Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 18/02/2019 au 24/02/2019).

PROCÈS NEMMOUCHE. Au procès de Mehdi Nemmouche, la journée du jeudi 21 février 2019 a été marquée par les plaidoiries de Me Christophe Marchand et Me Alamat, avocats d’UNIA, le Centre interfédéral pour l’égalité des chances. Les avocats ont accablé la défense complotiste et antisémite des avocats de Nemmouche, soulignant le « manque de sérieux et de rigueur » de leurs confrères par le choix d’une stratégie « nuisible pour notre société » : « elle prend racine dans des préjugés, elle nous divise, elle cloisonne… On devient désobligeant et on attaque l’autre dans ce qu’il est. » Me Alamat s’est dite choquée par certains propos de la défense véhiculant certains préjugés sur les Juifs, notamment le fait qu’ils soient présentés comme « tous riches, puissants et malins » (source : 7sur7.be,  21 février 2019).

PRÉJUGÉS ET PÉDAGOGIE. « D’où vient le préjugé sur les Juifs et l’argent ? » Plusieurs affaires ont illustré au cours des dernières années la persistance de ce préjugé antisémite dont l’origine remonte au Moyen-Âge. Dans une vidéo d’animation réalisée avec le soutien de la DILCRAH, Conspiracy Watch retrace l’origine d’une idée ayant atteint le statut d’un mythe dans la littérature antisémite et susceptible d’inspirer des actes de violence physique (source : Conspiracy Watch, 21 février 2019).

CIMETIÈRES PROFANÉS ET MANIPULATIONS. « Une opération de com’ ». C’est ainsi que Jean-Marie Le Pen a qualifié la profanation du cimetière juif de Quatzenheim (Bas-Rhin), survenue dans la nuit du 18 au 19 février 2019. Dans son « Journal de bord », l’ancien président du Front national a souligné la concomitance de l’événement avec le dîner du CRIF. Le Pen ne s’est pas privé de faire une comparaison avec la profanation des sépultures juives du cimetière de Carpentras, en 1990, « dont on sait très bien qu’elle a été montée par le gouvernement comme une opération de provocation contre le Front national » (source : Le Parisien, 22 février 2019). Au sujet de l’affaire de Carpentras, comme l’avait déjà pointé Conspiracy Watch il y a quelques années, l’illustre grand-père de Marion Maréchal-Le Pen et un certain Maître Gilbert Collard n’avaient pas été les derniers à emboucher la trompette du conspirationnisme… (source : Conspiracy Watch, 21 juin 2012).

« AUX ORDRES D’ISRAËL ». Dans un communiqué mis en ligne le 21 février 2019, l’Association France Palestine Solidarité accuse le président français Emmanuel Macron, qui a annoncé son intention d’adopter, à l’instar d’autres pays européens, la définition de travail de l’antisémitisme de l’IHRA, une organisation interétatique dont la France est membre depuis 1999, d’être « aux ordres d’Israël » (sic). Une accusation qui fait écho au fantasme d’une France qui serait sous la coupe de l’Etat hébreu, ce même fantasme sur lequel prospère l’antisémitisme contemporain. En ces temps de confusion, on se reportera aux notices mises en ligne par Conspiracy Watch concernant les définitions de l’antisémitisme et de l’antisionisme.

RASSEMBLEMENT NATIONAL. Avec 36 % de sympathisants du Rassemblement national approuvant l’idée selon laquelle « il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale » (22 % pour l’ensemble des Français), la deuxième vague de l’enquête de l’Ifop sur le complotisme pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch révèle la corrélation entre la proximité avec l’extrême droite et l’adhésion aux thèses complotistes. Valérie Igounet, historienne spécialiste du négationnisme et de l’extrême droite analyse la porosité entre les deux courants (source : Conspiracy Watch, 20 février 2019). Voir aussi l’article du Monde  à ce sujet.

BNP PARIBAS. « La famille Rothschild est à la tête de la quasi-totalité des banques centrales de la planète. » Telle est l’affirmation qu’un lecteur a été surpris de lire dans le magazine en ligne de la BNP Paribas. L’« information » y est demeurée un mois avant que le service des Décodeurs du Monde ne procède à une efficace déconstruction démontrant sa fausseté. Elle n’est hélas qu’une de ces infox qui circulent depuis des décennies sur le pouvoir fantasmé des Rothschild, et qui trouvent son inspiration profonde dans l’antisémitisme  (source : Les Décodeurs, 18 février 2019).

