L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 09/11/2020 au 15/11/2020).

À LIRE. L’hebdomadaire Le 1 a consacré sa dernière édition à un « Voyage au cœur du complotisme ». Parmi d’autres contributeurs, Rudy Reichstadt répond, dans le cadre d’un grand entretien, aux questions de la rédaction (source : Le 1, 11 novembre 2020).

ÉLECTIONS AMÉRICAINES. Sur les réseaux sociaux, certains internautes ont accusé les médias américains d’avoir décrété la défaite de Donald Trump aux élections américaines. Faute d’organe fédéral, il est en effet d’usage que les médias annoncent l’issue du scrutin à partir des résultats provisoires. Décriée par les partisans de Donald Trump, cette pratique ancienne a pourtant fait ses preuves : « Il n’y a rien de frauduleux là-dedans, a expliqué la politologue Nicole Bacharan, spécialiste des États-Unis. Donald Trump le sait aussi, puisqu’il avait accepté ce même compte-rendu des médias qui le désignait vainqueur quatre ans auparavant ! » (source : 20 Minutes, 9 novembre 2020).

En attendant, l’échec du président sortant face à Joe Biden a poussé ses partisans conspirationnistes à imaginer de nouvelles théories du complot pour ne pas perdre espoir, d’autant que « Q », l’internaute anonyme qui propage sa théorie complotiste sur les réseaux sociaux depuis quatre ans, a posté son dernier message le matin de l’élection. « Les résultats font naître du désarroi et le silence de Q entraîne des questionnements, constate sur France Info Tristan Mendès France. Certains QAnon sont en déshérence et attendent une parole de sa part. D’autres se disent que s’il ne publie rien, c’est pour faire comprendre à sa communauté qu’elle n’a plus besoin de lui » (source : Franceinfo TV, 11 novembre 2020).

À noter que plusieurs autorités locales ont affirmé jeudi dans un communiqué commun, plus d’une semaine après la présidentielle, n’avoir trouvé « aucune preuve » de bulletins perdus ou modifiés, ou de systèmes de vote piratés. « L’élection du 3 novembre a été la plus sûre de l’histoire des États-Unis », ont-elles indiqué, contredisant les accusations de fraude émanant du président sortant et de son entourage (source : Ouest-France, 13 novembre 2020).

VIRUS ET ANTIVAX. Du rejet des masques à la « prétendue » deuxième vague, les Décodeurs du Monde se sont penchés sur les discours des médecins « rassuristes » : portées par les médias et par les réseaux sociaux, de nouvelles figures scientifiques plus ou moins légitimes ont émergé en tenant un discours à rebours de celui des autorités sanitaires. « Tous ont en commun une parole décomplexée et critique vis-à-vis des décisions publiques, frôlant, pour quelques-uns, le complotisme », expliquent les journalistes (source : Le Monde, 9 novembre 2020).

Quels rapports les Français entretiennent-ils avec les vaccins ? Pourquoi observe-t-on un niveau de défiance plus important en France qu’ailleurs au sujet de la vaccination ? Quelles politiques publiques faut-il mettre en œuvre pour promouvoir la vaccination ? La Fondation Jean-Jaurès, en partenariat avec Conspiracy Watch, s’était penchée sur le sujet en mars 2020, avec une enquête et quatre analyses. Une étude à relire alors que l’espoir d’un vaccin se profile à l’horizon de 2021.

Quelques jours avant les annonces de la société pharmaceutique américaine Pfizer, l’institut Ipsos a publié un nouveau sondage sur l’attitude des habitants de 15 pays, dont la France, vis-à-vis d’un éventuel futur vaccin contre le Covid-19. Et c’est dans l’Hexagone que la population est la plus rétive à l’idée de se faire vacciner. « Si un vaccin pour le Covid-19 était disponible », seuls 54% des Français disent qu’ils seraient prêts à se faire vacciner – loin derrière l’Inde (87%), la Chine (85%), la Corée du Sud (83%), le Brésil (81%) ou l’Australie et le Royaume-Uni (79%). Cette tendance est même en baisse de 5 points par rapport à une précédente étude, menée en août par le même institut (source : BFM TV, 10 novembre 2020).

