
Paloma Shemirani, 23 ans, atteinte d'un cancer, avait 80 % de chances de rémission. Elle est morte parce qu'une idéologie a supplanté la médecine. Sous l'emprise de sa mère, Kate « Natural Nurse » Shemirani, une théoricienne du complot et une antivax bien connue outre-Manche, elle a décidé de suivre, en lieu et place d'une chimiothérapie, une pseudo-thérapie à base de jus et de compléments alimentaires.
Quelqus mois plus tard, elle a succombé à une crise cardiaque due à son cancer. Ses frères évoquent un homicide par désinformation et supplient les plateformes de faire le ménage en réduisant au silence les charlatans. Sa mère, de son côté, ne recule devant rien. Elle dénonce un complot médical et accuse de soi-disant erreurs hospitalières.
Au‑delà du fait divers, cette tragédie illustre le caractère profondément mortifère du complotisme : les algorithmes amplifient la désinformation, les marchands de peur encaissent, les États tardent à agir, la confiance publique dans la science s'érode... En définitive, c'est la société toute entière qui trinque.
Tarir ce marché du complotisme avant qu'il ne provoque de nouveaux dégâts irréversibles constitue l'urgence de l'époque. Les solutions existent : imposer aux plateformes de prioriser l'expertise médicale fondée sur les preuves ; démonétiser les comptes compromis avec la désinformation ; configurer les algorithmes pour qu'ils dégradent la visibilité des contenus émanant de ces comptes et placer leurs propriétaires face à leurs responsabilités pénales. Cela suppose une volonté politique. Et si l'on a du mal à trouver le chemin, Albert Camus, dans La Peste, indique une voie possible : « C'est une idée qui peut faire rire, mais la seule façon de lutter contre la peste, c'est l'honnêteté… Je ne sais pas ce qu'elle est en général. Mais, dans mon cas, je sais qu'elle consiste à faire mon métier. »













