
Mathilde Panot n'arborera pas de ruban rose au revers de sa veste. La vidéo qu'elle a publiée vendredi ne fait pas que s'ajouter à la longue série des polémiques déclenchées par La France insoumise (LFI). Elle trahit une manière de raisonner.
La présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale y explique que le ruban rose, symbole de la lutte contre le cancer du sein, a été lancé en 1985 avec le concours d'Imperial Chemical Industries (ICI), géant de l'industrie agrochimique britannique et ancêtre de Syngenta, une entreprise qui, selon elle, « répand la mort partout dans le monde » et dont la filiale israélienne, ADAMA, serait « étroitement liée au projet d'expansion coloniale » de l'État hébreu. Elle souligne également qu'ICI « commercialisait un traitement contre le cancer du sein ». Conclusion : « Vous avez compris, ils vendent le poison qui vous rend malade et ils vendent ensuite le traitement pour cette même maladie. Voilà comment les empoisonneurs font double profit. »
Il est tout à fait exact qu'ICI a joué un rôle dans l'histoire de la campagne américaine « Octobre rose » : dans les années 1980, sa division pharmaceutique (qui deviendra AstraZeneca et produisait le tamoxifène, le traitement contre le cancer du sein le plus vendu au monde) s'est associée avec l'American Cancer Society pour lancer le premier mois de sensibilisation au cancer du sein en promouvant le dépistage par mammographie. Il est également exact que les activités d'ICI dans le domaine agricole ont contribué à la naissance de Syngenta en 2000. Enfin, il est exact qu'ADAMA est intégré au groupe Syngenta.
Mais Mathilde Panot se garde bien de dire qu'AstraZeneca et Syngenta n'ont plus aucun lien entre elles depuis un quart de siècle. Et que la société ADAMA, même si elle a toujours son siège en Israël, a été rachetée il y a quinze ans par une entreprise publique chinoise, placée sous le contrôle du régime de Pékin.
Rien ne corrobore davantage la fable servie par l'élue LFI : celle d'une stratégie visant à « empoisonner » les gens afin de leur vendre ensuite un traitement pour les soigner. Ce saut complotiste, que l'historien Richard Hofstadter qualifiait de « poétique », suppose un plan poursuivi sur plusieurs décennies, une coordination extraordinairement complexe faisant intervenait des acteurs multiples tout autour du monde et, surtout, l'existence – à ce jour non établi – d'un lien entre la commercialisation de ses pesticides par ICI et l'augmentation du nombre de cancers du sein. Quant à l'irruption, dans le propos de la députée mélenchoniste, d'une société créée en Israël, elle semble n'avoir d'autre but que d'agiter un chiffon rouge auprès de son public.
En 48 heures, la vidéo de Mathilde Panot a cumulé plus de trois millions de vues sur la seule plateforme X.