À (re)lire, un article de Sebastian Dieguez, publié en mai dernier sur Conspiracy Watch, sur la progression des discours anti-vaccin sur les réseaux sociaux : « Au rythme actuel, préviennent ainsi les chercheurs, la position anti-vaccin deviendra dominante aux alentours de 2030. » Une lecture à coupler avec celle du Blog du Communicant, pour qui « la communication reste le meilleur vaccin face au virus antivax ». Ce constat est d’ailleurs confirmé par les résultats d’une enquête qui vient d’être réalisée par la London School of Hygiene & Tropical Medicine : d’après elle, les théories du complot et la désinformation pourraient conduire à des taux de vaccination inférieurs aux 55% nécessaires pour obtenir une immunité collective, aux États-Unis et en Grande-Bretagne (source : Challenges, 12 novembre 2020).

« HOLD-UP ». Lancé sur Internet comme un véritable blockbuster, « Hold-up » est un film conspirationniste français produit par Nicolas Réoutsky et Christophe Cossé et réalisé par Pierre Barnérias (Thana TV). D’une durée de plus de 2 heures 40 minutes et faisant intervenir des personnalités issues de la complosphère francophone bien connues de Conspiracy Watch, ce pseudo-documentaire multiplie les fausses informations et les affabulations complotistes. Il dénonce en particulier une vaste conspiration criminelle mondialiste autour de la pandémie de Covid-19.

Hold-up

La toxicité d’une telle vidéo est directement liée à sa dimension politique comme l’a rappelé Tristan Mendès France sur France 5 :

Le succès indéniable de ce film, sa viralité, pose la question de la responsabilité de ses auteurs et des suites judiciaires qui pourraient être apportées à la mise en circulation, dans l’espace public, de contenus aussi manipulateurs et aussi trompeurs comme l’a expliqué Rudy Reichstadt sur le plateau de « C l’hebdo » (France 5) ou sur celui de France Info.

TIKTOK. Les discours anti-vaccin sévissent également sur TikTok, à l’instar de celui, délirant, de Christian Tal Schaller, vu plusieurs centaines de milliers de fois. Premier résultat sur la recherche « vaccin », il contient l’affirmation selon laquelle le vaccin covid permettrait de tuer à distance avec la 5G. Il a été liké plusieurs dizaines de milliers de fois (source : Twitter).

À diffuser sans modération, sur le même média, un clip de quelques secondes, permettant de situer Silvano Trotta, l’un des « experts » du film Hold-up. Édifiant.

FRANCE-SOIR. Depuis le début de la pandémie de Covid-19, le site francesoir.fr, héritier du titre de presse du même nom, créé à la Libération, pèse dans le débat public à grands coups de tribunes sur l’hydroxychloroquine ou sur la fin de l’épidémie. Le tout sans journaliste, sans statut d’entreprise de presse, et avec un modèle économique atypique. CheckNews s’est penché sur ce média qui relaie régulièrement des théories du complot (source : Libération, 10 novembre 2020).

KIM GLOW. Le 12 novembre au matin, sur Europe 1, le chroniqueur de « Culture médias » Bertrand Chameroy a dédié son billet à une sortie complotiste de la star des télé-réalités. Derrière l’humour, un sévère appel à la responsabilité de celle qui enjoint ses deux millions d’abonnés cumulés, sur Instagram et Snapchat, à ne pas se faire vacciner (source : Europe 1, 12 novembre 2020).

ANTI-CONFINEMENT. Ils étaient environ 3 000 Azuréens à battre le pavé à Nice, ce samedi, à l’appel de l’association Nice la Vie. Des professionnels touchés par le confinement venus crier leur colère et leur désespoir. Parmi eux, quelques personnes soutenaient explicitement les thèses du film conspirationniste Hold-up ou renvoyaient au site « Reinfocovid » du Dr Louis Fouché (source : Nice-Matin, 15 novembre 2020 ; Twitter).

RECHERCHE. La revue scientifique Nature a publié il y a quelques jours un article d’Aleksandra Cichocka, directrice du département de psychologie politique à l’Université du Kent à Canterbury, dont Conspiracy Watch propose une traduction. Elle y rappelle la nécessité, pour mieux lutter contre les thèses complotistes, d’examiner ce qui favorise la vulnérabilité du public à ces thèses, et les trois grands besoins psychologiques qui sous-tendent ces croyances complotistes : celui de comprendre le monde ; celui de se sentir en sécurité et d’appartenir à un groupe ; celui, enfin, de se sentir bien dans sa peau et parmi ses pairs (source : Conspiracy Watch, 14 novembre 2020).

À ÉCOUTER. Le quatrième épisode du podcast des « Déconspirateurs » est en ligne. Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt ont consacré leur rendez-vous hebdomadaire aux élections américaines et à de multiples sujets dans son sillage : Donald Trump, « Project Veritas », le silence de Q, Bannon et son podcast, les souverainistes français pro-Trump…