Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 25/02/2019 au 03/03/2019).

ANTIMAÇONNISME. Le Parisien s’est penché sur la question de l’antimaçonnisme chez les « gilets jaunes » après qu’une des figures influentes du mouvement, Maxime Nicolle, s’est emporté contre la franc-maçonnerie dans l’une de ses vidéos : « C’est une communauté de riches, de milliardaires. Ils se tapent des gueuletons entre potes pour savoir comment ils vont la mettre profond. » Il n’y aurait pas pour autant de banalisation de ce discours, qui reste ultra minoritaire dans les revendications des « gilets jaunes », lisibles sur la plateforme « Le Vrai Débat ». Zoom sur un phénomène dont Éric Algrin, secrétaire général de l’Institut Maçonnique de France, souligne la triste banalité en temps de crise (source : Le Parisien, 28 février 2019).

MAXIME NICOLLE. BFM TV a diffusé un portrait du Gilet jaune connu sous le pseudonyme de Fly Rider. Ce dernier, suivi par 174 000 internautes, explique notamment sa manière de s’informer pour préparer ses interventions : « Je me fie pas aux médias mainstream, je me fie à ce que les gens discutent sur les groupes [Facebook] (…). Donc on essaie de regarder ce qui se diffuse le plus et ce que les gens ont le plus comme questions, et ensuite on essaie d’y répondre » (source : BFM TV, 27 février 2019). Ce qui ne permet pas toujours d’éviter de sombrer dans la théorie du complot ou de relayer des mythes conspirationnistes éculés comme celui selon lequel les Rothschild contrôleraient les principales banques centrales du monde. Pour Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, Maxime Nicolle verse dans l’antisémitisme comme Monsieur Jourdain fait de la prose :

MODÉRATEURS FACEBOOK. Une enquête publiée sur un site américain décrit les dures conditions de travail de ceux qui ont la tâche de « nettoyer » Facebook de ses contenus problématiques. Ils sont 30 000, affectés à la modération, dont la moitié travaille dans des entreprises sous-traitantes comme Cognizant à Phoenix, analysant les signalements effectués par les internautes. L’enquête révèle des conditions de travail extrêmement difficiles (bas salaires, absence de pauses…) auxquelles s’ajoute le visionnage répété de vidéos parfois insoutenables. Drogues, traumatismes, pensées suicidaires… constituent des effets secondaires de cette activité. Il est aussi question de l’adhésion progressive de certains salariés aux contenus visionnés : « certains modérateurs ne distinguent plus le vrai du faux et commencent à croire aux propres théories conspirationnistes qu’ils sont censés combattre sur Facebook » (source : Le Figaro, 27 février 2019).

ÉTIENNE CHOUARD. Le président de Sud Radio, Didier Maïsto, a récemment annoncé, via Twitter, qu’Étienne Chouard, animerait à partir du 7 mars, une émission hebdomadaire, tous les jeudis, de 19 à 20 heures. Plébiscité par le mouvement des « gilets jaunes » pour sa défense du référendum d’initiative citoyenne (RIC), le professeur d’éco-gestion s’est distingué par un certain nombre de déclarations sulfureuses, qualifiant Alain Soral de « résistant antitotalitaire, plus à gauche que les fascistes qui nous dirigent », ne sachant pas si, concernant le génocide des Juifs, le négationniste Robert Faurisson a raison ou pas, ou déclarant, au début du mois de février sur France Inter : « Oui, je suis un complotiste. Comme tout citoyen digne de ce nom, je suis vigilant et donc je me méfie des complots des puissants du moment ». Des éléments vraisemblablement de peu de poids aux yeux de la direction de la radio généraliste : « Je ne connais pas Chouard depuis longtemps mais de ce que j’en ai vu c’est un homme honnête, sincère et très fraternel », a pu expliquer Maïsto (source : France Soir, 26 février 2019).

