Conspiracy Watch | l'Observatoire du conspirationnisme
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🔴 Conspiracy News #07.2026

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Publié par La Rédaction15 février 2026,

L'actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (du 09/02/2026 au 15/02/2026).

VAGUE COMPLOTISTE. L'ouverture des archives Epstein ne marque pas la fin des théories du complot mais leur accélération sur les réseaux sociaux, notamment sur TikTok. Elle passionne la génération Z. Quitte à nourrir les pires scénarios… (sources : France 24, 09/02/2026 ; Le Point, 12/02/2026). L'affaire est également instrumentalisée par les populistes et les alliés de Poutine (source : L'Express, 15/02/2026).

MÉMO. C'est un document essentiel. En juillet 2025, le ministère américain de la Justice et le FBI affirmaient dans un mémo avoir passé au crible des centaines de gigaoctets de données liées à l'affaire Epstein. Ils concluaient que Jeffrey Epstein avait fait plus de mille victimes, mais aussi que la thèse d'un assassinat maquillé en suicide n'était pas corroborée et qu'aucune « liste de clients » ni aucune preuve crédible de chantage n'avait été trouvée.

Ce mémo affirmait aussi qu'aucun élément n'avait été découvert « pouvant justifier l'ouverture d'une enquête contre des tiers non inculpés ». Cette phrase doit être inscrite dans le contexte politique de l'époque : l'Administration Trump II se contorsionne pour éviter d'avoir à publier plus de documents que ceux déjà transmis fin février 2025 à des relais d’opinion conservateurs triés sur le volet comme Rogan O'Handley ou Liz Wheeler. Embarrassé par un certain nombre de documents révélant sa proximité passée avec Jeffrey Epstein, Donald Trump, qui avait agité dès l'annonce de la mort du financier américain la thèse d'un assassinat maquillé, plaide alors pour que les médias passent à autre chose. Pam Bondi, la ministre de la Justice, qui avait dans un premier temps affirmé que la « liste de clients » d'Epstein se trouvait sur son bureau, a dû faire machine arrière pour finalement expliquer que l'expression qu'elle avait utilisée (« liste de clients ») ne devait pas être prise littérallement et désignait les Epstein Files en général.

Pour un certain nombre d'observateurs, loin de se préoccuper de l'exploitation sexuelle de jeunes filles mineures et de rendre justice aux victimes, cette note est révélatrice d'une volonté de l'Administration Trump II d'enterrer définitivement une affaire qui n'en finit plus d'empoisonner sa mandature. Quel que soit le jugement qu'on porte sur une Administration ayant fait du complotisme une méthode de gouvernement, nous considérons ce document comme une pièce du dossier suffisamment importante pour qu'il soit justifié d'en proposer à nos lecteurs une traduction intégrale en français (source : Conspiracy Watch, 13/02/2026).

ANTISÉMITISME. Alors que la France commémore le 20ème anniversaire du meurtre antisémite d'Ilan Halimi (un jeune Français de confession juive enlevé puis retrouvé agonisant après avoir été torturé pendant 24 jours) et qu'un sondage révèle que 73 % des 18-24 ans n'en ont jamais entendu parler (source : IFOP, 13/02/2026), la publication des Epstein Files s'est accompagnée d'une nouvelle libération de la parole antijuive.

Dieudonné s'est servi d'un échange d'e-mails entre Ariane de Rothschild et Jeffrey Epstein pour agiter la théorie du complot selon laquelle l'interdiction administrative de son spectacle début 2014 était la conséquence directe d'une pression des Rothschild sur le gouvernement français de l'époque : « J'ai compris qui était le véritable commanditaire de l'opération de censure dont j'ai été la cible. Cette personne, c'est Ariane de Rothschild. Et c'est le groupe la Banque de Rothschild », a-t-il déclaré sur le média belge ATIPIK − où il est présenté comme « humoriste et peintre » (sic). Une théorie du complot reprise à son compte par Idriss Aberkane dans un live sur YouTube. Dieudonné a d'ailleurs accordé une interview au journal Rivarol titrée « Je suis l’ennemi public numéro un ». Il y a affirmé qu'une  « mafia [...] très puissante » contrôlerait la France, la qualifiant de « territoire du CRIF » (sources : Stoppons Rivarol/X, 11/02/2026).

Réagissant à la condamnation des propos de Francesca Albanese par le ministre des Affaires étrangères français, l'eurodéputée LFI  Rima Hassan a tweeté quant à elle : « Jean-Noël Barrot a reçu un petit message du CRIF ».

Sur X, Alain Soral a abondé : « l’affaire Epstein nous démontre une chose très clairement : c’est qu’il existe au sommet du monde occidental une mafia juive suprémaciste et raciste doublement délinquante sur le plan financier et sexuel ». Une publication supprimée depuis mais pour laquelle le ministre de l'intérieur a saisi la justice (source : Le Parisien, 10 février 2026).

