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« Papa, c’est quoi la désinformation ? ». A cette question, il est possible de répondre par de la théorie, mais aussi par des exemples. La campagne d'intimidation qui a visé ces derniers jours notre collaborateur Tristan Mendès France et à travers lui l’équipe de Conspiracy Watch est un cas d'école en la matière.
Tristan co-anime notre émission « Les Déconspirateurs » ainsi que le podcast « Complorama » sur France Info. Il s'est retrouvé en quelques heures accusé de se réjouir de l'assassinat de Charlie Kirk, un influenceur pro-Trump bien connu de notre Rédaction mais peu du grand public. L'éditorialiste « bolloréen » Mathieu Bock-Côté l'a en tous cas clairement suggéré à l'antenne de CNews tandis que la députée du Rassemblement national Laure Lavalette n'a pas hésité à faire pression sur la PDG de Radio France Sybile Veil.
Quels sont les faits matériels qui justifieraient une telle atteinte à la liberté d'expression de Tristan ?
Tandis qu’il réalisait sa veille quotidienne, Tristan a publié un tweet rédigé comme suit : « L’influenceur conspi d’extrême droite, Charlie Kirk, vient de se faire tirer dessus. » Cinq minutes plus tard, il complétait par un second tweet : « Toute violence politique est condamnable. Cette attaque est le symptôme d'une société qui se polarise comme jamais. Effrayant et horrible ». Vingt minutes plus tard, le journal Le Parisien publie un tweet rédigé en ces termes : « L’influenceur d’extrême droite Charlie Kirk se fait tirer dessus lors d’un événement aux États-Unis ». Quelle différence avec ce qu'a écrit Tristan ? Où sont les tweets indignés expliquant que Le Parisien a été « pris la main dans le sac de l'immonde » comme l'écrit Laure Lavalette au sujet de Tristan ?
A noter qu'au moment des deux publications de Tristan, la mort de Charlie Kirk n'a pas encore été confirmée. Aucune information non plus n'a encore filtré sur le profil du tireur. On ignore qu'il s'agit de Tyler Robinson, 22 ans, qu'il a grandi dans une famille républicaine et qu'il avait recouvert ses munitions d'inscriptions à caractère antifasciste.
Mais une partie de la complosphère est déjà persuadée qu'il s'agit soit d'un coup du Mossad, soit d'un tueur d'extrême gauche. Donald Trump a eu beau promouvoir la non-violence, il a aussi lié la mort de Charlie Kirk à son prédécesseur Joe Biden ainsi qu'à George Soros. Pour certains, qu'on n'avait pas entendu s'émouvoir il y a trois mois du double assassinat de Melissa et Mark Hortman – un couple d’élus démocrates du Minnesota – par un activiste d’extrême droite, c'est toute la gauche américaine, y compris celle, ultra-majoritaire, qui condamne inconditionnellement la violence, qui aurait du sang sur les mains.
Devant le courroux suscité par son premier tweet, Tristan l'a effacé pour en publier un autre dans lequel il condamne à nouveau la violence politique. Mais la machine à calomnier est déjà lancée et les menaces de mort pleuvent sur Tristan.
De la violence verbale à la violence physique, il n'y a qu'un pas. Exactement le cocktail qui a tué Charlie Kirk. À ce jeu, tout le monde est perdant.
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