Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 02/03/2020 au 08/03/2020).

NÉGATIONNISME. Le Sénat français doit accueillir lundi 9 mars un colloque dont certains intervenants font polémique, car régulièrement accusés d’adopter une ligne négationniste sur le génocide des Tutsi. L’un d’entre eux, Charles Onana, a par exemple déclaré qu’il n’y avait « pas de preuves du génocide des Hutu contre leurs compatriotes Tutsi » (source : Jeune Afrique, 28 février 2020).

PLATISTES. « Si la Terre est un globe, ça veut dire qu’il y a des gens qui vivent la tête en bas ? Comment est-ce possible ? » À (re)visionner, cette séquence diffusée par France 2, le 1er mars, dans son journal de 20 heures, sur les platistes, ces personnes qui pensent que la Terre est plate. Ils représenteraient 16% de la population aux États-Unis, 7% de la population brésilienne, et utilisent massivement Internet et les réseaux sociaux pour diffuser leurs théories (source : France Info, 1er mars 2020).

MIGRANTS. « Séance photo de #migrants “syriens” en Grèce : Des professionnels et des acteurs “shootent” des images fortes pour émouvoir la ménagère de + de 50 ans européenne et la faire voter pour toujours + d’immigration massive… » C’est en ces termes qu’un compte Twitter populaire auprès de l’extrême droite a commenté une vidéo filmant le désespoir d’une migrante africaine débarquant à Lesbos (Grèce). Le tweet a été massivement partagé. Plusieurs journalistes présents sur place ont rejeté ces accusations auprès de CheckNews, notamment l’auteure même des images, la journaliste grecque Liana Spyropoulou, qui travaille pour le journal allemand Bild. Interrogée par CheckNews, elle a démenti toute forme de mise en scène et raconté : « La scène a duré environ une minute. Lorsque le bateau a accosté, elle est sortie et s’est mise à pleurer, à crier, etc. Elle était visiblement choquée » (source : Checknews (Libération), 2 mars 2020).

RASSEMBLEMENT NATIONAL. Le 1er mars 2020, Tristan Mendès France signalait sur Twitter que le candidat du Rassemblement national (RN) à Villepinte, Alain Mondino, proche de Jordan Bardella, faisait la promotion de contenus racistes, antisémites et complotistes sur les réseaux sociaux. Le candidat a fini par être suspendu par la Fédération du RN le 4 mars 2020 (source : Twitter).

Le 2 mars, quatre jours après le dépôt des listes, le RN faisait par ailleurs savoir qu’il retirait l’investiture à la liste d’Olaf Rokvam, qu’il avait soutenue jusqu’à alors, en raison de la présence, en troisième position, de Djamel Boumaaz (sans étiquette), un conseiller municipal qui s’est fait remarquer par de multiples « dérapages ». On se souvient notamment des quenelles qu’il avait effectuées lors d’un conseil municipal de Montpellier et la photographie du gâteau pour son anniversaire, orné d’une croix gammée, qu’il avait postée sur Facebook (source : Twitter).

CORONAVIRUS. Une enquête d’opinion Ifop pour le site illicomed.com, publiée le 28 février 2020, révèle que plus de la moitié des Français pensent que le gouvernement a caché des informations sur le coronavirus. Ils sont très nettement surreprésentés chez les sympathisants de la France insoumise et du Rassemblement national. Parmi ceux qui se sentent « Gilets jaunes », ils sont presque 9 sur 10 (source : Conspiracy Watch, 3 mars 2020).

Le Covid-19 a déclenché une épidémie de fake news sur les réseaux sociaux. Sebastian Dieguez, psychologue à l’université de Fribourg en Suisse a analysé pour Le Point la multiplication de ces théories du complot et leurs conséquences. Le chercheur fait notamment le constat suivant : « Les fausses informations influent sur l’épidémie : on le voit avec les antivaccins et le retour des maladies contre lesquelles ils protègent, car une partie de la population refuse de se vacciner. Après le virus Zika, des études ont montré que les croyances des gens qui ne voulaient pas croire que ça venait des moustiques et ne se sont pas protégés ont contribué à propager le virus » (source : Le Point, 2 mars 2020).

Le Figaro s’est aussi penché sur cette « hystérie complotiste » qui « s’accélère autour du coronavirus » et que le gouvernement peine à endiguer (source : Le Figaro, 6 mars 2020).

Nabila Mounib, secrétaire générale du Parti socialiste unifié (PSU) au Maroc, a déclaré que l’apparition du coronavirus était un complot, que le remède était prêt depuis longtemps et qu’il s’agissait en fait d’un grand « coup » commercial. Amplement moquée sur les réseaux sociaux, elle s’est attirée une réponse cinglante de la part d’Omar Balafrej, également député et membre lui aussi du PSU. Le 2 mars, l’homme politique a adressé une question écrite à Saâd Eddine El Othmani, chef du gouvernement, pour lui demander quelles étaient les mesures prises par le gouvernement pour faire face aux déclarations farfelues et anti-scientifiques auxquelles on a droit quand on se retrouve face à un phénomène comme l’épidémie du coronavirus… (source : Le 360, 2 mars 2020).

Le politologue irakien Mohammed Sadeq Al-Hashemi a expliqué dans une interview diffusée le 26 février 2020 sur la chaîne Al-Ayam (Irak) que l’épidémie résulterait d’un complot américain visant à réduire la population mondiale. Il a ensuite, sans grande surprise, désigné la responsabilité des Juifs, affirmant notamment que la famille Rothschild détiendrait le monopole des laboratoires développant armes biologiques et nucléaires… (source : MEMRI, 4 mars 2020).

Les accusations visant les Juifs dans un contexte épidémique sont ancestrales comme le rappelle la chronique de Jean-Claude Guillebaud dans La Vie, expliquant que lors de la Peste noire, « la rumeur accusant les juifs d’avoir empoisonné sources et fontaines fut relayée par une autre accusation : celle d’avoir plus facilement échappé à la peste que les chrétiens » (source : La Vie, 5 mars 2020).

Concernant le complot américain, et non moins conformément à une rhétorique traditionnelle, l’agence de presse officielle iranienne ISNA a rapporté le 5 mars 2020 dans un tweet que Hussein Salami, commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique, avait estimé que le coronavirus pourrait être « le produit de l’invasion biologique américaine ».

YOUTUBE. Les mesures de YouTube pour lutter contre les vidéos promouvant des théories du complot sont-elles efficaces pour en limiter la visibilité ? Il semble que oui, selon des chercheurs de l’université de Californie à Berkeley et de la fondation Mozilla, qui ont récemment étudié l’un des algorithmes de la plateforme. Leurs travaux, publiés le 2 mars 2020, démontrent qu’environ 4% des vidéos recommandées par YouTube à la suite de vidéos sur des sujets d’information étaient complotistes. Ce taux était deux fois plus élevé à la fin de 2018. Pour Marc Faddoul, l’un des coauteurs de l’étude interrogé par Le Monde : « la plate-forme a la capacité de modérer son contenu, lorsqu’elle en a la volonté politique et décide d’y mettre les moyens » (source : Le Monde, 6 mars 2020).