Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

Conspiracy Watch : Les faits
contre
le complotisme

Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme
Conspiracy Watch : les faits contre le complotismeConspiracy Watch : les faits contre le complotisme

Conspiracy Watch : Les faits
contre
le complotisme

Dissoudre Égalité & Réconciliation ?

Publié le 18 octobre 2026 par 
Rudy Reichstadt
Temps de lecture
5 min de lecture

Il est impératif de laisser les ennemis de la démocratie s'exprimer librement. Il est tout aussi impératif de les tenir pour responsables de leurs paroles et de leurs actes.


  En bref 

Banderole déployée par des soraliens sur le Pont des Arts à Paris (capture d'écran X, 17/10/2026).

Nous apprenions la semaine dernière que le ministère de l'intérieur avait engagé une procédure de dissolution d'Égalité & Réconciliation (E&R), trois ans après Civitas. On le sait peu mais les statuts de l'association d'Alain Soral se donnent officiellement pour objectif « de combattre le racisme ou d'assister les victimes de discrimination fondée sur leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ». Un cas aussi parfait de tromperie sur la marchandise est rare. Les services de la place Beauvau ont fait la démonstration méthodique que de nombreux propos tenus sur le site internet d'E&R incitaient à la violence contre les personnes précisément à raison de « leur origine nationale, ethnique, raciale ou religieuse ». Les commentaires d'utilisateurs qu'on y trouve en témoignent qui déshumanisent les Juifs, appellent à leur déportation ou même à leur élimination physique.

Respectant en cela la jurisprudence du Conseil d'État, qui exige que les faits fondant une dissolution soient suffisamment récents, l'analyse du ministère de l'intérieur ne porte que sur des contenus remontant au maximum à 2023, faisant de fait l'impasse sur plus de quinze ans de propos potentiellement délictueux. Il suffit pourtant de se reporter aux textes « fondateurs » du soralisme, tous écrits entre 2006 et 2009 et qui en constituent la doctrine politique officielle, pour constater que le ver était dans le fruit depuis de longues années déjà. Le fascisme et le nazisme n'y sont critiqués que parce qu'ils ont échoué, jamais pour leur bilan criminel. Quant à la fameuse « réconciliation », elle s'entend contre un ennemi commun (suivez mon regard), ne concerne que les chrétiens et les musulmans, et implique que ces derniers se déclarent « contre l'immigration, le mondialisme et l'arabisation du pays » (sic).

La République a bien raison de ne pas se laisser traiter comme un paillasson sur lequel le premier nostalgique d'Hitler venu peut venir s'essuyer les semelles. Mais que n'a-t-elle agi plus tôt ? E&R a été fondé en 2007. Alain Soral s'était déjà illustré, alors, par ses sorties antisémites. À la faveur de l'affaire Bardella, une grande partie de la presse hexagonale s'est mise à analyser son héritage idéologique. Aujourd'hui, Alain Soral est partout. Quatre français sur dix le connaissent et les moins de 35 ans sont deux fois plus nombreux que la moyenne nationale à se sentir proches de ses idées. Le mal est fait. Pour l'essentiel, E&R sera parvenu à réhabiliter une forme d'antisémitisme politique en France au début du XXIème siècle. Fallait-il vraiment deux décennies pour s'en apercevoir ? Et au cours de toutes ces années, a-t-on vraiment fait tout ce qu'il était possible de faire pour mettre Alain Soral et ses complices face à leurs responsabilités pénales ?

Il existe des tendances illibérales au sein de la démocratie libérale, y compris de la part de ceux – c'est le grand paradoxe – qui se réclament de ses principes. Ils savent en effet que la démocratie a des ennemis. À la question : « que faire à l'égard de ceux qui se servent des libertés qu'elle garantit pour la subvertir et la détruire ? », notre tradition oscille entre deux pôles : le saint-justisme (« Pas de liberté pour les ennemis de la liberté » – phrase apocryphe) et le voltairisme (« Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous ayez le droit de le dire » – tout aussi apocryphe). Ces deux positions présentent chacune un inconvénient dirimant : la première conduit inévitablement la démocratie à nier ses propres principes, ceux-là mêmes qui lui donnent toute sa valeur ; la seconde peut rapidement en venir à saper les conditions même de sa propre survie en offrant à ses ennemis les moyens de l'abattre.

Une démocratie combative se doit de trouver un chemin intermédiaire. Il est impératif de laisser les ennemis de la démocratie s'exprimer librement. Il est tout aussi impératif – c'en est le corollaire – de les tenir pour responsables de leurs paroles et de leurs actes.

En leur permettant de se présenter comme des martyrs, la prison leur fait le cadeau d'un argument là où des sanctions pécuniaires énergiques affaiblissent directement les moyens de leurs luttes. Réprimer la provocation à la haine, la diffamation, l'injure ou le cyberharcèlement signifie aussi s'assurer que ces délinquants s'acquittent effectivement des amendes auxquelles ils sont condamnés ainsi que des dommages et intérêts qu'ils sont censés verser aux parties civiles qui les poursuivent. Au-delà des prétoires, le combat peut prendre la forme de la réfutation loyale et argumentée sans céder pour autant à l'idée étrange selon laquelle la vérité sortirait automatiquement du débat sous sa forme spectacularisée, la moins propice à l'examen critique.

La dissolution administrative n'est pas une baguette magique. Si elle limite provisoirement le pouvoir de nuisance de ceux qui enfreignent la loi, n'ayons pas la naïveté de croire qu'elle pourrait faire disparaître le problème. Dissous en 2023, Civitas est toujours actif sur Internet.

Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme
Bluesky
© 2007-2026 Conspiracy Watch | Une réalisation de l'Observatoire du conspirationnisme (association loi de 1901) avec le soutien de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah.