L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 03/05/2021 au 09/05/2021).

NAPOLÉON. Napoléon a-t-il été empoisonné à l’arsenic ? Son corps a-t-il été subtilisé par les Anglais ? Nicolas Bernard fait le point sur les multiples légendes qui entourent la mort, il y a deux cents ans, du Corse le plus célèbre de l’histoire sur une petite île aux confins de l’Atlantique. Les rumeurs sur son compte naissent de son vivant, explique notamment l’auteur : « un personnage aussi grandiose a-t-il vraiment fini ses jours sur une île aussi petite ? Depuis sa déportation vers Sainte-Hélène en 1815, maints imposteurs ont usurpé son identité en France métropolitaine ; comme pour Adolf Hitler, des rumeurs quant à une éventuelle survie circuleront plusieurs années après sa mort » (source : Conspiracy Watch, 4 mai 2021).

À lire ou relire, sur le site PHDN (Pratiques de l’Histoire et Dévoiements négationniste), le célèbre texte parodique de Jean-Baptiste Pérès (1752-1840), « Comme quoi Napoléon n’a jamais existé », qui peut être lu comme un pastiche illustrant les méthodes des négationnistes. Une lecture à compléter par celle d’un court pamphlet intitulé Doutes historiques sur l’existence de Napoléon Bonaparte dans lequel toute l’épopée napoléonienne est passée au crible de l’irrévérence et de la satire.

TERRE PLATE. « La plupart des gens qui adhèrent à l’idée de Terre plate sont arrivés à la Terre plate via des vidéos YouTube », explique Sebastian Dieguez, chercheur en neurosciences à l’université de Fribourg. Si cette théorie remonte à la fin du XIXe siècle, elle connaît un regain d’intérêt depuis quelques années, dans un contexte de montée des populismes : « Je pense que ce n’est pas vraiment une conviction sincère, c’est plutôt une manière de s’approprier une méthode de dissidence ». L’universitaire y voit aussi la volonté d’un accès plus direct à la connaissance : « ça explique pourquoi souvent ces gens vont faire des expériences dans un amateurisme à peu près complet » (source : Kombini News/Twitter, 5 mai 2021).

ANTIVAX. Gisèle Beaudoin, une chanteuse country de 70 ans opposée à la vaccination contre le Covid-19, est décédée le 1er mai à cause d’une forme grave du virus. Avant de mourir, elle est revenue sur sa position en écrivant sur sa page Facebook : « Je vous mets en garde contre ce virus. Je n’aurais jamais pensé être si malade » (source : Le Dauphiné, 4 mai 2021).

Contrairement à ses annonces d’une chasse aux comptes anti-vaccination, Facebook laisse en activité des comptes dont les contenus de désinformation font des millions de vues. D’après le Center for Countering Digital Hate, 10 des 12 principaux comptes antivax sur le média social continuent d’être actifs. Ils sont 9 sur 12 sur Instagram, réseau social appartenant à Facebook (source : Vice, 28 avril 2021).

Il est à noter que l’adhésion à la vaccination progresse en France. D’après les chiffres du cabinet Kekst CNC, elle est passée de 40% des Français en décembre dernier à 59%. Le cabinet Opinion Act a cherché à identifier les mécanismes d’adhésion et de rejet de la vaccination dans notre pays, en étudiant les discussions publiques relatives aux quatre vaccins les plus mentionnés sur la période du 1er décembre au 28 février 2021 (source : Opinion Act, 6 mai 2021).

MICHAEL YEADON. Une vidéo abondamment relayée sur les réseaux sociaux soutient que 0,8% des personnes vaccinées contre le Covid-19 décèdent quinze jours après leur première injection, assurant se fonder sur les déclarations d’un ancien cadre de Pfizer, Michael Yeadon. Figure de la complosphère francophone, celui-ci a toutefois assuré à l’AFP qu’il n’avait jamais formulé une telle mise en garde. Si l’on se fiait à ce pourcentage, plus de 100.000 personnes seraient déjà mortes en France après avoir été vaccinées ; un chiffre colossal en décalage complet avec les données officielles et jugé « surréaliste » par un virologue interrogé par l’AFP (source : AFP, 6 mai 2021).

ALZHEIMER. Des publications très partagées sur internet, en français et en anglais, affirment que les vaccins anti-Covid à ARN messager peuvent provoquer des maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Mais « l’étude » citée à l’appui de cette hypothèse a été rédigée par un militant anti-vaccin notoire et n’est pas fondée scientifiquement, comme l’expliquent plusieurs experts (source : AFP, 7 mai 2021).

HOLD-UP. Quelle fut l’ampleur réelle du documentaire complotiste Hold-Up ? Le chercheur en sciences politiques Antoine Bristielle et l’agence Kap Code ont réalisé une analyse de social media listening sur Twitter, en récoltant de septembre 2020 au 15 janvier 2021 tous les tweets mentionnant le mot-clé « Hold-Up ». Cette analyse des réseaux de propagation permet de visualiser la construction et l’évolution des interactions entre internautes s’exprimant sur ce sujet, leurs avis, ainsi que leur proximité/relations et influence dans le réseau social (source : Fondation Jean-Jaurès, 5 mai 2021).

