Conspiracy Watch | l'Observatoire du conspirationnisme
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Jugé pour « provocation à la haine », le militant Elias d’Imzalène assure avoir « évolué »

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Publié par Perla Msika10 janvier 2026,

Condamné en décembre 2024, l'activiste anti-islamophobie, qui a été pendant plusieurs années un compagnon de route de la mouvance soralo-dieudonniste, comparaissait mercredi et jeudi devant la cour d'appel.

Elias d'Imzalène (à gauche, capture d'écran BFM ; au centre et à droite : photos CW).

Devant la cour d’appel, Elias d’Imzalène se défend de tout antisémitisme. Le 8 septembre 2024, lors d’une manifestation de soutien au peuple palestinien, ce membre fondateur du collectif Urgence Palestine appelait notamment à « mener l’intifada dans Paris ».

Un terme lourdement connoté qui, selon le Parquet et les associations qui le poursuivent (LICRA, OJE, BNVCA, OJF, ASF), incite à la violence contre les Juifs. Elias d’Imzalène, lui, s’en défend. En première instance, le fiché S a été condamné à cinq mois de prison avec sursis et 10 000 euros de dommages-intérêts pour « provocation à la haine ou à la violence ». Une décision qu'il juge « islamophobe » lors d'une interview accordée au site conspirationniste Alohanews l'année dernière.

Ces 7 et 8 janvier, à Paris, El Yess Zareli (son nom à l'état-civil), se présente pourtant souriant et détendu. Influenceur et militant « islamien », pour reprendre ses propres termes, il est connu de Conspiracy Watch pour son implication dans le site Islam & Info. Un site communautaire créé en 2011, qui a interviewé Dieudonné et propagé plusieurs contenus à caractères complotiste comme des articles sur "le mensonge d'État de l'affaire Mohamed Merah" ou sur "l'enseignement de l'homosexualité" dans les écoles. Il a aussi relayé des vidéos du polémiste d’extrême droite Alain Soral, et donné la parole à certaines figures de la «Dissidence ». Parmi elles, Salim Laïbi, Abdelaali Baghezza (dit « Albert Ali ») ou encore Jacob Cohen. Avec ce dernier, Elias d’Imzalène a organisé une conférence en mars 2013 au Théâtre de la Main d’Or, alors géré par Dieudonné. Thèmes abordés : « Lobby tout-puissant : vers une révolte des oubliés ? » ou encore « Sionisme, islam de France, identité française : un choix obligé ? ».

Affiche de la conférence réunissant Elias d'Imzalène, Franck Abed et Jacob Cohen (source : Égalité & Réconciliation).

Pas de quoi faire sursauter ses soutiens venus occuper les bancs de la cour. Beaucoup sont pourtant des visages connus de la gauche décoloniale : Anasse Kazib de l’organisation trotskyste Révolution Permanente, Omar Alsoumi d’Urgence Palestine, Olivia Zemor d’EuroPalestine, mais aussi plusieurs membres de l’Union juive française pour la paix (UJFP). « Je sais qu’il y a beaucoup de rumeurs sur lui. Et je ne suis pas au courant de tout ça », relativise Stéphane, de l'UJFP, qui considère Elias d’Imzalène comme un « camarade de lutte ».

Islam & Info a notamment pris position en 2013 « contre la cabale politico-médiatique » que subirait Dieudonné. « Son site a dénoncé Dieudonné quelques mois après la conférence, contrairement à des gens qui l’ont fréquenté beaucoup plus longtemps que lui », objecte la militante Nadia Méziane, du collectif Lignes de Crêtes, présente au procès. Les premiers sketchs antisémites de l’humoriste remontent pourtant au début des années 2000.

« Évidemment, j’ai évolué. Mon parcours le montre : j’ai appris à connaître la France dans sa complexité », fait valoir d’Imzalène à la barre. Il assure avoir fréquenté cette sphère complotiste au nom du « débat » et de la « confrontation » avant de désavouer publiquement Alain Soral et Dieudonné. « Je travaille aujourd’hui avec des gens de différentes organisations politiques, de différentes religions, qui luttent ensemble pour un front des épris de la justice », soutient le prévenu qui n'a de cesse, dit-il, de défendre toutes les communautés : « les Noirs, les Arabes et les Juifs… décoloniaux ».

Précision faite à plusieurs reprises : « Je remercie en particulier les femmes […]. Parmi elles, des musulmanes, des juives décoloniales, des Françaises, comme on dit aujourd’hui, “de souche” », se réjouit-il dans cette interview donnée après l’audience à « Nouvelle Aube », la version française du média islamiste turc Yeni Şafak.

