Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 15/07/2019 au 21/07/2019).

APOLLO 11. Il y a 50 ans, le 21 juillet 1969, Neil Armstrong et Buzz Aldrin étaient les premiers hommes à fouler le sol lunaire dans le cadre de la mission spatiale Apollon 11. Cet événement majeur de l’histoire de l’humanité allait engendrer, quelques années plus tard, les premières théories du complot mettant en doute l’authenticité des faits ; des théories à la popularité jamais démentie comme l’indique le taux actuel de 9% de Français déclarant y adhérer selon l’enquête IFOP de la Fondation Jean-Jaurès et de Conspiracy Watch parue en février dernier. Ce cinquantenaire aura donc donné lieu à la commémoration des faits mais également à l’évocation de cette longue tradition de « Moon Hoax » (on se souvient par exemple des aveux d’un faux Stanley Kubrick, en 1999). Parmi les nombreux articles consacrés au sujet, on lira un article de La Tribune de Genève, citant le diagnostic de Roger Launius, ex-historien officiel de la Nasa, au sujet de ces conspirationnistes qui « ont creusé un vaste filon mêlant méfiance envers les institutions, critiques populistes de la société, et questionnements à propos de la création du savoir et de la critique des sciences » (source : La Tribune de Genève, 18 juillet 2019). On lira également la brève mais stimulante enquête de Rebecca Jennings pour Vox, qui s’est penchée sur le business du soi-disant « Moon Hoax » (source : Conspiracy Watch, 21 juillet 2019). À voir également, le documentaire « Premier homme sur la lune : de la conquête au complot », accessible en replay sur le site de TF1.

MALADIE DE LYME. « Rédactrice scientifique », l’américaine Kris Newby a réactivé dans un livre récemment paru une théorie du complot datant de 2004, faisant de la maladie de Lyme (une maladie infectieuse transmise par les morsures de tiques) le fruit d’une expérimentation secrète du Pentagone qui aurait dérapé : des tiques utilisées comme armes biologiques se seraient échappées d’un laboratoire et auraient contaminé la population aux alentours. Le représentant républicain de New Jersey Chris Smith vient de lui donner une crédibilité politique en réclamant au ministère de la Défense, via un amendement, l’ouverture d’une enquête. Le journal Le Point a interrogé Rick Ostfeld, un chercheur américain spécialiste de l’écologie des maladies infectieuses, qui démontre l’absurdité de cette théorie du complot (source : Le Point, 19 juillet 2019).

TRITIUM. « L’eau du robinet peut être consommée sans restriction », a assuré la préfecture de Paris après la circulation de fausses informations sur les réseaux sociaux depuis vendredi 19 juillet. Une rumeur faisait en effet état d’une alerte à la pollution au tritium, qu’a démenti l’Agence régionale de santé (ARS) d’Ile-de-France, chargée des contrôles de l’eau de consommation (source : L’Express, 20 juillet 2019, Numerama.com, 20 juillet 2019). La rumeur trouve son origine dans un communiqué de l’Acro, une association anti-nucléaire, qui a expliqué en milieu de semaine que « 6,4 millions de personnes [en France] sont alimentées par l’eau contaminée au tritium » tout en convenant, par ailleurs, « qu’il n’y avait aucun danger à boire cette eau » dans la mesure où « aucune valeur ne dépasse le critère de qualité de 100 Bq/L (Becquerel par litre) instauré par les autorités sanitaires » (LCI.fr, 21 juillet 2019).

