
Le procès de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, survenue le 21 septembre 2001, s’est ouvert lundi 23 février. L’hypothèse qui a été privilégiée par les autorités et qui est aujourd’hui retenue par la justice se fonde sur les conclusions d’un rapport d’experts rendu le 11 mai 2006 qui dénonçait des « négligences et manquements en série » ainsi que « la méconnaissance de la réelle dangerosité des nitrates ». Le rapport final imputait la catastrophe à un accident chimique. Une thèse farouchement contestée...
Pour beaucoup, en effet, l’explosion d’AZF reste couverte de mystères et l’Etat français chercherait à tout prix à étouffer la vérité. Un tir de roquette, en provenance de la cité du Mirail a été évoqué. De même que la piste d'une fusée amateur, celle d'une chute de météorite ou de pièce d'avion, ou encore l'éjection d'un filtre d'une tour de traitement sous l’effet d’un éclair. Toutefois, parmi les nombreuses versions « alternatives » disponibles sur le marché, deux thèses se détachent.
- La première, qui met l'accent sur l'existence supposée d'une première déflagration quelques secondes avant l'explosion de l'usine AZF, est celle de l’accident électromagnétique.
Conséquence d'essais tenus secrets sur le site de la SNPE (Société nationale des poudres et explosifs) voisine d'AZF, un arc électrique se serait formé et aurait frappé, 800 mètres plus loin, de l’autre côté de la Garonne, le hangar 221 où se trouvait le nitrate d’ammonium, provoquant ainsi l'explosion de l'usine AZF. C'est la thèse défendue par un ingénieur indépendant, Pierre Grésillaud (auteur du site azf-10h18.com) et par un professeur de mathématiques à la retraite, Jean-Marie Arnaudies :
C'est également la thèse que développe Thierry Deransart, journaliste à Valeurs Actuelles, dans son article « Toulouse : La vérité cachée » (18 janvier 2002).
Toutefois, il s'avère qu'aucune défaillance n’a pu être constatée au sein de la SNPE et qu'aucun expert ni EDF n’ont pu, jusqu'à aujourd'hui, confirmer cette piste. Total estime pourtant qu'elle est « toujours crédible et d’autant plus facile à agiter que la SNPE est soumise au "secret défense" en raison de ses activités » (source : « AZF : un procès fleuve pour une vérité complexe », Mediapart, 20 février 2009).

- La seconde thèse « alternative » est celle de l'attentat islamiste, d'autant plus séduisante, sur le coup, que l'explosion de l'usine est survenue dix jours seulement après les attentats du 11-Septembre. La piste terroriste était alors dans tous les esprits.
Elle a fait l’objet de plusieurs publications : AZF Toulouse : La vérité sur l'explosion (éd. Michel Lafon, 2003) d’Anne-Marie Casteret (journaliste scientifique à L’Express) ; AZF, un silence d’Etat (Seuil, H.C. ESSAIS, 2008) de Marc Mennessier (journaliste scientifique au Figaro) ; et plus récemment encore, AZF, l’enquête assassinée (Plon, 2009), de Franck Hériot et Jean-Christian Tirat (journalistes à Valeurs Actuelles).
Dans un article de L’Express (« Sept raisons de ne plus croire à un accident », 14 janvier 2003), Anne-Marie Casteret a relancé la thèse de l'attentat, affirmant que l'accident industriel n'était « toujours pas démontré ». La journaliste s’appuyait en particulier sur un rapport des Renseignements généraux (RG) dont elle regrettait qu’il ait été « balayé d'un revers de main » par un rapport ultérieur du Service régional de police judiciaire (SRPJ). Le rapport des RG, indiquait-elle, « était articulé autour de la personnalité de Hassan J. (Hassan Jandoubi − NDLR), un employé intérimaire qui chargeait des sacs d'ammonitrates dans des camions […], ancien délinquant […] tombé depuis plusieurs mois sous l'influence du groupe islamiste "tendance afghane" de Mohammed R. ». D'autres éléments troublants plaideraient en faveur de cette « piste interdite ».
Dès janvier 2003 cependant, les éléments présentés dans les articles d'Anne-Marie Casteret et de Marc Mennessier (parus respectivement dans L'Express et Le Figaro) ont été rejetés en bloc par le procureur de la République Michel Bréard, qui n'a pas hésité à parler de « présentation tendancieuse », de « contre-vérités manifestes », d'« analyse partiale, partielle ou déformée des faits », et d'« accusations graves et non prouvées » (source : « AZF : le procureur réfute l'attentat », dépêche AFP du 21 janvier 2003).
A l’automne dernier, un article du Point.fr a présenté la piste islamiste comme une « théorie fumeuse » concoctée par l’ancien directeur des RG, Yves Bertrand :
« On devine encore la patte de Bertrand dans la théorie fumeuse de l'attentat islamiste après l'explosion de l'usine AZF, à Toulouse. Le 21 septembre 2001, la France connaît le plus terrible accident industriel de son histoire : 30 morts, 3 000 blessés. Très vite, certains journalistes évoquent la présence d'un kamikaze parmi les ouvriers de l'usine. Coïncidence, ce sont les mêmes dont Bertrand note les noms et les numéros de portable dans ses carnets et qu'il rencontre à cette période. Parmi eux, une journaliste scientifique, nouvelle venue dans sa galaxie. Le patron des RG la reçoit quatre fois en 2002, alors qu'elle défend dans son hebdomadaire la thèse de l'attentat et prépare un livre sur le sujet. Du coup, le doute sur l'origine de l'explosion va planer sur toute l'instruction, bien que l'enquête policière ait confirmé l'hypothèse d'un accident provoqué par une erreur humaine. »
Marc Mennessier a répliqué à l’article du Point.fr par une note en date du 1er décembre 2008 publiée sur son blog. Se défendant de verser dans la « complotite », le journaliste écrit :
« [...] en mettant l’hypothèse terroriste d’AZF sur le même plan que toutes "les intoxications orchestrées", selon eux par Bertrand, comme le "non-suicide de Pierre Bérégovoy" ou "la fausse prise d’otages de la maternelle de Neuilly", Le Point fait ni plus ni moins un amalgame facile et dévastateur. Comment faire de l’investigation journalistique aujourd’hui quand toute tentative de démasquer les mensonges officiels, à partir de faits précis dûment recoupés, vous expose à être soupçonnés, par vos confrères eux-mêmes, de faire de la "complotite" ? »
Pour quelle raison les gouvernements successifs, de gauche et de droite, se seraient-ils acharnés à dissimuler la vérité ? On l'ignore. Reste qu’à ce jour, aucune preuve définitive d’une quelconque implication islamiste dans l’explosion d’AZF n’a pu être apportée. De même qu’il n’est pas prouvé que les autorités françaises auraient délibérément écarté la piste terroriste. Quatre mois d'audience permettront-ils d'y voir plus clair ?
Voir aussi :
- Cyrille Louis, « Explosion d'AZF : les experts divisés », Le Figaro, 13 mars 2009.
- Le compte-rendu des audiences du procès (depuis la salle Jean Mermoz à Toulouse), par la rédaction de France 3 Sud.