Régis Le Sommier estime de son côté sur TV Libertés qu'« Epstein est l'incarnation de cet État profond. Ça remonte du banquier jusqu'à la famille Rothschild, qui est très éclaboussée dans cette histoire ».

Dans certains médias arabes, montre l'écrivain Kamel Daoud, l’affaire Epstein sert moins à juger des faits qu’à condamner une civilisation : « Dans plusieurs journaux islamistes algériens comme dans la presse panarabe éditée à Londres, on lit que le scandale révèle d’abord une turpitude morale de l’Occident, la preuve d’un complot juif mondial et le signe de l’effondrement de la suprématie occidentale face à l’alternative d’une "solution musulmane" pour les uns, ou à la vertu supposée du régime russe poutinien pour les autres » (source : Le Point, 11/02/2026).

JUSTICE. Le 5 février 2026, le tribunal correctionnel de Paris a rendu son verdict : l'ex-ambassadrice des JO de Paris 2024, Émilie Gomis, écope de 4 mois de prison avec sursis et 5 000 euros d'amende pour apologie du terrorisme en ligne. La justice a sanctionné une publication Instagram de nature à justifier les massacres du 7 octobre 2023. Les juges ont estimé que le message, publié au surlendemain de l'attaque perpétrée par le Hamas, dépassait la simple opinion politique pour constituer une apologie du terrorisme (source : Nizard isabelle/X, 08/02/2026). D'autres propos de l'ancienne basketteuse témoignent de sa dérive antisémite. Émilie Gomis avait loué, sur ses réseaux sociaux, les conditions de détention des otages israéliens par le Hamas. « La dignité avec laquelle les otages ont été traités par le Hamas montre que l’humanité peut subsister même dans les moments les plus sombres, reflétant ainsi les valeurs de l’islam », avait-elle écrit tout en ajoutant : « une réalité que personne ne peut nier ». Selon elle, c'est également « l'axe Américano-Sioniste » qui est derrière le terrorisme islamiste « pour nuire aux musulmans dans le monde ». Une déclaration dont la source provenait du complotiste américain d'extrême droite Richard Black. Sur son compte X, Émilie Gomis avait aussi sondé en mars 2025 ses followers avec la proposition suivante : « Les soutiens et complices des génocidaires sionistes, n'ont pour seule patrie que leur porte monnaie (sic) » (sources : Conspiracy Watch/X, 12/03/2025 ; Le Point/YouTube, 12/06/2024).

CITOYENS SOUVERAINS. Une enquête de L’Est Républicain met en lumière la mouvance des « Citoyens souverains », particulièrement active en Alsace. Le directeur de Conspiracy Watch revient sur cette « nébuleuse qui peut prendre des formes très diverses. C’est presque une franchise. Encore une fois, la plateforme commune, c’est la contestation antisystème. C’est l’idée qu’on est hors du "Système" et qu’on ne doit absolument rien se faire imposer, pas même le paiement des impôts. [...] En 40 ans, cette mouvance, si elle reste un phénomène marginal dans la complosphère, a plutôt tendance à grossir. On parle de quelques milliers de personnes, pas plus » (source : L’Est Républicain, 08/02/2026).

MEHA. Mis sur pied par la militante antivax autrichienne Maria Hubmer-Mogg, le mouvement « Make Europe healthy again » (MEHA) s'inspire directement de la politique initiée outre-Atlantique par le ministre américain de la Santé Robert F. Kennedy Jr. Il a discrètement commencé d'infiltrer le débat européen pour miner les politiques vaccinales et scientifiques (source : L’Express, 03/02/2026).

RÉVISIONNISME. Une enquête de L’Express révèle comment des groupuscules d'ultradroite saturent le web de théories prétendant que l'histoire officielle de la Seconde Guerre mondiale est une « falsification des vainqueurs ». En présentant le régime nazi comme une victime d'un complot mondial orchestré par des « élites occultes », ces réseaux visent à lever les tabous moraux et à légitimer de nouveau la violence raciale et antisémite. Plusieurs influenceurs sont nommés parmi lesquels Tucker Carlson qui a notamment reçu dans son émission des personnalités telles que Nick Fuentes, David Collum ou encore Darryl Cooper, auteur de la newsletter historique la plus populaire du réseau social Substack. Selon une enquête portant sur 11 comptes haineux, réalisée par le Centre de lutte contre la haine numérique et publiée en novembre 2025, « Instagram promeut des comptes qui vendent des produits extrémistes, antisémites et racistes, ce qui génère 1,5 milliard de vues et un chiffre d'affaires global d'environ 1 million de dollars » (source : L’Express, 10/02/2026).