« COMPLOT JUIF ». Quand est né le mythe du complot juif, et comment a-t-il traversé les époques jusqu’à aujourd’hui ? C’est à ces questions que, dans un contexte actuel caractérisé par une recrudescence des actes antijuifs, l’historienne Marie-Anne Matard-Bonucci (Université de Paris VIII) a répondu pour France Culture (Les idées claires). L’enquête de l’Ifop sur le complotisme pour la Fondation Jean-Jaurès et Conspiracy Watch a révélé en février 2019 l’adhésion de 22% des personnes interrogées à l’idée de l’existence d’un « complot sioniste mondial ». L’historienne en rappelle les racines historiques et religieuses : « La matrice théologique du complot juif réside dans l’accusation de peuple déicide, à savoir faire porter la responsabilité de la crucifixion sur les Juifs » (source : France Culture, 27 février 2019).

Au sujet de l’antisionisme, on visionnera la mise au point du sociologue Alain Dieckhoff (Sciences Po) évoquant la dénonciation virulente du sionisme par le mouvement communiste, dès les années 1930 (source : France Culture, 21 février 2019).

Sur ce sujet également, l’analyse historique d’Emmanuel Debono (source : lemonde.fr (blog), 25 février 2019).

« PRÉDATEURS MONDIALISTES ». Le samedi 2 mars 2019, à Nice, des « gilets jaunes » étaient postés au rond-point des Vignes, à l’occasion de l’« Acte XVI ». L’une de leurs pancartes comportait la mention suivante : « Stop à la mafia des prédateurs mondialistes : Macron. Attali. Rothschild. Minc. Soros ! » Il est difficile de ne pas voir dans l’alignement de ces patronymes une inspiration marquée par l’antisémitisme le plus explicite, de même qu’un lointain écho au livre du militant antijuif Hervé Ryssen, La mafia juive. Les grands prédateurs internationaux. En novembre 2018, Ryssen participait à l’une des manifestations des « gilets jaunes » sur l’avenue des Champs-Élysées sous le slogan « Contre les prédateurs mondialistes » (source : Conspiracy Watch, 2 mars 2019).

GEORGE SOROS. Le gouvernement Orbán a lancé le 18 février 2019 une nouvelle campagne contre le philanthrope hongro-américain George Soros, ciblant également le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Présentés avec un sourire malicieux, les deux hommes sont accusés de vouloir forcer l’adoption des quotas obligatoires de migrants, affaiblir les prérogatives des États-membres en matière de protection frontalière et faciliter l’immigration massive avec des « visas pour migrants». La Commission a dénoncé une « ridicule théorie du complot » (source : Courrier international, 28 février 2019).

CONFUSIONNISME. Un rapport du King’s College de Londres, « Weaponising news. RT, Sputnik and targeted disinformation », explique que les médias du gouvernement russe Russian Today et Sputnik ont publié 138 versions de l’attaque de l’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille en mars 2018. L’analyse décrit une méthode de désinformation consistant à publier de manière répétée des récits parfois contradictoires qui conduisent à dresser un tableau confus de l’événement (source : Financial Times, 1er mars 2019).

« HAAVARA ». Le site Orient XXI a publié un article d’Henry Laurens, historien spécialiste du monde arabe et professeur au Collège de France, qui remet au goût du jour, dans une version édulcorée, l’accusation mensongère d’une « collusion » entre sionisme et nazisme. L’accord de transfert (Haavara en hébreu) fut passé à l’été 1933 entre des organisations sionistes et l’Allemagne quelques mois après l’arrivée d’Adolf Hitler au pouvoir. Il établissait les modalités devant permettre à des citoyens allemands juifs de quitter l’Allemagne pour la Palestine (alors sous mandat britannique) sans perdre l’intégralité de leurs biens. Fruit de l’antisémitisme soviétique, l’accusation fut colportée par la propagande communiste dans les années 1950. Son succès demeure d’actualité comme en témoigne cet article auquel répond un thread magistral de PHDN.org (source : Twitter, 25 février 2019). On relira à ce sujet l’article de Joël Kotek : « De quoi le mythe de la collaboration des sionistes et des nazis est-il le nom ? » (source : Conspiracy Watch, 26 avril 2018).