Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

Conspiracy Watch : Les faits
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Conspiracy Watch : Les faits
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Russia Today

Publié le 25 juin 2026 par 
La Rédaction
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Crédit : Romain Longieras/Hans Lucas via AFP.

Russia Today ou RT (rt.com) est un réseau international de chaînes d'information et de plateformes numériques lancé en 2005 par le gouvernement russe.

Dirigé depuis sa création par Margarita Simonian, il diffuse des contenus en anglais, français, espagnol, allemand, arabe et russe et se présente comme une alternative aux médias occidentaux. Sa déclinaison française, RT France, a vu le jour sous la forme d'un site en 2015, puis d'une chaîne de télévision en décembre 2017.

De nombreux gouvernements, régulateurs, chercheurs et organisations spécialisées dans la lutte contre la désinformation considèrent RT comme un instrument d'influence du Kremlin. Le réseau a été mis en cause pour la diffusion de contenus de propagande, de désinformation et de récits conspirationnistes, notamment sur la Syrie, l'Ukraine et les affaires impliquant des opposants au régime russe. Après l'invasion de l'Ukraine, RT et Sputnik ont été interdits de diffusion dans l'Union européenne en mars 2022.

Le projet est lancé au milieu des années 2000 pour renforcer la présence médiatique internationale de la Russie et améliorer l'image du pays à l'étranger. À sa création, RT est rattachée à l'agence publique RIA Novosti par l'intermédiaire de l'organisation TV-Novosti, une « organisation non-commerciale autonome » détenue par l'État russe, qui perçoit les subventions publiques destinées au réseau. En décembre 2013, RIA Novosti est dissoute et remplacée par le groupe Rossia Segodnia, dont Margarita Simonian assure également la direction de la rédaction. Les fonds publics sont acheminés par l'agence fédérale Rospetchat. Le réseau s'appuie en outre sur l'agence vidéo Ruptly, basée à Berlin.

Margarita Simonian est nommée rédactrice en chef de Russia Today en 2005, à l'âge de 25 ans. Ancienne correspondante de guerre passée par le « pool du Kremlin » (le groupe de journalistes accrédités pour suivre les déplacements présidentiels), elle est réputée proche de la présidence russe avec laquelle, selon le chercheur Maxime Audinet (IRSEM), auteur d'une enquête de référence sur la chaîne, elle dispose d'une ligne directe. Elle a reçu plusieurs décorations officielles (ordre de l'Amitié d'Ossétie du Sud en 2008, ordre du Mérite pour la Patrie remis par Poutine en 2014, ordre d'Alexandre Nevski en 2019) et a soutenu publiquement le Kremlin, notamment en s'enregistrant comme représentante des campagnes présidentielles de Vladimir Poutine en 2018 puis en 2024.

RT est l'un des principaux bénéficiaires des financements publics russes destinés à l'audiovisuel extérieur. Ses comptes détaillés ne sont pas publiés de façon transparente, mais les budgets réunis par Maxime Audinet traduisent une dotation de plusieurs centaines de millions d'euros : environ 25 millions d'euros à son lancement en 2005, et près de 334 millions d'euros en 2020, ce qui en fait le média d'État russe le plus subventionné après le groupe audiovisuel intérieur VGTRK.

Dans ses premières années, RT met surtout en avant une image valorisante de la Russie (culture, économie, héritage soviétique, rôle international de Moscou). À partir de la fin des années 2000, son positionnement se déplace vers une critique systématique des politiques et des médias occidentaux. En 2009, le réseau abandonne l'appellation complète Russia Today au profit du seul sigle RT, jugé moins explicitement lié à la Russie, afin d'accompagner son internationalisation.