KURT COBAIN. Trente ans plus tard, la mort de Kurt Cobain continue de susciter spéculations et récits alternatifs. Auteur en 2017 de Kurt (éd. Plon), Laurent-David Samama décrypte la dernière théorie du complot en date sur le leader de Nirvana (source : Conspiracy Watch, 12/02/2026).

MID-TERMS. Une enquête de Libération révèle comment le mouvement MAGA transforme les élections de mi-mandat 2026 en une bataille idéologique fondée sur le soupçon, diffusant massivement avant le vote l'idée que le système électoral serait structurellement corrompu. Cette stratégie repose sur la formation de milliers d'agents électoraux acquis aux théories du « vol de l'élection » de 2020, qui seraient prêts à bloquer la certification des résultats en cas de défaite du Parti républicain. L'avocat Kurt Olsen, figure de proue du mouvement « Stop the Steal », nommé conseiller spécial pour enquêter sur les élections de 2020, préconise l'usage de pouvoirs d'urgence pour permettre au gouvernement fédéral de saisir, le cas échéant, les machines à voter (sources : David Colon/X, 10/02/2026 ; Politico, 09/02/2026 ; Libération, 14/02/2026).

EFFET BOOMERANG. Une vidéo virale a attribué à la Secrétaire d’État à la Sécurité intérieure des États-Unis, Kristi Noem, l'affirmation selon laquelle la Bible aurait été écrite en anglais par Jésus. Une citation inventée. La figure de Noem, critiquée pour sa gestion de la politique migratoire, focalise aujourd'hui une partie de la défiance de la population à l’égard de l’administration Trump. Paradoxalement, ces fake news représentent une aubaine pour les partisans du président américain : elles leur permettent de disqualifier toute critique en la rangeant dans la catégorie des « mensonges des médias mainstream » (source : RTBF, 13/02/2026).

BULGARIE. La découverte de 6 corps d’hommes tués par balle début février dans une forêt en Bulgarie a généré une vague de spéculations à caractère conspirationniste. Selon les enquêteurs, l’hypothèse privilégiée est celle de meurtres et de suicides. Qu’importe. Comme le rapporte 20 Minutes Suisse, sur les réseaux sociaux, des milliers d’internautes ont relayé des publications infondées évoquant un complot impliquant un cartel sud-américain, les services russes, des trafiquants d’êtres humains ou encore une organisation paramilitaire (source : 20 Minutes Suisse, 13/02/2026).

ORBÁN. Le dernier discours de campagne de Viktor Orbán expose la stratégie du Premier ministre hongrois. Celui-ci a transformé sa communication officielle en une machine à récits conspirationnistes affirmant que les institutions européennes et des « élites mondialisées » complotent activement pour détruire la souveraineté des nations. Du « Grand Remplacement » à la menace d'une « guerre mondiale », il aligne son langage sur celui de Vladimir Poutine et de Donald Trump (source : Le Grand Continent, 11 février 2026).

AFFAIRE TRAORÉ. La confirmation du non-lieu le 11 février dans l'affaire Adama Traoré au bénéfice des gendarmes qui avaient interpellé le jeune homme il y a dix ans dans le Val-d'Oise souligne la dérive d’une stratégie de défense qui, faute de preuves matérielles, a systématiquement dénoncé une collusion des juges et des forces de l'ordre. Laurent Joffrin analyse comment le comité de soutien d'Adama Traoré a systématiquement présenté les décisions de justice et les expertises médicales comme les pièces d'une machination étatique visant à protéger les gendarmes. Ce recours au complotisme judiciaire a contribué à creuser le fossé entre une partie de l'opinion et l'institution judiciaire. L'avocat de la famille Traoré va saisir la Cour européenne des droits de l'homme (source : LeJournal.info, 12/02/2026).

AFFAIRE AL-DURAH. En 2000, lors de violents affrontements à Gaza entre soldats israéliens et forces de sécurité palestiniennes, un enfant de 12 ans, Mohammed al-Durah, a été touché par des tirs. La vidéo de la scène, filmée par un cameraman de France 2, avait été diffusée le soir même au journal télévisé, déclenchant une vague d'indignation. Les images de la mort du jeune Palestinien ont fait l'objet d'une intense exploitation propagandiste mais ont aussi suscité l'émergence d'un argumentaire conspirationniste visant à exonérer l'armée israélienne jusqu'à remettre en cause le décès même de l'enfant. 25 ans plus tard, et alors que le mensuel Causeur consacre sa dernière couverture à l'affaire, Perla Msika fait le point (source : Conspiracy Watch/TikTok, 13/02/2026).

@conspiracywatch

🧐 25 ans d'intox sur la mort de Mohammed al-Durah

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