Selon une enquête Ifop pour la Fondation Reboot*, un tiers des Français déclarent « croire » aux théories du complot. Ils sont surreprésentés chez les sympathisants de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon.

Source : Ifop/Fondation Reboot, mars 2022.

A l’heure où la guerre de l’information fait rage entre l’Union Européenne et la Russie, combien de Français ont adopté les éléments de langage du Kremlin sur les origines de la guerre en Ukraine ? Observe-t-on une porosité entre les Français en phase avec le récit poutinien sur l’Ukraine et les « covido-sceptiques » sensibles aux discours complotistes sur les vaccins contre le Covid-19 ? Les électeurs les plus imprégnés de ces narratifs complotistes et autres discours irrationnels (ex : spiritisme) sont-ils particulièrement sensibles aux sirènes des candidats populistes ?

A l’occasion de la « Semaine de la presse et des médias dans l’École » qui vise notamment à former au jugement critique, la Fondation Reboot publie une enquête de l’Ifop sur l’impact que la propagande russe et les diverses thèses complotistes (ex : vaccins, 5G..) peuvent avoir dans l’opinion publique à un mois de l’élection présidentielle. Réalisée auprès d’un échantillon de 2 007 Français, cette enquête montre qu’en dépit des alertes des médias ou des autorités, les Français sont loin d’être imperméables à la désinformation ou aux discours complotistes. Engagement politique, âge, mode d’information… Les variables qui jouent en la matière sont nombreuses et interrogent sur la capacité des Français à faire preuve d’esprit critique.

LES CHIFFRES CLÉS
Des Français loin d’être imperméables au récit poutinien sur les origines de la guerre en Ukraine

1. Plus d’un Français sur deux (52%) croient a au moins une des thèses russes sur les origines de la guerre en Ukraine comme, par exemple, l’affirmation selon laquelle son gouvernement serait une « junte infiltrée par des mouvements néonazis » (10%), l’idée selon laquelle l’intervention militaire russe y serait « justifiée » au nom de la sécurité de la Russie (22%) ou encore la thèse selon laquelle son action y serait soutenue par des russophones victimes de « discriminations et d’agressions de la part des autorités ukrainiennes » (23%).
2. La récente décision d’interdire en France des médias russes comme Sputnik ou RT au nom du fait qu’ils servaient aux actions de propagande russe est loin de susciter l’unanimité : plus d’un Français sur trois (34%) la désapprouvent, les plus ardents opposants à cette interdiction étant surreprésentés dans les rangs des électeurs des candidats – comme ceux d’Eric Zemmour (53%) et de Jean-Luc Mélenchon (47%) – qui ont longtemps relativisé la responsabilité russe dans cette crise tout en rejetant la faute de ces tensions sur l’OTAN.

La guerre de l’information menée par le Kremlin bénéficie d’un contexte de brouillard informationnel « post-covid » des plus propices à l’essor des théories complotistes

3. De manière générale, plus d’un Français sur trois (35%) admet aujourd’hui « croire aux théories du complot ». Ce chiffre d’ensemble masque toutefois de fortes différences en fonction du niveau socio-culturel, des affinités politiques ou des modes d’information des individus. Ainsi, les « complotistes » sont majoritaires chez les électeurs de Marine Le Pen (51%) et les Français s’informant principalement via les réseaux sociaux (53%) ou les sites de vidéos en ligne (57%) tout en étant particulièrement nombreux chez les ouvriers (49%) et les non diplômés (47%).
4. Ce nombre élevé tient au succès rencontré ces derniers mois par les thèses « anti-vax » si l’on en juge par la proportion de Français (33%) qui croient à une des théories actuellement en vogue contre les vaccins comme, par exemple, l’affirmation selon laquelle ces vaccins ont causé des dizaines de milliers de morts (19%), des maladies dégénératives (19%) ou des formes d’infertilité (16%). Un Français sur dix croit aussi que ces vaccins « empêchent les vaccinés de faire un don de leur sang » (12%) ou « contiennent des nanopuces électroniques » permettant de les pister grâce à la 5G (9%).

Dans un contexte favorable à la montée des croyances irrationnelles, une part de l’opinion bascule d’un complotisme sanitaire à la défense de la ligne Poutine sur la crise ukrainienne

5. Symptomatique du basculement d’un complotisme sanitaire vers la propagande du Kremlin observé chez certains influenceurs (ex : Booba), un quart des Français (25%) croit à la fois à au moins une des théories antivaccins et à au moins un des arguments justifiant l’invasion russe en Ukraine. Cette porosité entre les deux univers transparait aussi dans un autre chiffre : 71% des « anti-vax » croient au récit poutinien sur l’Ukraine alors que l’adhésion à la propagande russe est beaucoup plus faible (43%) chez les Français ne croyant à aucune de ces théories contre les vaccins.
6. Enfin, l’enquête confirme un fait déjà observé dans de précédentes enquêtes (ex : Ifop/Conspiracy Watch), à savoir que les croyances irrationnelles comme le spiritisme et le paranormal font le lit des idées complotisme. Alors qu’une majorité de Français (59%) croient aujourd’hui à au moins une forme de superstition – dont 27% à la sorcellerie, 29% à la voyance ou 33% au mauvais œil –, le nombre de complotistes s’avère en effet trois fois plus élevé parmi les adeptes de ces croyances irrationnelles (49%) que chez les Français ne croyant à aucune formes de spiritisme/paranormal (13%).

 

Lire les principaux enseignements de l’enquête sur le site de la Fondation Reboot.

 

* Étude Ifop pour la Fondation Reboot réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 4 au 8 mars 2022 auprès de 2 007 personnes représentatif de la population âgées de 18 ans et plus résidant en France métropolitaine.