L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 18/10/2021 au 24/10/2021).

ONE NATION. Dans un petit village du Lot, Alice Pazalmar et son mouvement complotiste One Nation ont tenté d’acheter un domaine de 200 hectares pour lancer leur « laboratoire du nouveau monde ». Directrice adjointe de Conspiracy Watch, Valérie Igounet analyse leur idéologie et les risques à les laisser s’implanter. « Avec ce projet d’achat foncier, explique l’historienne, on passe à une phase de rassemblement « physique » de leur stratégie de séduction et de visibilité » (source : Le Monde, 18 octobre 2021).

LE DESSIN DE LA SEMAINE. Par Morgan Navarro.

CASSANDRE FRISTOT. Le 7 août à Metz, lors d’une manifestation anti-pass sanitaire, une femme de 33 ans avait brandi une pancarte antisémite, sous la forme codée d’un agencement de noms de personnalités juives, avec la mention « traîtres » et la question posée : « Mais qui ? ». Cassandre Fristot, absente à son procès le 8 septembre, a été condamnée le 20 octobre à six mois de prison avec sursis (source : Le Parisien, 20 octobre 2021). Cette manifestation dans l’espace public a fourni un cas d’école de dog whistle, une stratégie rhétorique « consistant à user d’une communication équivoque conférant à ses propos un double niveau de lecture où le sens de ce qui est sous-entendu compte davantage que ce qui est effectivement dit ou écrit ». Décryptage de Rudy Reichstadt pour la revue K (source : K, 20 octobre 2021).

QANON. Ron Watkins, l’une des figures les plus importantes du mouvement complotiste QAnon, a déclaré lundi qu’il se présentait aux élections du Congrès en Arizona parce que l’État est à l’avant-garde du combat mené par de nombreux républicains qui remettent en doute les résultats des élections présidentielles de 2020. Suspecté de jouer un rôle de premier plan dans l’animation du compte de « Q », l’énigmatique personnage autour duquel s’est constitué la communauté QAnon, l’homme a déclaré qu’il voulait « réparer les élections de l’intérieur de la machine » (source : Le Soleil, 24 octobre 2021).

RÉMY DAILLET-WIEDEMANN. Le gourou ultra-complotiste Rémy Daillet-Wiedemann, déjà soupçonné d’être le cerveau de l’enlèvement de la petite Mia, a été extrait le mardi 19 octobre de sa cellule pour être entendu dans une affaire de terrorisme : un projet d’attentat contre une loge maçonnique et diverses autres cibles. Une femme de 67 ans, sa secrétaire, a également été placée en garde à vue (source : Le Parisien, 21 octobre 2021).

BUSINESS. Le journal Libération a identifié plus d’un millier de sites complotistes en France. Les journalistes Maxime Macé et Pierre Plottu notent que les dix premiers sites les plus fréquentés cumulent 33 millions de visites par mois. Certains d’entre eux génèrent d’importants revenus grâce à leurs audiences colossales. Jackpot pour leurs propriétaires, qu’ils soient groupes politiques, États étrangers ou particuliers… (source : Libération, 18 octobre 2021).

LIBRAIRIE. Désinformation, complotisme et pseudo-sciences autour du Covid s’épanouissent aussi en librairie : de nombreux livres, véritables succès pour certains, véhiculent leur lot d’infox, conférant légitimité et crédibilité à ces théories. Des internautes se sont récemment indignés que des ouvrages aux relents conspirationnistes soient placés en tête de gondole dans des magasins Fnac ou en haut des résultats de recherche sur les plateformes en ligne (source : Ouest France/AFP, 19 octobre 2021).

ANTIVAXX. Ils rendraient magnétiques, stériles et maintenant… malades du Sida. C’est ce qu’affirme le site Le Grand Réveil, coutumier des assertions hasardeuses, au sujet des vaccins contre le Covid-19, expliquant que « les personnes entièrement vaccinées développent le syndrome d’immunodéficience acquise (Sida) ». Et d’appuyer ses dires sur des « rapports officiels du gouvernement britannique »… qui ne disent pourtant rien de tel (source : Les Décodeurs (lemonde.fr), 22 octobre 2021).

