Volé dans un laboratoire canadien par des espions chinois, conçu volontairement par malveillance, le coronavirus à l’origine du Covid-19 serait même lié à l’apparition de la 5G… autant de rumeurs et d’infox qui pullulent sur les réseaux sociaux autour de cette pandémie. C’est la nouvelle saison de notre série sur les mécanismes de construction et de propagation de complots imaginaires manipulés par les pouvoirs ou agités dans l’ombre. Ou comment une théorie complotiste peut devenir un phénomène culturel.

Episode 1 : complot et fake news made in China

C’est l’histoire d’un lanceur d’alerte de 34 ans, ophtalmologue de Wuhan dans la province du Hubei et que Pékin à fait taire parce qu’il “propageait de fausses informations” s’agissant d’une épidémie de coronavirus. Il s’appelait Li Wenliang. Il en est mort le 7 février 2020. Depuis, les autorités chinoises n’ont eu de cesse de manipuler et de dissimuler aux Chinois et au reste du monde, des informations pourtant indispensables à une gestion optimale de la pandémie. S’il faut attendre le 31 décembre pour que le gouvernement chinois alerte l’Organisation mondiale de la santé, il mettra trois semaines à annoncer que le virus pouvait se transmettre de personne à personne. Aujourd’hui, alors que la Chine a été bouclée, le message de la propagande est clair : le virus vient de l’étranger, apporté délibérément par les Américains. Une version officielle que Pékin entend imposer à tous. En mettant en place sa “diplomatie du masque”, c’est sans doute le pari que la Chine semble vouloir gagner.

Episode 2 : le complot des blouses blanches

Dans son étude annuelle sur le complotisme pour la Fondation Jean-Jaurès et l’Observatoire du conspirationnisme, l’Ifop révèle un sondage qui laisse sans voix. Un quart des Français estime que le coronavirus a été fabriqué intentionnellement (17 %) ou accidentellement (9 %) en laboratoire. Pire encore ! Les électeurs du Rassemblement National, plus réceptifs aux constructions complotistes, y sont surreprésentés. Selon un certain Cat Antonio, un gilet jaune parisien, dont la vidéo a été vue des millions de fois sur les réseaux, le Covid-19 serait une invention de l’Institut Pasteur. Malgré toutes les explications, les démonstrations que chercheurs, universitaires ont opposé aux assertions de ce complotiste patenté, ce dernier mise surtout sur sa conclusion : “On laisse rentrer cette saloperie pour qu’il y ait le plus de personnes contaminées et l’institut Pasteur va sortir un vaccin. Et qui va l’acheter ? Ceux qui auront de la thune.”  Un syndrome du “Spectre” caractérisé ? Au milieu du XIXe siècle, certains affirmaient que le choléra était une invention de la bourgeoisie pour affaiblir les mouvements ouvriers.

Episode 3 : à la recherche de boucs émissaires

Que n’avons-nous pas lu ou entendu sur l’origine du coronavirus ? Depuis son apparition en décembre 2019, les déclarations les plus abracadabrantes sur l’origine du Covid-19 ont fait florès sur les réseaux et dans la presse. Car son caractère naturel ne semble pas satisfaire tout le monde. Il faut un coupable, un bouc émissaire, responsable de cette catastrophe planétaire. Si, une fois n’est pas coutume, on a vu resurgir la figure du “Juif empoisonneur” épaulé par son alter ego franc-maçon au sein de la fachosphère et chez les conspirationnistes russes, turcs ou djihadistes, la Fondation Bill Gates, la Fondation Rockefeller, Microsoft, le Forum de Davos, toute “la mafia pharmacratique et vaccinaliste” sont aussi sur la sellette.

Si certaines personnalités sont également pointées du doigt comme Jacques Attali, beaucoup incriminent la 5G. Début avril, à Liverpool ou à Birmingham, au Royaume-Uni, des antennes-relais étaient incendiées à cause d’un post Facebook partagé par des milliers d’internautes, affirmant que le coronavirus n’existe pas, qu’il n’est qu’un prétexte au déploiement de la 5G, qui est elle-même responsable des morts attribuées à la pandémie et qui permettra au gouvernement de surveiller sa population, grâce à un puce contenue dans le vaccin. CQFD.

 

Production : Alain Lewkowicz | Réalisation : Guillaume Baldy