TERRE PLATE. Après avoir assisté à la conférence mondiale des «Flat-earthers», aussi appelés «platistes» pour la première fois en 2017 à Raleigh (Caroline du Nord, USA), Asheley Landrum, professeure associée à l’Université Tech du Texas, a approfondi la question. Ses recherches ont souligné le rôle joué par la plateforme YouTube dans la prolifération de vidéos propageant cette fausse croyance. Interviewant 30 participants à l’édition 2018 de cette conférence, à Denver, elle a pu constater que 29 d’entre eux en étaient venu à adhérer à cette théorie après avoir visionné une vidéo hébergée sur la plateforme (source : Vice.com, 18 février 2019).

ALEX JONES. Selon la plainte déposée contre lui, Alex Jones, animateur du site complotiste Infowars, aurait été conscient que la fusillade de l’école de Sandy Hook (Newtown, États-Unis) n’était pas une mise en scène mais qu’il aurait néanmoins accusé les proches des victimes de jouer la comédie. On se souvient que le 14 décembre 2012, 27 personnes dont 20 jeunes enfants avaient été abattues par un jeune Américain qui s’était ensuite donné la mort. Alex Jones devra déposer sous serment pour répondre des théories du complot qu’il a largement contribué à diffuser au sujet de cet événement dramatique (source : Conspiracy Watch, 19 février 2019).

« GILETS JAUNES ». Le 19 février, dans l’émission 28 Minutes, sur Arte, l’avocat Juan Branco a nié le complotisme de son client Maxime Nicolle (« Fly Rider »), prétendant qu’il a simplement évoqué « une erreur de gestion de la part de l’État » concernant l’attentat perpétré dans le centre-ville Strasbourg, le 11 décembre 2018. Les déclarations du « gilet jaune » à ce sujet sont pourtant dénuées d’ambiguïtés, comme le montre un thread de Conspiracy Watch.

Le jeune Breton a pu d’ailleurs compléter sa panoplie complotiste au cours de la semaine écoulée en livrant son expertise sur le sionisme (« un truc à gerber », sic) et l’inféodation supposée du président de la République aux « lobbys » et « aux petits copains qu’il a dans la franc-maçonnerie » (source : Twitter, 22 février 2019). Les fantasmes autour de la maçonnerie rencontrent un écho important sur les principaux groupes et pages « gilets jaunes », comme le souligne Tristan Mendès France, dont on peut écouter l’analyse à ce sujet lors d’un passage dans l’émission L’Info du vrai, sur Canal + (source : Twitter, 22 février 2019). Au sujet de l’attrait des « gilets jaunes » pour les thèses complotistes, on lira l’analyse du sociologue Olivier Galland, fondée sur les résultats sur l’enquête Ifop pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch, « des résultats assez spectaculaires et inquiétants qui montrent qu’un clivage culturel profond est en train de se creuser au sein de la population. » (source : Telos, 20 février 2019).

ANDRÉ CHAMY. L’avocat de Benjamin Weller, le manifestant qui sera jugé dans trois mois pour avoir insulté Alain Finkielkraut, évolue depuis plusieurs années dans la mouvance conspirationniste pro-iranienne, après avoir été brièvement candidat pour le Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon et avocat de Saddam Hussein. André Chamy est aussi le vice-président de Réseau Voltaire France, une association créée en 2012, après la dissolution de l’association « Réseau Voltainre » de l’auteur complotiste Thierry Meyssan. Interviewé par France 3, l’avocat n’a pas hésité à mettre dans la bouche d’Alain Finkielkraut des propos insultants à l’égard des musulmans, propos que le philosophe n’a jamais tenu (source : Conspiracy Watch, 23 février 2019).

WALTER HALLSTEIN. Avec rigueur et bonne humeur, Aude WTFake pulvérise dans une vidéo de 20 minutes le mythe démonologique propagé depuis des années par François Asselineau et son parti, l’UPR, au sujet de Walter Hallstein, premier président de la Commission européenne.