Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme.

EXCUSES PUBLIQUES. Le saxophoniste britannique Gilad Atzmon a dû présenter ses excuses au président de l’organisation britannique Campaign Against Antisemitism (CAA) devant la Haute Cour de Justice, le 2 juillet 2018. De juillet à décembre 2017, Atzmon avait mené campagne contre Gideon Falter sous le titre « L’antisémitisme n’est qu’un business plan », l’accusant de fabriquer des incidents antisémites pour en tirer profit personnellement et justifier les activités de la CAA. Né en Israël, proche de la mouvance négationniste, Atzmon est connu pour ses prises de position complotistes (source : Jewish News, 2 juillet 2018, Conspiracy Watch, 2 juillet 2018).

VOL DE NUAGES. LE 2 juillet 2018, un général iranien a accusé Israël de trafiquer les nuages pour empêcher que la pluie ne tombe en Iran. La sécheresse à laquelle le pays fait face a paru suspecte au responsable militaire qui a vu là une ingérence d’Israël. Cette déclaration a été démentie par le directeur de la météorologie nationale, Ahad Vazife. « Soulever de telles questions non seulement ne résout aucun de nos problèmes, mais nous détournera des moyens de trouver les bonnes solutions », a estimé le scientifique (source : L’Orient Le Jour, 2 juillet 2018).  Pour mémoire, l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad avait eu recours à une thèse semblable en 2011 et en 2012 (source : Conspiracy Watch, 21 mai 2011).

RELAIS D’INTOX. Le lauréat du prix Pulitzer (1970) Seymour Hersh s’est fait le relais de l’intox de la petite Syrienne qui aurait été sauvée plusieurs fois. Alors que les faits ont été réfutés depuis près de deux ans, le journaliste, aux méthodes et déclarations déjà controversées ces dernières années, les a repris à son compte sur la chaîne Russia Today, le 30 juin 2018. L’occasion d’une mise au point par Conspiracy Watch sur les images d’un sauvetage qui a servi à mettre en cause les Casques blancs, une ONG humanitaire intervenant dans les zones contrôlées par les rebelles syriens.

USAGE DE FAUX. Le média gouvernemental russe Sputnik a publié le 2 juillet 2018 un article intitulé « “Faux terrorisme” et conspiration : les services spéciaux derrière de nombreux attentats ? ». L’article mettait à l’honneur, sans contrepoint sérieux, un activiste conspirationniste islandais, Elias Davidsson, pour lequel les attentats du 11-Septembre sont « une opération planifiée au niveau de l’État, dont l’auteur est le Pentagone. » Le signalement de ces faits par Conspiracy Watch, le 3 juillet, a conduit le média russe à accoler la mention « conspirationniste » au nom de Davidsson, néanmoins toujours présenté comme un « spécialiste en droit international » (source : Conspiracy Watch, 3 juillet 2018) :

DE LA RUMEUR AU LYNCHAGE. Depuis quelques mois, en Inde, des lynchages ont lieu par suite de la diffusion, sur les réseaux sociaux, de fausses informations. Des rumeurs partagées sur l’application WhatsApp, désignant des personnes comme des ravisseurs d’enfants, ont déjà conduit à la mort de 25 personnes. Le phénomène n’est ni nouveau, ni spécifique à l’Inde, comme le montrent divers cas survenus ces derniers mois (source : France Inter, 3 juillet 2018).

CHEMTRAILS. Vice propose une déconstruction de la théorie des « chemtrails » selon laquelle les traînées blanches laissées par les avions seraient des produits chimiques libérés sur les populations, dans le cadre d’un programme gouvernemental secret. Rappelons que 10% des Américains sont convaincus de la véracité de cette théorie, que 30% la tiennent pour partie vraie. « J’ai reçu un courriel d’une femme qui ne veut pas laisser ses enfants jouer dehors… », explique le chercheur en climatologie Ken Caldeira, soucieux de sensibiliser la population aux méfaits de cette croyance complotiste (source : Vice, 3 juillet 2018).

LECTURE. Issue d’une thèse de doctorat soutenue à l’Université Paris 1 en 2010, l’ouvrage Les Survivants. Les juifs de Pologne depuis la Shoah (Belin, 2018), de l’historienne Audrey Kichelewski, raconte comment la fin de la Seconde Guerre mondiale n’a pas mis un terme à la persécution des Juifs dans ce pays où les nazis avaient organisé leur extermination. Dans l’immédiat après-guerre, des rumeurs antisémites conduisirent à des pogroms, à Rzeszow, Cracovie ou encore Kielce. En 1968, une campagne antisémite des médias étatiques, fondée sur le mythe du complot juif, entraîna le départ forcé d’environ 15.000 Juifs de Pologne… (source : Le Monde, 31 mai 2018).

