L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 16/11/2020 au 22/11/2020).

ÉDIFIANT. Sur BFMTV, Raphaël Grably a consacré une chronique au témoignage d’une infirmière américaine, Jodi Doering, confrontée, dans son hôpital du Dakota du Sud, à des malades du Covid-19 qui ne croient pas à la réalité de cette maladie, même lorsqu’ils sont intubés (source : BFMTV (Twitter), 16 novembre 2020).

COCKTAIL CONSPIRATIONNISTE. Entre la Covid-19, les attaques terroristes et la défaite de Donald Trump lors de la dernière élection présidentielle aux États-Unis, les théories conspirationnistes foisonnent dans le débat public. Pour la Fondation Jean-Jaurès, Antoine Bristielle, chercheur en sciences sociales, et Tristan Guerra, chercheur en science politique, en analysent les ressorts, notamment à travers le rôle joué par les réseaux sociaux. Ils proposent des pistes pour en enrayer l’essor (source : Fondation Jean-Jaurès, 16 novembre 2020).

GALAXIE ANTIVAX. Le succès du film « Hold-up » l’illustre de façon éclatante : la galaxie des anti-vaccins est vigoureuse en France. Dans cet univers singulier où se croisent complots, 5G et nanoparticules, des visages reviennent avec insistance. De la pionnière des intox, Guylaine Lanctôt, à Frédéric Chaumont, agitateur proche de l’extrême-droite, en passant par le naturopathe Thierry Casasnovas et l’ex-« Anges de la télé-réalité » Kim Glow, la rédaction numérique de France Inter a dressé les portraits de quatorze de ces figures qui professent qu’il faut douter de tout… (sauf de leurs propres doutes !) (source : France Inter, 17 novembre 2020).

RÉSEAUX COMPLOTISTES. Les territoires complotistes, un monde où l’on s’échange des révélations et des informations « secret défense » ; un monde où l’on tente de prouver l’existence d’un vaste complot mondialiste. Depuis le début de la pandémie, les thèses conspirationnistes ont connu un net essor, fédérant notamment les oppositions à l’utilisation à grande échelle d’un vaccin contre la Covid-19. Enquête sur les réseaux utilisés par les anti-vaccin pour diffuser leur littérature complotiste (source : France Inter, 17 novembre 2020).

FRANCE SOIR. À lire dans Le Monde, un article sur un média qui connaît une nouvelle jeunesse depuis le printemps, en relayant notamment tous les discours critiques inspirés par la crise sanitaire.  « FranceSoir est complètement connecté à la “complosphère” », constate Rudy Reichstadt. Interrogé lui aussi dans le cadre de cet article, François Hénin, journaliste et consultant, précise : « Comme n’importe quel blog complotiste, FranceSoir a le droit d’exister. Les réseaux sociaux et moteurs de recherche, facteurs de dissémination de fausses informations, ont la responsabilité de réduire la visibilité des médias potentiellement dommageables » (source : Le Monde, 18 novembre 2020).

Une lecture à compléter par celle d’un article du magazine Stratégies, qui recueille notamment la parole d’un ex-journaliste de France Soir et décrivant son nouveau propriétaire, Xavier Azalbert, comme un homme « aux opinions politiques fluctuantes qui ne supporte pas qu’on s’oppose à lui » (source : Stratégies, 19 novembre 2020).

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Une fausse carte électorale des États-Unis affichant la victoire du camp républicain a circulé sur les réseaux sociaux, associée à l’infox selon laquelle l’armée américaine aurait saisi des serveurs contenant des preuves d’irrégularités. Une fake news déconstruite sur Twitter par le compte « Fake investigation ». Quant aux accusations de Donald Trump selon lesquelles les machines de vote Dominion auraient supprimé 2,7 millions de votes, elles ont été contredites par des journalistes américains et l’entreprise elle-même, qui ont « fact-checké » cette nouvelle théorie visant à invalider les résultats de l’élection (source : FranceTV Info, 19 novembre 2020).

La thèse de la fraude électorale est activement soutenue par Rudy Giuliani, l’avocat de Donald Trump, et par l’avocate pro-Trump Sidney Powell (cette dernière a été désavouée par l’équipe de campagne du président sortant dimanche 22 novembre). Lors d’une conférence de presse, jeudi, Giuliani a parlé d’un plan destiné à organiser la fraude électorale et « spécifiquement axé sur les grandes villes contrôlées par les Démocrates » (source : NBC News, 20 novembre 2020).

Interrogé le 19 novembre sur la chaîne LCI, Rudy Reichstadt a décrit une situation totalement inédite : « Le chef du “monde libre”, c’est aussi le complotiste en chef, aujourd’hui et sans doute jusqu’en janvier 2021, puisque de toute évidence il a quand même perdu cette élection ».

À visionner également, une séquence diffusée par EUvsDisinfo, projet porté et financé par l’Union européenne pour contrer les campagnes de désinformation en provenance notamment de la Russie, montrant comment une chaîne d’État russe valide et relaie les accusations de fraudes électorales aux États-Unis (source : Twitter, 21 novembre 2020).

QANON. Une femme a récemment été arrêtée pour le meurtre d’un homme en Floride. Cette partisane de la théorie du complot QAnon pensait que la victime conspirait contre elle, avec le gouvernement, pour lui refuser la garde de ses enfants (source : Paris Match, 19 novembre 2020).

FNAC (ALGORITHMES). Sur les dix premiers ouvrages poussés par les algorithmes de l’entreprise la FNAC à la requête « vaccins », au moins cinq remettent en cause le consensus scientifique sur la question. Un thread de Stop Hate Money à retrouver sur Twitter.

