Conspiracy Watch : les faits contre le complotisme

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Conspiracy Watch : Les faits
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Nathalie Yamb

Publié le 14 septembre 2026 par 
La Rédaction
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Nathalie Yamb (capture d'écran YouTube, 06/08/2025).

Nathalie Yamb (née en Suisse en 1969) est une militante panafricaniste, influenceuse et vidéaste qui s'est distinguée par ses prises de position complotistes anti-françaises et pro-Kremlin.

Cette binationale suisso-camerounaise, formée en sciences politiques et journalisme en Allemagne, est très suivie en Afrique francophone. Elle réunit plus d'un million d'abonnés sur Facebook, près de 600 000 sur YouTube, 531 000 sur X, plus de 335 000 sur TikTok et 115 000 sur Instagram. Aux côtés notamment de Kemi Seba, elle appartient à un réseau d'influenceurs qui dénoncent avec virulence l'influence occidentale en Afrique, celle de la France en particulier, qu'ils jugent néocoloniale. Comme eux, elle présente la Russie comme le nouveau partenaire privilégié des nations africaines. Yamb s'est fait connaître par son intervention au premier sommet Russie-Afrique de Sotchi, le 24 octobre 2019, où elle prononce un discours devenu viral. Elle en a tiré le surnom de « Dame de Sotchi », dont elle s'enorgueillit.

Longtemps installée en Côte d'Ivoire, elle en est expulsée en 2019 pour ses critiques répétées du pouvoir ivoirien, jugé trop proche de ce qu'elle nomme la « Françafrique ». Dès janvier 2022, la France l'interdit de territoire au motif qu'elle « encourageait le recours à la violence à l'encontre des symboles de la présence française en Afrique ». En novembre 2022, le département d'État américain la désigne nommément, avec Kemi Seba, comme l'un des maillons essentiels du réseau de désinformation d'Evgueni Prigojine en Afrique. Elle avait notamment participé à plusieurs conférences d'AFRIC (Association for Free Research and International Cooperation), structure identifiée comme façade des opérations d'influence du Kremlin. Interrogée par la RTS sur ses liens avec le Kremlin en mars 2023, elle nie tout financement mais se dit prête à prendre « l'argent d'où qu'il vient ». Elle a également été mise en cause dans plusieurs affaires, notamment pour sa participation à un programme d'investissement accusé de fraude dans différents pays d'Afrique.

Le 26 juin 2025, le Conseil de l'Union européenne l'inscrit sur la liste des personnes sanctionnées au titre des « activités déstabilisatrices » de la Russie. La mesure lui interdit l'entrée et le transit dans l'Union et gèle ses avoirs. L'exposé des motifs retient qu'elle « soutient ouvertement la Russie » depuis Sotchi, « adoptant le langage de Moscou et prenant notamment pour cible la France et l'Occident, dans le but de les évincer du continent africain ». Il relève aussi ses liens avec AFRIC, structure liée au groupe Wagner, et lui impute une « manipulation de l'information » compromettant « la démocratie, l'État de droit et la sécurité de l'Union ».

Nathalie Yamb conteste ces mesures devant le Tribunal de l'Union européenne. Elle réclame en outre, selon la presse camerounaise, 500 000 euros de dommages et intérêts. Le 8 janvier 2026, le président du Tribunal rejette comme irrecevable sa demande de suspension des sanctions. La Cour de justice confirme ce rejet le 9 juillet 2026. L'audience de plaidoiries est prévue à Luxembourg le 15 septembre 2026, en son absence : les autorités luxembourgeoises ont refusé la dérogation à son interdiction d'entrée que sollicitait son avocat, Juan Branco. « 20 minutes, pas une de plus. Devant un tribunal acquis à la cause de l'UE, qui ne me laisse pas assister à mon procès », commente-t-elle sur X.

Depuis des années, Nathalie Yamb, comme les autres influenceurs de la mouvance dite « panafricaniste », accuse la France et l'Occident de soutenir en secret, d'armer, de financer et d'encadrer les djihadistes qui sèment la terreur au Sahel. Les dirigeants de l'Alliance des États du Sahel (AES), formée en septembre 2023 par les juntes au pouvoir au Mali, au Niger et au Burkina Faso, tiennent le même discours. Décorée au printemps 2025 par le capitaine Ibrahim Traoré, président du Burkina, Nathalie Yamb obtient un passeport diplomatique nigérien et se voit nommée conseillère spéciale du général Abdourahamane Tiani, chef de la junte au pouvoir au Niger. En janvier 2026, après l'attaque de l'aéroport de Niamey revendiquée par l'État islamique, le général Tiani accuse sans preuves la France, le Bénin et la Côte d'Ivoire d'en être les « sponsors ». Nathalie Yamb lui emboîte le pas en évoquant des « mercenaires à la solde de l'impérialisme ».

