
Ce lundi 28 septembre, le ciel est tombé sur la tête de Jordan Bardella. Dans une enquête explosive, deux journalistes de Mediapart affirment avoir mis la main sur des messages antisémites et complotistes envoyés par le président du Rassemblement national (RN) entre 2013 et 2015, alors qu'il était déjà un membre actif du parti. Des échanges dans lesquels le potentiel futur Premier ministre de Marine Le Pen vide son sac et présente les Juifs comme des voleurs contrôlant le système bancaire, ayant une « main mise […] sur le pays » et intriguant pour la mise en place d'un « Nouvel Ordre mondial ». Du Soral dans le texte. « Ses analyses sont justes car tout se vérifie dans les faits », écrit d'ailleurs Bardella en septembre 2013 à propos du polémiste négationniste. Quant à Dieudonné, « il mène un vrai combat d'idée, sinon il serait resté avec Élie Semoun ».
L'eurodéputé conteste formellement ces allégations et annonce avoir missionné son avocat pour porter plainte contre le média indépendant. Mais l'arène judiciaire n'est pas le seul terrain sur lequel le RN compte organiser sa riposte. Comme un seul homme ou presque, le rouleau compresseur du parti à la flamme s'est mis en branle pour soutenir son poulain. L'argumentaire, lui, est aussi prévisible que spécieux. Bardella était jeune, certes − 17 ans et demi en 2013. Mais déjà actif au sein du mouvement. Il a changé, peut-être. Mais expliquait encore récemment que Jean-Marie Le Pen n'était pas antisémite, avant de rétropédaler et de reconnaître une « maladresse ». D'autres, notamment à gauche, sont faits du même bois. Certainement. Mais la justification paraît lunaire lorsqu'on se targue d'être l'unique bouclier des Juifs en France.
Barbouzerie
Que reste-t-il comme ligne de défense ? L'attaque, la négation, les menaces, la calomnie, la fuite en avant, la diversion et, bien sûr, le complotisme. La même stratégie, au fond, que celle opérée après la condamnation en première instance de Marine Le Pen, lorsqu'elle expliquait que le « Système » avait sorti « la bombe nucléaire » pour l'empêcher de gagner les élections. Cette fois, ce n'est plus l'institution judiciaire mais Mediapart, tenant d'une presse « militante » et engagée dans une « guerre totale », qui en fait les frais.
« Ça me paraît tellement dingue que ça ne peut être qu'un faux, qu'une barbouzerie dont Mediapart a le secret » a immédiatement lancé la candidate à l'élection présidentielle, qui entend bien « révéler le vrai visage de ce média » et « les vrais objectifs qui sont les leurs ». Sur le plateau de franceinfo, le député Laurent Jacobelli fustige ce « tract militant d'extrême gauche qui a décidé, à chaque campagne électorale, de faire perdre le camp patriote » et évoque un « faux grossier », une « manipulation », un « détournement de campagne », un « hold-up des électeurs » ainsi qu'une « opération militante ». « Tout cela est un contre-feu allumé pour protéger les amis de Mediapart que sont Mélenchon et sa bande », ajoute-t-il.
De son côté, Éric Ciotti cingle les « officines d'extrême gauche qui à chaque élection présidentielle tentent de confisquer la démocratie ». « Aujourd'hui si Jordan est attaqué […] c'est parce que Marine Le Pen est en mesure de devenir Présidente de la République. Et donc le Système vacille, tremble, s'inquiète et attaque », assure le Niçois. Quant au principal intéressé, il dénonce ce journal « composé de fanatiques qui useront de tous les moyens, y compris les plus déloyaux, pour nous empêcher de gagner l'élection présidentielle », s'alarme d'une probable « opération de barbouzes » orchestrée par des « gens assez puissants » et s'indigne que ces accusations surgissent à une période qu'il juge « particulièrement troublante ».
Une confirmation
Que dire à ceux qui, depuis hier, tombent des nues ou se terrent dans le silence ? Ceux qui, comme l'avocat Arno Klarsfeld en novembre 2025, assuraient ne pas voir « en quoi Bardella est d'extrême droite » puisque « l'antisémitisme » n'est pas à la « racine de son idéologie ». Peut-être d'ouvrir les yeux, de profiter de cette ultime occasion pour sortir d'une léthargie coupable vis-à-vis du RN. Car la « bombe puante » de Mediapart − dixit Erik Tegnér, patron de Frontières − n'est pas une surprise mais une confirmation.
Depuis plusieurs années, les indices d'une accointance de l'homme fort du RN avec l'idéologie soralienne s'accumulent. Sa proximité avec l'écosystème de Frédéric Chatillon, les révélations du journaliste Pierre-Stéphane Fort dans Complément d'Enquête concernant son compte Twitter anonyme avec lequel il rendait hommage au « grand sociologue » Alain Soral, son admiration sans bornes pour Jean-Marie Le Pen... Sans compter le baiser de la mort de Soral en personne qui, en novembre 2025, expliquait que Jordan Bardella n'était « pas si innocent que ça sur certains sujets assez radicaux ».
Un bel hommage du « maître du Logos » qui ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour réagir. « Le sujet n'est donc pas Bardella, mais ceux à qui il a été obligé de se soumettre et de s'humilier contre ses convictions profondes pour espérer accéder au pouvoir finalement en pure perte ! », a-t-il lâché, au terme d'une flopée de tweets d'un antisémitisme... « bardellien » ?













