualifiait encore le drame de 1961 de « pure légende urbaine » et d'« invention rétrospective du FLN ». « Il n'y a eu qu'un seul Nord-Africain mort par noyade dans la Seine, et encore en état d'ébriété, la nuit du 17 octobre 1961 », ajoute-t-il. Quant à Florian Philippot, il tient à apporter son soutien à David Lisnard. « Il a raison, martèle le leader des Patriotes. Passez à autre chose, on s'en contrefout de vos histoires, de vos mythes. »
On l'aura compris : à l'extrême droite, cette « Nuit noire » dérange. D'où l'intérêt d'en réfuter l'existence. Mais la sortie de l'édile marque une évolution. Plus besoin de s'embêter à malmener la vérité lorsque l'on peut simplement dire que l'on « [s]'en fout ». À force d'avoir tordu les faits, de les avoir contestés, minimisés ou tout simplement niés, une partie de l'opinion publique semble assez mûre pour qu'ils soient désormais... ignorés. C'est le stade ultime du trumpisme, sa mutation finale.
Certes, David Lisnard, qui puise son inspiration du côté du président argentin Javier Milei − la tronçonneuse en moins − se réserve encore quelques pudeurs de gazelle. Trois jours après ses propos polémiques, le candidat expliquait auprès de l'AFP avoir seulement voulu refuser « l'utilisation mémorielle d'un drame pour justifier des actes de criminalité contemporains », en l'occurrence ceux du 17 octobre dernier. Mais le mal est fait.
Le soutien sans faille de sa fanbase en ligne montre que cette stratégie est loin d'être discréditante, voire presque payante. Le publicitaire pro-Israël Franck Tapiro a ainsi pris sa défense, déplorant une « prise d'otage mémorielle » et « sémantique ». L'ancien magistrat Philippe Bilger salue son « audace intellectuelle et politique ». Amine El Khatmi, habitué des plateaux de CNews et ancien candidat sur la liste de Rachida Dati, applaudit cette réponse « parfaite ».
Tous semblent oublier qu'en tant que maire et aspirant aux plus hautes fonctions, David Lisnard porte une responsabilité : celle de regarder en face l'histoire de son pays. Pour le meilleur, comme pour le pire.