INFORM’ACTION. C’est une enquête qui nous provient de La Dépêche du Midi faisant suite à une alerte de l’association Printemps Républicain survenue sur les réseaux sociaux quelques jours plus tôt. L’association toulousaine Inform’Action intervient pour des formations dans des établissements scolaires d’Occitanie. Problème : elle diffuse toutes sortes de théories du complot, des dangers de la vaccination à la création du SIDA en laboratoire, en passant par celles sur les attentats du 11-Septembre. Cette association créée en 2012 se présente comme un média alternatif, un relais d’informations qui « sélectionne et diffuse de manière collaborative le meilleur de l’information, en mettant en lumière les idées et points de vues trop peu médiatisés. » Elle relaie également les idées de Dieudonné et du professeur Joyeux. Trois de ses membres ont été recrutés en 2016-2018 pour le Service civique mis en place par le ministère de l’Éducation nationale. Surtout, l’association a bénéficié de subventions municipales par le passé et a usurpé le logo de la Ligue de l’enseignement pour l’afficher sur son site web en gage de respectabilité (source : La Dépêche du Midi, 21 juillet 2019).

SETH RICH.  À l’été 2016, des agents des services de renseignement russes ont confectionné une théorie du complot affirmant que Seth Rich, un employé du Comité national du parti démocrate (DNC), avait été abattu par des tueurs travaillant pour Hillary Clinton. Ce fait divers tragique donnait ainsi naissance à un mythe complotiste qui a séduit de nombreux sympathisants de la droite conservatrice américaine avant de circuler dans l’entourage de Donald Trump. Telles sont les conclusions de l’enquête exclusive publiée il y a deux semaines par Yahoo News (source : Conspiracy Watch, 16 juillet 2019).

GÉNOCIDE DES TUTSI. Vingt-cinq ans ont passé depuis la fin du génocide des Tutsi du Rwanda, un génocide justifié par une idéologie aux forts accents complotistes dont les biais cognitifs et les éléments de langage font écho à ceux des conspirationnistes d’aujourd’hui. Lionel Chanel revient pour Conspiracy Watch sur le rôle du complotisme dans la fabrication de la figure d’un ennemi mortel (source : Conspiracy Watch, 17 juillet 2019).

INTERPOL. En fuite depuis 2009, l’ancien gendarme mobile Christian Maillaud, alias « Stan Maillaud », combattant autoproclamé des réseaux pédophiles, narguait la justice française depuis dix ans, dans des vidéos complotistes postées sur Internet depuis l’étranger. Condamné deux fois en son absence pour des enlèvement ou projets d’enlèvements d’enfants, l’homme de 51 ans a été interpellé le 10 juillet 2019 au Venezuela en exécution d’un mandat d’arrêt Interpol (source : Le Parisien, 16 juillet 2019). Celui que ses proches surnommaient le « Zorro blanc » était notamment convaincu de l’existence de réseaux pédophiles aux rites satanistes couverts par les autorités politiques et judiciaires (source : Le Parisien, 29 août 2018).

APPEL DE 250 SCIENTIFIQUES. Le collectif « NoFakeScience », qui regroupe une vingtaine de scientifiques et de spécialistes de la vulgarisation, s’alarme du traitement réservé à l’information scientifique dans les médias, souvent dévoyé. Il appelle à un sursaut et souligne l’existence de consensus scientifiques parfaitement établis sur certains sujets. Il est soutenu en cela par près de 230 autres grands noms de la recherche mondiale, qui ont signé cet appel. Ce texte est publié en France en exclusivité par L’Opinion. Il est simultanément publié au Canada par Le Soleil, en Suisse par Heidi.news et en Belgique par La Libre (source : L’Opinion, 15 juillet 2019).

ALGÉRIE. L’image était belle, mais elle a en fait été sortie de son contexte. Une photographie de la tour Eiffel « aux couleurs de l’Algérie » a beaucoup circulé sur les réseaux sociaux dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 juillet. Mais contrairement à ce qu’affirment ceux qui l’ont diffusée, elle n’a en fait rien à voir avec le deuxième sacre des « Fennecs » à la Coupe d’Afrique des nations 2019 après leur victoire contre le Sénégal (1-0) au Caire (source : lemonde.fr (Les Décodeurs), 20 juillet 2019).