Il adopte à la même période le slogan « Question More », que sa rédaction décline en français par « Osez questionner ». Le réseau se présente alors non comme un média officiel russe, mais comme une voix « alternative » donnant la parole à des points de vue jugés absents des médias dominants. Ses responsables revendiquent ce parti pris : Audinet relève que Simonian justifie le positionnement de la chaîne en affirmant qu'« il n'y a pas d'objectivité » et qu'elle ne cherche pas à « faire semblant d'être objective ». Ce positionnement n'implique pas que tous les intervenants de RT soient alignés sur le Kremlin. Il traduit plutôt la capacité du réseau à rassembler des discours hétérogènes autour d'une même défiance envers l'Occident.

RT a aussi confié des talk-shows à des personnalités connues pour élargir son audience, parmi lesquelles le fondateur de WikiLeaks Julian Assange, l'ancien présentateur de CNN Larry King, l'économiste Max Keiser ou l'animateur français Frédéric Taddéï.

Propagande, désinformation et récits conspirationnistes

RT a régulièrement été accusée de manipuler l'information et de relayer des récits conspirationnistes. Le rapport conjoint du CAPS et de l'IRSEM (2018) souligne que ce qui lui est reproché, ainsi qu'à Sputnik, n'est pas de faire de la diplomatie publique mais de manipuler l'information. En 2020, un article du Bulletin of the Atomic Scientists décrivait RT comme « une arme de propagande tactique du gouvernement russe ». Dès 2013, Simonian revendiquait elle-même que RT menait une « guerre de l'information ». Selon l'agence russe Interfax (2015), le ministre de la Défense Sergueï Choïgou avait pour sa part comparé la chaîne à « une composante des forces armées ».

RT a notamment ouvert son antenne à des partisans des théories du complot sur les attentats du 11-Septembre — un débat diffusé en mars 2010 s'intitulait ainsi « 9/11 : Whodunit ? » [Qui a fait le coup ?]. Maxime Audinet s'appuie sur les travaux du chercheur Ilya Yablokov, spécialiste du conspirationnisme russe (université de Leeds), pour montrer que le réseau puise dans deux répertoires : d'un côté des thèmes propres à la « culture conspirationniste » américaine (CIA, groupe Bilderberg, Illuminati), de l'autre des récits sur le rôle subversif prêté aux ONG et au gouvernement des États-Unis dans l'espace post-soviétique. L'objectif, selon Yablokov, n'est pas tant de faire croire ces théories que de « repousser à chaque fois un peu plus loin la frontière entre le vrai et le faux ».

RT fait véritablement figure de hâvre pour la complosphère internationale. Le réseau a par ailleurs largement relayé, de la Syrie à l'Ukraine, des récits niant ou relativisant les attaques chimiques du régime syrien puis les exactions russes en Ukraine. Le traitement de l'empoisonnement de l'opposant Alexeï Navalny en 2020 a suivi la même logique de saturation par des versions contradictoires. Dès 2005, RT figurait du reste parmi les médias partenaires de la conférence « anti-impérialiste » Axis for Peace organisée à Bruxelles par le théoricien du complot Thierry Meyssan.

RT s'est développée sous la forme d'un réseau multilingue : RT Arabic (2007), RT en Español (2009), RT America (2010), RT UK (2014), RT Deutsch puis RT DE (à partir de 2014) et RT France (chaîne lancée en 2017). Aux États-Unis, la société T&R Productions, qui produisait les contenus de RT America, a dû s'enregistrer en novembre 2017 au titre du Foreign Agents Registration Act, la loi fédérale qui oblige toute entité agissant pour le compte d'un mandant étranger à se déclarer auprès du département de la Justice et à signaler ses activités.

Le 27 février 2022, trois jours après l'agression militaire de l'Ukraine par la Russie, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen annonce l'interdiction de RT et Sputnik.

Aux États-Unis, le 4 septembre 2024, le département du Trésor sanctionne RT, Margarita Simonian et plusieurs cadres pour ingérence dans l'élection présidentielle de 2024, le département d'État désignant peu après l'entité-mère TV-Novosti. Dans la foulée, Meta (Facebook, Instagram, WhatsApp) a banni RT et d'autres médias d'État russes de l'ensemble de ses plateformes.

 

(Dernière mise à jour le 25/06/2026)

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