D'Etienne Chouard à Bellaciao, la gauche antilibérale se lâche
Le conspirationnisme était-il une composante du nonisme ? En ce début septembre, dans sa maison perdue sur les collines de Trets, dans les Bouches-du-Rhône, Etienne Chouard s’est plongé, en ce mois de septembre, dans «1984» d’Orwell. « Vous connaissez ? Exceptionnel ! » Corné, souligné, l’état du livre témoigne d’un enthousiasme intact depuis 2005. Cette année-là, le jovial prof d’informatique de BTS s’était lancé dans une lecture méticuleuse – voire obsessionnelle – du traité sur la Constitution européenne. Relayé par Rezo.net et Attac, le site de ce champion du non était devenu, en deux mois, l’un des plus fréquentés de France. Depuis, Chouard participe régulièrement, à Sciences-Po ou ailleurs, à de très chics colloques. Mais voilà que, sur son blog, il mène un autre combat : celui de « la vérité sur le 11- Septembre ».

« Je ne sais pas si les Etats-Unis ont simplement laissé faire les attentats ou s’ils les ont déclenchés, dit ce soutien de José Bové à la présidentielle. Ce que je sais, c’est que les plus gros mensonges passent comme une lettre à la poste. Pour les dirigeants américains, 3 000 personnes, ça compte pour rien : les gens ne sont que de la merde sous leurs chaussures. Ce que dit Thierry Meyssan, un homme intelligent et très cultivé, devrait être débattu et analysé par les journalistes, au lieu de se trouver balayé par un canon à merde, dont Bigard est aussi la victime… »

Pour les tenants des « thèses alternatives » sur le 11-Septembre, la Toile est à nouveau le lieu où la vérité s’écrit quand les « grands médias », eux, se taisent ou mentent. « Bigard… Plus fort que Cotillard… Plus curieux que les journalistes ! ! » : c’est ainsi que – le premier – Bellaciao, site participatif de la gauche antilibérale, a salué les propos de l’humoriste, le 6 septembre. « Notre combat pour la vérité date de 2001, dit son administrateur Roberto Ferrario, soutien de Marie-George Buffet en 2007. Nous avons compris qu’on nous cachait des choses dès que la troisième tour est tombée. » Large écho, aussi, sur Agoravox, fleuron du « journalisme participatif » français. « Je n’ai aucune idée de la manière dont s’est déroulé le 11-Septembre, justifie Carlo Revelli, docteur en sciences de l’information à Paris-X et cofondateur en 2005 d’Agoravox avec Joël de Rosnay, mais je suis moyennement convaincu que ça se soit passé comme on nous l’a raconté. » Liens, pétition en ligne, vidéos en partage… Ce buzz volontiers paranoïaque cherche désormais « un outing hors du Net, sur la place publique, pour donner plus d’honorabilité », explique un distributeur de « Zéro. Enquête sur le 11- Septembre », le film de Giulietto Chiesa, qui circule dans quelques cinémas indépendants. « En un an et demi, notre blog s’est fait site, et le site s’est fait association », se félicite « Kija », de ReOpen. Tiens ! Sur la page d’accueil du site, une citation d’Orwell : « Dans les temps de tromperie universelle, dire la vérité devient un acte révolutionnaire. »

Source : Le Nouvel Observateur, n° 2289, semaine du 18 septembre 2008.