À lire également sur Twitter, un thread sur l’infox d’après laquelle les vaccins provoqueraient l’autisme chez les nourrissons. 

SYNDICALISME. En août 2021, Laurent Muchielli avait fait la promotion d’un nouveau syndicat dans le monde de l’enseignement et de la recherche « Enseignement, recherche, libertés ». Proche du site Réinfo Covid de Louis Fouché, sa secrétaire générale est Hélène Palma. On trouve dans son bureau national Benoît Fleury, un ancien dirigeant du GUD (Groupe union défense), organisation étudiante d’extrême droite bien connue (source : Action AntiFouchiste/Twitter, 21 octobre 2021).

NATUROPATHIE. Dans sa dernière chronique « Antidote » sur France Inter, Tristan Mendès France s’est intéressé à la naturopathie, un « mouvement qui apparaît en Allemagne au XIXe siècle et qui se place dès le départ en opposition avec les avancées médicales de l’époque et notamment la vaccination ». Notre collaborateur évoque notamment le profil d’Irène Grosjean, qui estime que l’on peut guérir du Sida avec des graines, et dont les interventions sur YouTube cumulent des millions de vues (source : France Inter, 22 octobre 2021).

THIERRY CASASNOVAS. L’enquête sur Thierry Casasnovas, ce défenseur du jeûne et du « crudivorisme », a pris récemment un nouveau tournant. Le parquet de Perpignan a en effet ouvert une information judiciaire à son encontre pour au moins trois motifs : « exercice illégal de la profession de médecin », « abus de faiblesse » et « pratiques commerciales trompeuses » (source : Midi Libre, 21 octobre 2021).

KIM GLOW. Sur les réseaux sociaux, les théories complotistes sur la pandémie servent les intérêts d’influenceurs stars, suivis par des millions de personnes. Ainsi en est-il de Kim Glow, ex-candidate de l’émission de téléréalité « Les Marseillais », qui se sert d’Instagram pour interpeller son million d’abonnés sur les prétendus dangers des vaccins anti-Covid, qui injecteraient une puce 5G. Des infox sur la vaccination ou le masque saluées par des internautes comme un « langage de vérité » (source : BFM TV, 8 octobre 2021).

RUSSIA TODAY. Anciennement connue sous le nom de Russia Today, la chaîne de télévision RT est souvent accusée de n’être qu’un organe de propagande du Kremlin. C’est à la définition de cet objet complexe que s’est attelé Maxime Audinet, chercheur à l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM), dans un livre publié vendredi 22 octobre par l’INA. Russia Today (RT) : un média d’influence au service de l’État russe (240 pages) est le fruit d’une thèse commencée en 2014 et achevée en 2020 pour comprendre cet « acteur emblématique des mutations de l’influence médiatique en contexte autoritaire, ainsi qu’une référence incontournable des pratiques contemporaines des guerres de l’information ». Élie Guckert a lu ce livre pour Conspiracy Watch (source : Conspiracy Watch, 22 octobre 2021).

TELEGRAM. Le média Logically, qui lutte contre la désinformation, s’est intéressé à la question de l’antisémitisme sur l’application Telegram, en suivant le plus grand groupe d’utilisateurs, en langue anglaise, diffusant des infox sur le Covid. Le constat est édifiant : l’utilisateur y rencontre un contenu antisémite en moyenne au moins une fois toutes les demi-heures (source : Logically/Twitter, 22 octobre 2021).

TWITTER. Twitter s’est livré à une opération transparence plutôt rare parmi les réseaux sociaux. Le 21 octobre, la plateforme a publié une étude qui pointe les effets de ses algorithmes de recommandation sur la popularité des publications politiques. Selon ses propres conclusions, le réseau social a tendance à mettre en avant les contenus de droite aux dépens de la gauche. Reste à savoir si cette mise en avant est directement le fruit de son algorithme ou si celui-ci ne fait que réagir à une préférence naturelle des internautes dans les différents pays étudiés (source : BFM TV, 22 octobre 2021).

