La « guerre » qui oppose Manuel Valls à Jean-Luc Mélenchon a franchement dérapé, mercredi 11 octobre, avec la publication, sur le « compte officiel personnel » Facebook du leader de la France insoumise (FI), d’un lien vers une vidéo YouTube de 61 secondes intitulée : « Manuel Valls : « Je suis lié de manière éternelle à Israel » ». Le post, qui n’était assorti d’aucun commentaire (cf. capture d’écran ci-dessus), a été partagé plusieurs dizaines de fois avant d’être effacé dans la soirée du vendredi 13 octobre, toujours sans commentaire.

Mise en ligne par un compte se décrivant comme « anti RACISTE anti SIONISTE anti NOUVEL ORDRE MONDIAL » (une allusion claire à un mythe conspirationniste éculé) et diffusant toutes sortes de contenus complotistes (comme sur les Illuminati, la franc-maçonnerie et le satanisme), cette vidéo reprend des images diffusées il y a plusieurs années par le site communautaire musulman Oumma.com et relayées depuis lors par toute une fraction de la complosphère, d’Egalité & Réconciliation à Medias-Presse en passant par Sott.net ou AlterInfo.net, pour suggérer une allégeance de l’ancien Premier ministre et actuel député de l’Essonne à la communauté juive.

La scène se passe en juin 2011. On y voit Manuel Valls, alors député-maire d’Evry et candidat à la primaire socialiste pour l’élection présidentielle de 2012, affirmer, dans le cadre d’un débat organisée par la radio Judaïca Strasbourg, qu’il est, par son épouse (la violoniste Anne Gravoin – ndlr), « lié de manière éternelle à la communauté juive et à Israël ». Deux mois plus tôt, Strasbourg avait été le théâtre d’une agression antisémite et Manuel Valls, interpellé à ce propos, se défendait de toute complaisance à l’égard de la montée de l’antisémitisme.

Les images, tournées par Judaïca Strasbourg, seront mises en ligne sur internet puis repérées par Hicham Hamza, un blogueur conspirationniste notoire, animateur du site Panamza, et montées pour le compte d’Oumma.com (il a collaboré à ce site de juin 2009 à juin 2013).

Jeudi 12 octobre, le compte Twitter « La Bande de Valls », demandait publiquement à Jean-Luc Mélenchon de confirmer qu’il s’agissait de son compte. Le lendemain, le journaliste Samuel Laurent, responsable des Décodeurs du Monde.fr, publiait sur Twitter un thread expliquant qu’après un long silence de la FI, « où personne n’a voulu nous confirmer dans la journée si cette page était ou non celle du JLM ni si c’était lui qui avait publié cette vidéo », il avait fini par avoir confirmation, de la part du service communication de la FI, qu’il s’agissait bien du compte personnel de Jean-Luc Mélenchon.

Une « stratégie de la diversion » ?

L’affaire intervient dans un contexte où les appels de pieds de la complosphère « antisioniste » à Jean-Luc Mélenchon et ses partisans se sont multipliés. Le 8 octobre, sur Twitter, Alain Soral adressait ses encouragements au leader de la FI (cf. ci-contre). Le même jour, Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, se félicitait publiquement d’un tweet de Jean-Luc Mélenchon accusant Manuel Valls et ses partisans d’être « totalement intégrés à la fachosphère et à sa propagande ». Le 12 octobre, enfin, Dieudonné M’Bala M’Bala apportait son soutien à la députée FI Danièle Obono, mise en cause par Manuel Valls pour un texte dans lequel elle déclarait ne pas avoir « pleuré Charlie » [la rédaction de Charlie Hebdo, massacrée le 7 janvier 2015 – ndlr] mais avoir pleuré « toutes les fois où des camarades […] se sont tu-e-s quand l’Etat s’est attaqué à Dieudonné, voire ont appelé et soutenu sa censure ».

Dimanche 15 octobre, invité du Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI, Jean-Luc Mélenchon a dénoncé « une stratégie de la diversion permanente : un coup Mélenchon, puis Garrido, puis Corbière, puis Obono » et demandé « que ces campagnes pourries cessent ».

Le 12 octobre, sur Europe 1, Manuel Valls, commentant la lettre de démission de la mission sur la Nouvelle-Calédonie envoyée par Jean-Luc Mélenchon au président de l’Assemblée nationale, déclarait« Quand on me désigne comme l’ami des juifs, on veut faire de moi une cible. Et c’est inacceptable ».

En 2015, après que l’ancien ministre Roland Dumas a lâché lors d’une interview que Manuel Valls était, par l’entremise de sa femme, « sous influence juive »L’Express écrivait : « jusqu’à présent, seuls les amis [de Dieudonné] et les milieux proches de l’extrême droite liaient la fermeté de Manuel Valls à lutter contre l’antisémitisme au judaïsme de son épouse ».