INDE. Au cours des dernières semaines, alors que le nombre de morts dans le pays a dépassé les 200 000 personnes, beaucoup se sont tournés vers les réseaux sociaux pour demander de l’aide et obtenir des informations sur les lits de soins intensifs et les fournitures vitales en oxygène. D’autres ont donné de leur temps, consacrant de longues heures à diffuser des informations fiables pour aider les patients et leurs proches désespérés. La désinformation quant à elle a battu son plein. Rajneil Kamath, du service indien de vérification des faits NewsChecker, affirme que la charge de travail de l’organisation a doublé au cours du mois dernier et qu’elle reçoit des dizaines de fausses déclarations à traiter chaque jour (source : codastory.com, 3 mai 2021).

RUSSIE. L’ONG International Strategic Action Network for Security publie un article dans lequel est décrite la manière dont le gouvernement russe utilise la messagerie Telegram – 500 millions d’utilisateurs mensuels – pour influer sur la situation politique en Ukraine et en Biélorussie. Telegram permet de diffuser à grande vitesse, anonymement et à une large audience des narratifs pro-Kremlin, en lien avec les pouvoirs en place. Certains canaux sont directement animés par le Kremlin et comptabilisent plusieurs centaines de milliers d’abonnés (source : iSans, 28 avril 2021).

RADICALISATION. Ali Hassan Rajput, l’homme qui avait poignardé à mort un enseignant du pôle universitaire Léonard de Vincy, à la Défense, en décembre 2018, ne sera pas jugé. La chambre de l’instruction a tranché le 4 mai : elle le considère comme pénalement irresponsable de son acte (source : Le Parisien, 4 mai 2021). À l’époque, Conspiracy Watch avait été le seul média à enquêter sur le profil de l’assassin dont le radicalisme religieux allait de pair avec un antisémitisme et un complotisme effrénés (source : Conspiracy Watch, 8 décembre 2018).

QANON. Né aux États-Unis fin 2016, le mouvement extrémiste et complotiste QAnon gagne du terrain en Europe et notamment en France. Dans une vidéo publiée sur une chaîne française pro-QAnon intitulée « Les DéQodeurs », des personnes répondent à des questions d’internautes et débattent d’un visuel qui compare la situation des juifs dans les années 40 à ceux qui refusent de porter le masque en 2020. « Malheureusement, les individus qui ne souhaitent pas porter le masque sont marginalisés de la société, comme les juifs autrefois », explique Leonard Sojli, l’une des principales figures du mouvement dans l’Hexagone. Dans son émission hebdomadaire sur LCI, Thomas Huchon revient sur cette mouvance qui pourrait bien peser sur la campagne présidentielle de 2022 (source : LCI, 7 mai 202).

« CITOYENS SOUVERAINS. » Dans sa chronique hebdomadaire sur France Inter, Tristan Mendès France s’est penché sur une mouvance complotiste venue des États-Unis – présente en France –, connue sous l’appellation de « Citoyens Souverains ». L’objectif partagé par les différents groupes qui s’en revendiquent ? Remettre en cause l’autorité de l’État et tout ce qu’il représente, explique notre collaborateur qui précise que le FBI a fini par considérer ses membres comme un « potentiel danger terroriste » (source : France Inter, 7 mai 2021).

NÉONAZIS. Six membres d’un groupuscule néonazi ont été interpellés le 4 mai alors qu’ils préparaient un attentat contre une loge maçonnique. Les interpellations ont eu lieu dans le Bas-Rhin et dans les environs de Sochaux (Doubs). Des armes, notamment des couteaux, et des munitions ont été découvertes ainsi que de l’argent. Baptisé « Honneur et Nation », le groupuscule préparait un attentat terroriste intitulé  « projet Alsace » contre une loge maçonnique en Moselle mais également contre des lieux communautaires et contre le ministre de la Santé, Olivier Véran. Les membres du groupe, qui faisaient preuve dans leurs échanges d’un antisémitisme et d’un complotisme débridés, avaient fait des recherches sur les explosifs et effectué des repérages. Ce groupe aurait enfin déjà été sollicité par le complotiste Rémy Daillet-Wiedemann, impliqué dans le rapt de la petite Mia (sources : BFM TV, 7 mai 2021 ; lejdd.fr, 8 mai 2021).

LECTURE. Enseignant-chercheur en psychologie sociale et en statistique à l’Université de Fribourg (Suisse), Pascal Wagner-Egger vient de publier Le bruit de la conspiration (PUG). À la lumière des études scientifiques en psychologie menées sur le sujet, l’ouvrage propose d’explorer les raisons qui font que nous pouvons tous être attirés par ce genre de récit, et de comprendre pourquoi certains y croient plus que d’autres. L’auteur interroge la rationalité de ces théories et s’attache à identifier les faiblesses du raisonnement complotiste, donnant au lecteur les clés intellectuelles pour le contrer. Conspiracy Watch publie les bonnes feuilles de ce livre qui constitue, d’après son préfacier, Gérald Bronner, un « apport salutaire dans le contexte actuel » (source : Conspiracy Watch, 5 mai 2021).