
« Stop the Steal » (en français : « Arrêtez le vol ») est le nom d'une campagne de désinformation et d'un mouvement de contestation politique visant à délégitimer les résultats de l'élection présidentielle américaine de 2020.
Ce slogan complotiste postule, sans aucune preuve matérielle, que la victoire de Joe Biden est le fruit d'une vaste fraude électorale organisée par le Parti démocrate, avec la complicité de puissances étrangères, de « l'État profond » et même du FBI, pour voler la victoire à Donald Trump.
Si le slogan est devenu mondialement célèbre en 2020, il s'agit en réalité d'une stratégie de communication politique mise au point bien avant. L'expression est en effet créée dès 2016 par Roger Stone, un proche conseiller de Donald Trump. Stone dépose la marque et lance un site web « Stop the Steal ». L'objectif est préventif : préparer la base militante à contester le résultat en cas de défaite de Trump. La victoire de ce dernier contre Hillary Clinton rendra le dispositif inutile à ce moment-là.
En 2018, le slogan est réactivé lors des élections de mi-mandat en Floride pour contester le comptage des voix dans des comtés clés.
En 2020, le militant d'extrême droite Ali Alexander, associé à Roger Stone, relance le mouvement dès le début du dépouillement, organisant des dizaines de rassemblements qui culmineront avec les émeutes du 6 janvier 2021 et l'assaut du Capitole.
La force de la campagne « Stop the Steal » repose sur une stratégie de persuasion préventive orchestrée par Donald Trump lui-même.
Des mois avant le scrutin, le président sortant a attaqué la légitimité du vote par correspondance (massivement utilisé par les démocrates en raison de la pandémie de Covid-19), affirmant qu'il serait source de fraudes. Les analystes quant à eux avaient prédit le phénomène du « Mirage Rouge » (le rouge étant la couleur du Parti républicain) : le soir de l'élection, les bulletins déposés physiquement dans les urnes (majoritairement républicains) sont comptés en premier, donnant l'illusion d'une victoire de Trump. Dans les jours suivants, le dépouillement des votes par correspondance (majoritairement démocrates) inverse la tendance, ce qu'on appelle le « Blue Shift ».
Le mouvement « Stop the Steal » a consisté à présenter ce rattrapage statistique, pourtant prévu, comme la preuve flagrante d'un vol de l'élection.
Aux États-Unis, le narratif porté par ce slogan est qualifié par les historiens et les politologues de « Big Lie » (Le Grand Mensonge), en référence aux techniques de propagande totalitaire.
Bien que plus de 60 recours en justice aient été rejetés par les tribunaux (y compris par des juges nommés par Trump) et que la chaîne Fox News ait dû payer près de 800 millions de dollars à l'entreprise Dominion pour avoir diffusé ces mensonges, le mythe perdure. « Stop the Steal » a durablement érodé la confiance dans le système démocratique américain : en 2023, les sondages indiquaient qu'environ deux tiers des électeurs républicains croyaient toujours que l'élection de 2020 était illégitime.
(Dernière mise à jour le 31/01/2026)
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