« MARXISME CULTUREL ». Lundi 2 juillet 2018, l’ancien congressiste républicain et candidat à l’élection présidentielle américaine Ron Paul a posté sur son compte Twitter un visuel à caractère raciste et antisémite. Il visait à illustrer la prétendue destruction de la culture américaine par le « marxisme culturel », notion complotiste selon laquelle la pensée politique de gauche aurait pour fin d’anéantir la civilisation occidentale. Après avoir déclenché un tollé sur les réseaux sociaux, l’homme politique, qui évolue dans la mouvance conspirationniste depuis plusieurs années, a effacé son tweet et publié un message d’excuse (source : Conspiracy Watch, 3 juillet 2018).

JEU DE DUPES. Jacob Cohen a annoncé dans une vidéo postée sur Youtube qu’il démissionnait d’Égalité & Réconciliation (E&R), dont il était une figure emblématique. L’écrivain franco-marocain a déploré le dénigrement et la surveillance dont il était l’objet de la part de certains membres d’E&R, ce qui ne saurait surprendre au regard de l’antisémitisme qui irrigue l’association d’Alain Soral. Cohen, qui se définit comme « antisioniste radical », a toutefois précisé qu’il ne remettait pas en cause son attachement idéologique et politique à une organisation qu’il cautionne depuis des années (source : Les Inrockuptibles, 3 juillet 2018).

GAB. Brad Parscale, le directeur des médias numériques pour la campagne de Donald Trump, flirte sur Internet avec la plateforme GAB, le réseau social de l’Alt-Right américaine. Sur Twitter ou Facebook, il brode sur le mythe d’une censure organisée par ces grands médias contre les contenus conservateurs et se dit favorable à ce que GAB obtienne une application iPhone. Cette stratégie semble rapporter puisque les dirigeants de Facebook ont récemment rencontré Parscale et d’autres dirigeants républicains pour entendre leurs « préoccupations » (source : Mediamatters, 5 juillet 2018). L’occasion de réentendre la mise au point de Tristan Mendès France pour Conspiracy Watch au sujet de GAB.

ALAIN SORAL. Dans un article pour Conspiracy Watch, Haoues Seniguer, maître de conférence en science politique à l’IEP de Lyon, propose une analyse éclairante de l’antisémitisme eschatologique d’Alain Soral à travers l’affaire Nordahl Lelandais. Dans l’une de ses vidéos postées sur Youtube, le polémiste d’extrême droite a en effet voulu voir la main de certains réseaux derrière la défense de l’assassin de la petite Maëlys et du caporal Arthur Noyer dévolue à Alain Jakubowicz, ancien président de la LICRA. Il s’agirait, d’après le leader d’Égalité & Réconcliation, d’une « pédocriminalité sataniste de réseau » qui toucherait « une certaine bourgeoisie mondialiste souvent marquée communautairement ». Ainsi, en quelques minutes, Soral laboure-t-il, avec une cohérence idéologique antisémite et complotiste exemplaire, les terres de la « causalité diabolique », du complot et de l’infanticide juifs (source : Conspiracy Watch, 5 juillet 2018).

ENFANTS MIGRANTS. Des films courts montrant des enfants migrants seuls face à des juges américains ont récemment circulé sur les réseaux sociaux. En France, le site Kombini News s’est fait le relais d’images qui ont suscité l’émoi. Si les situations sont bien réelles, les séquences sont en fait des mises en scène supervisées par une réalisatrice américaine, Linda Freedman, soucieuse d’alerter sur la situation des enfants migrants. Sans mention véritablement explicite, le relai de ces vidéos soulève une évidente question déontologique, en particulier à l’heure où l’extrême droite américaine recourt régulièrement à la théorie complotiste dite des « acteurs de crise » (source : Les Décodeurs (lemonde.fr), 5 juillet 2018).

CLAUDE LANZMANN. Le cinéaste et journaliste Claude Lanzmann est mort le 5 juillet 2018 à l’âge de 92 ans. D’une durée de neuf heures et demie, son film, Shoah (1985), est le fruit de douze années de travail, totalisant trois cent cinquante heures de prises de vue. Film sans images d’archives, salué en 1986 par un César d’honneur, il est construit autour de la parole des acteurs et témoins de l’extermination des Juifs d’Europe (source : Le Monde, 5 juillet 2018). Dans un entretien au journal Le Point, en 2011, Lanzmann disait de Shoah qu’il était « le meilleur moyen de lutter contre le négationnisme d’Ahmadinejad », dans un contexte où l’ex-président de la République d’Iran avait fait de la négation du génocide des Juifs l’un de ses chevaux de bataille (source : Le Point, 5 juillet 2018).

UNION EUROPÉENNE. Dans un article des Échos, l’économiste Jean Pisani-Ferry relève les propos tenus le 28 juin dernier par Donald Trump : « Nous aimons les pays de l’Union européenne. Mais l’Union européenne, bien sûr, a été créée pour tirer parti des États-Unis. Et nous ne pouvons pas laisser cela se produire. » (source : Les Échos, 6 juillet 2018). L’UE, un complot pour affaiblir les États-Unis ? Cette opinion va pour le moins à l’encontre d’une vision très répandue de la complosphère, qui fait de la construction européenne un complot des États-Unis pour affaiblir l’Europe (source : Conspiracy Watch, 20 mars 2017).