À ÉCOUTER. Le cinquième épisode du podcast des « Déconspirateurs » est en ligne. Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt ont consacré leur rendez-vous hebdomadaire au film « Hold-up » et à la défiance anti-vaccinale.

En podcast également, un débat sur RFI, avec Tristan Mendès France et François Jost, sémiologue, professeur émérite en Sciences de l’information et de la communication à l’Université Sorbonne-Nouvelle, autour de la question : « Comment lutter contre la progression du complotisme ? » (source : RFI, 19 novembre 2020).

Sans oublier, enfin, les trois épisodes de la saison de la série de France Culture, « Mécaniques du complot », consacrés à l’épidémie de Covid-19, en ligne depuis avril dernier (source : Conspiracy Watch, 29 avril 2020).

ULTRADROITE. La pandémie de Covid-19, les mesures de confinement qui en ont découlé ainsi que la propagation de la mésinformation et de la désinformation en ligne qui y sont liées ont créé des conditions idéales à exploiter pour certains acteurs malveillants. Dans une note pour la Fondation pour l’innovation technique (Fondapol), Tech Against Terrorism, un support qui est le fruit d’un partenariat public-privé soutenu par l’ONU, analyse comment les partisans de l’ultradroite, en particulier, ont exploité l’instabilité causée par la pandémie de Covid-19, et ce que la réponse du secteur technologique signifie pour la liberté d’expression en ligne et la responsabilité des plateformes (source : Fondapol, 3 novembre 2020).

« HOLD-UP ». Pour le philosophe Mathias Girel, maître de conférences en philosophie à l’ENS et auteur de Science et territoires de l’ignorance (Quae, 2017), « Hold-up » est fidèle à la démarche complotiste : partir de questions légitimes pour produire une argumentation vaporeuse et contradictoire. « Ce ne sont pas les questions qui font le complotisme, explique-t-il, mais la manière dont il leur apporte une réponse » (source : Libération, 18 novembre 2020).

Chercheur en neurosciences au Laboratoire de sciences cognitives et neurologiques de l’Université de Fribourg, Sebastian Dieguez a répondu pour sa part aux questions du quotidien belge L’Écho sur le succès du film « Hold-up ». « Le complotisme, analyse-t-il, est principalement une posture qui consiste à s’opposer à la théorie officielle. Être contre ne signifie pas pour autant adhérer ou croire à telle ou telle thèse complotiste. Les complotistes, en fait, ne croient pas à grand-chose » (source : L’Écho, 21 novembre 2020).

L’émission « Vrai ou Fake » (France TV Info) propose de son côté un portrait du réalisateur de cette production, Pierre Barnérias.

Sur Canal +, Bertrand Usclat (Broute) propose une parodie du phénomène « Hold-up ». A voir d’urgence pour se changer les idées !

SECTE RAËL. Une pancarte en carton pour un « câlin gratuit » qui semble bien innocent et pourtant : la secte Raël a appelé ses membres à travers le monde à lutter contre les règles de distanciation physique en relançant des campagnes d’accolades de rue, plus connues sous le nom de « free hugs ». Raël, un culte fondé dans les années 1970 par Claude Vorilhon, qui assure que la vie sur Terre a été créée à il y a 25 000 ans par des extraterrestrres. (source : Le Parisien, 18 novembre 2020). À noter que Vorilhon s’est vu décerner deux quenelles d’or de la part du polémiste antisémite Dieudonné M’Bala M’Bala en 2016 et 2017.

DIDIER RAOULT. Poursuivi par l’Ordre des médecins, le professeur marseillais Didier Raoult a été interviewé le 18 novembre sur CNews pour commenter la procédure lancée contre lui, dénonçant un « complot médico-politique ». « Je savais depuis longtemps qu’il y avait un petit complot très très haut placé […]. Je sais ça depuis plusieurs mois donc je ne suis pas étonné du tout », a-t-il déclaré depuis son bureau de l’IHU de Marseille. Selon lui, ce complot remonte « très haut. On m’avait prévenu il y a très longtemps. On m’a dit : “Tu sais Didier, il va y avoir une plainte contre toi au Conseil de l’Ordre des médecins”. Donc je n’ai pas été surpris. » A la question de savoir si ce complot remontait jusqu’au ministère de la santé, le Pr Raoult a répondu : « Je vous en ai dit autant que je pouvais vous en dire » (source : Ladepeche.fr, 19 novembre 2020).

« FICHAGE ». Samedi 21 novembre, Karen Attiah, éditorialiste au Washington Post, a relayé une fausse information affirmant qu’Emmanuel Macron était sur le point de « donner un numéro d’identification à tous les écoliers musulmans ». (source : Ladepeche.fr, 22 novembre 2020). Une fake news relayée également par la ministre pakistanaise des droits de l’homme, Shireen Mazari, qui a accusé le président français de « faire aux musulmans ce que les nazis ont fait aux juifs », ajoutant que « les enfants musulmans devront avoir un numéro d’identification, comme les Juifs étaient forcés à porter l’étoile jaune sur leurs vêtements pour être identifiés » (source : Le Figaro, 21 novembre 2020). La ministre pakistanaise et la journaliste américaine ont repris, sans la vérifier, une intox publiée dans un premier temps par The Muslim Vibe, un site d’information britannique qui l’a par la suite corrigée en précisant que tous les écoliers français ont un numéro d’identification. Karen Attiah a finalement retiré son tweet initial et présenté ses excuses.