Dès 2014, Nathalie Yamb dénonce « les putschistes de Maïdan soutenus par l'Europe » comme responsables de la déstabilisation de l'Ukraine. En mars 2024, se réjouissant du départ à la retraite de Victoria Nuland, ancienne sous-secrétaire d'État américaine aux Affaires politiques, elle la désigne comme « l'artisane du coup d'État du Maïdan ». Elle reprend là un récit conspirationniste bien connu, lié à la thématique des « révolutions de couleur », selon lequel l'Occident aurait fomenté le soulèvement de 2014 pour renverser le président pro-russe Ianoukovitch et encercler la Russie.

Après l'invasion russe de l'Ukraine en 2022, qu'elle qualifie de « guerre OTAN-Russie », elle déclare que la « Russie a envahi l'Ukraine en réaction à l'expansion de l'OTAN à l'est » et décrit l'Ukraine comme « truffée de nazis », épousant à la lettre la propagande d'enfumage du Kremlin. Elle estime en janvier 2025 que les « vrais nazis sont à Kiev et Tel-Aviv ». Yamb présente le président ukrainien Volodymyr Zelensky comme une « marionnette de l'OTAN/USA », jugeant que « l'Ukraine est le terrain de jeu qu'ils ont décidé de sacrifier ». Elle tweete encore en 2025 « Deep state stands with Ukraine ». La même année, elle affirme que « l'Ukraine soutient et collabore avec les terroristes au Sahel » et partage sur Twitter une prétendue liste de « mercenaires africains engagés par l'Ukraine ». Sur ses réseaux, celle qui pose tout sourire devant le Kremlin cite et relaie régulièrement les discours de Vladimir Poutine.

Début février 2024, à la suite de l'attaque au couteau perpétrée gare de Lyon par un ressortissant malien, Nathalie Yamb et Kemi Seba crient au complot. La « Dame de Sotchi » tweete : « L'incident qui est arrivé à la Gare de Lyon, le contexte dans lequel il intervient au moment où la France est massivement rejetée partout en Afrique, l'enchaînement des réactions qui s'en sont suivies interpellent fortement sur l'implication des services français ».

Elle accuse aussi George Soros et son fils Alexander d'être parmi « les personnes les plus nuisibles de la planète ». Comme un épouvantail, Soros est devenu la cible favorite des théoriciens du complot à travers le monde, qui le présentent comme le financier occulte d'un gouvernement mondial, jouant sur les fantasmes autour des « mondialistes » et du « Nouvel ordre mondial », allégrement dénoncé par Yamb. En 2023, elle déclare qu'Emmanuel Macron est un « dirigé, un laquais des USA, d'Israël, des Big Pharma, de Soros, de Bill Gates » et, en mai 2025, elle ironise sur la « cocaïne livrée à Macron », surfant sur la vague d'excitation dans la complosphère autour d'un mouchoir filmé lors d'une réunion officielle (une rumeur décryptée ici).

En mai 2020, elle prend la défense de Didier Raoult en dénonçant « les laboratoires Big Pharma qui contrôlent les animateurs de l'État ». Au sujet de l'hydroxychloroquine, elle déclare : « ça n'arrange pas les intérêts des Big Pharma et de leurs marionnettes politiques que ce médicament bon marché soit une solution efficace là où ils espèrent nous fourguer des trucs à 800$ l'injection ». En 2021, elle qualifie George Soros de « M. Manipulation » et Bill Gates de « M. Vaccin obsédé par la démographie africaine » et tweete : « 11 vaccinés sur 16 dans un état grave [...]. Respect aux big pharmas + Bill Gates. Vous avez réussi le coup du siècle ». Elle salue en revanche l'efficacité du vaccin russe Spoutnik V, vanté par Poutine. En 2022, elle décrit le Covid comme une « ex-pandémie qui n'a jamais vraiment frappé l'Afrique ». En 2024, à la suite du retrait du marché du vaccin AstraZeneca, elle déclare que la pandémie n'était qu'un « vaste exercice de psychose collective et de restrictions de liberté organisé par le club de malfaisants de Davos autour d'une grippe ».

Comme Kemi Seba, elle soutient le polémiste complotiste et antisémite Dieudonné : dès 2015, elle tweetait « cette sacralisation du juif en France est inacceptable et indéfendable. Vive Dieudonné ». Elle le qualifie en 2023 de « génie » et le cite encore en 2024.

 

(Dernière mise à jour le 14/09/2026)

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