GUILLAUME CANET. Sur France Inter, l’acteur Guillaume Canet a expliqué que la Terre vibrait à « 6 000 hertz en 2011 » et qu’elle était aujourd’hui à « plus de 150 000 hertz ». Une affirmation fausse, a priori inspirée par un site complotiste dans le collimateur de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), comme l’explique la journaliste Felicia Sideris (source : Felicia Sideris/Twitter, 20 octobre 2021).

SQUID GAME. La série Netflix Squid Game reprend un ressort classique de la fiction : une société secrète, mondialisée et cruelle, qui manipule des citoyens. Le scénario ultra-violent sur fond de complot suscite quelques fantasmes. Des internautes n’ont pas hésité à le rapprocher de ce qui se passe dans la réalité avec la crise sanitaire… (source : France Info/Twitter, 20 octobre 2021).

CONFUSIONNISME. Dans un article publié dans Conspiracy Watch, le politiste Philippe Corcuff analyse la critique de l’anticomplotisme qui constitue une façon indirecte de justifier la dynamique conspirationniste actuelle, entre extrême droitisation et discours confusionnistes. L’auteur pointe le rôle particulier de Natacha Polony, dont les interventions récurrentes sur ce thème tendent à lire le complotisme à travers une unique grille de lecture, à l’image de cette déclaration, sur France Inter : « il y a une défiance majeure vis-à-vis des institutions, et j’inclus les médias dans ce terme, et parce que les citoyens se sentent dépossédés de la démocratie » (source : Conspiracy Watch, 18 octobre 2021).

ÉMISSION. « Les Déconspirateurs » : c’est le nom d’une nouvelle émission régulière proposée par Conspiracy Watch. Dans ce rendez-vous filmé, animé par David Medioni, Tristan Mendès France et Rudy Reichstadt commentent et analysent l’actualité du conspirationnisme, au croisement des questions de radicalisation et de haine en ligne. Au sommaire du deuxième numéro :  l’instrumentalisation de l’histoire (les exemples de la guerre d’Algérie et de la négation du massacre du 17 octobre 1961 par Bernard Lugan), Éric Zemmour, les dérives de la naturopathie, Irène Grosjean, la critique de l’anticomplotisme, Natacha Polony, l’assassinat de Samuel Paty. La philosophe Marylin Maeso, qui vient de faire paraître La petite fabrique de l’inhumain (Éditions de l’Observatoire) était l’invitée de cette émission.

FACEBOOK. Plusieurs médias américains ont révélé en septembre, que Facebook n’aurait pas appliqué ses propres règles concernant la diffusion de désinformation et que certaines personnalités auraient eu des passe-droits. Ainsi, les procureurs de quatorze états américains se sont emparé de la question et ont adressé une lettre à l’entreprise américaine et à son PDG, Mark Zuckerberg. La faute en incomberait au dysfonctionnement d’un système interne dit « cross-check », qui causerait des problèmes à Facebook depuis plusieurs semaines (source : 20 Minutes, 15 octobre 2021).

« TYRANNIE VERTE ». En septembre 2020, les analystes de l’Institute for Strategic Dialogue (ISD) ont identifié une tendance émergente sur les réseaux sociaux concernant l’expression « confinement climatique ». Ce pic de volume semblait être principalement dû aux climato-sceptiques, qui affirmaient que la pandémie de Covid-19 annonçait la future « tyrannie verte » et que les gouvernements et les élites mondiales réduiraient les libertés civiles sous prétexte de changement climatique. Au cours des huit mois suivants, les analystes ont mené une étude détaillée de l’émergence et de l’intégration de cette expression sur Twitter, Facebook et YouTube (source : ISD, 18 octobre 2021).

MALI. Un « haut cadre » de l’opération anti-djihadiste française Barkhane arrêté à Bamako en possession d’héroïne ; une photo de soldats russes « arrivés » dans la capitale malienne… Les infox sur l’engagement français au Sahel prolifèrent sur les réseaux sociaux maliens sur fond de tensions entre Paris et Bamako. Les relations franco-maliennes se sont raidies depuis l’annonce de la réduction du dispositif militaire français dans le pays et la possible arrivée du groupe de mercenaires russes Wagner (source : Sud-Ouest, 20 octobre 2021).