Cautions juives

« Le fait qu’il utilise des cautions juives le rend suspect. Le fait de connaître des Juifs ou d’avoir discuté publiquement une fois ensemble n’a pas de lien avec le contenu de ses propos. C’est une déviation du sujet réel — les effets potentiels d’un appel à l’intifada dans Paris — vers une tentative de prouver une bonne moralité », commente Jonas Pardo, formateur à la lutte contre l’antisémitisme. C’est aussi ce que relèvent les associations. En audition, rappelle Me Karine Rosenblum qui intervient pour l’Organisation juive européenne (OJE), Elias d’Imzalène a mentionné la présence de membres de l’UJFP et de « son ami portant une kippa ».

Le nom de Jonas Pardo est d’ailleurs cité à plusieurs reprises par la défense. Ancienne connaissance militante d’Elias d’Imzalène, le formateur a participé à une conférence avec le prévenu sur les attentats racistes de l’extrême droite au printemps 2023. « C’était avant ses déclarations de soutien au Hamas. Je pensais à l’époque qu’il était intéressant d’entretenir un dialogue avec lui, car il était en mouvement et qu’il serait possible de résoudre des désaccords avec le temps. Après le 7 octobre [2023], j’ai mis fin à toute relation avec lui », déclare-t-il.

La cause palestinienne, Elias d’Imzalène en est un militant de longue date. Son site Islam & Info regorge d’articles sur le sujet jusqu’en 2021. Mis entre parenthèses, il jouit d’une nouvelle popularité, cette fois sur les réseaux sociaux, à la faveur de sa participation à Urgence Palestine fin 2023. Le collectif est créé au lendemain des attentats terroristes en Israël et le militant en devient le « conseiller politique ».

Le voilà fidèle de tous les rassemblements parisiens, dont celui du 8 septembre 2024 : « Est-ce qu’on est prêts à les virer eux aussi ? Est-ce qu’on est prêts à mener l’intifada dans Paris ? Dans nos banlieues ? Dans nos quartiers ? Pour leur montrer que la voie de la libération vient de nous ? Qu’elle démarre de Paris, qu’elle passera par Marseille ! […] Et bientôt Jérusalem sera libérée et nous pourrons prier à la mosquée d’al-Aqsa et Jérusalem deviendra la capitale de tous les révolutionnaires », clame-t-il, exalté, sur les vidéos diffusées pendant l’audience.

Devant la cour, le ton de l’influenceur est autrement plus modéré. « Je déplore la perte de toute vie humaine innocente » répète celui qui a pourtant qualifié le Hamas de « mouvement de résistance ». Le 7 octobre, il appelait ses abonnés à « reten[ir] cette date » qui entrera selon lui « dans les livres d’histoire ». Le massacre a fait plus de 1200 victimes.

Source : X, 07/10/2023.

En arabe, « intifada » signifie « soulèvement ». Le mot est employé pour parler de la révolte des Palestiniens contre l’armée israélienne en 1987 puis en 2000. Une révolte violente comme le rappelle le journaliste Omar Youssef Souleimane, témoin des parties civiles.

Mais pour Elias d’Imzalène (et « pour l’Occident », il insiste ), le mot ne renvoie qu’à un « soulèvement des consciences », un soulèvement pacifique. Pourquoi n’a-t-il pas simplement employé cette formule ?

Son avocat, Me Rafik Chekkat, y voit un procès pour délit d’opinion. « La liberté d’expression inclut des propos qui peuvent être polémiques et choquants. Si la question, dès qu’il y a un débat de ce type, est de savoir si c’est pertinent ou pas, ce n’est pas un débat juridique ». Les propos de son client ne désignant explicitement aucune population spécifique, cela suffirait selon lui à écarter tout procès pour provocation à la haine ou à la violence.

« Ma vie prouve, à elle seule, que je n’ai jamais été animé par une quelconque violence », insiste le prévenu, qui se décrit du reste comme « timide »... et amateur de desserts sucrés. Un homme qui prétend lutter « contre l’antisémitisme et le complotisme », tweets à l’appui. Un engagement plus déclaratif que visible. Comme le rappelle L'Express, Elias d’Imzalène avançait dès 2011, dans des messages aujourd’hui supprimés, qu’Alain Soral « a dit des choses intéressantes » et qualifiait Marine Le Pen de « judéophile islamophobe hystérique », « libertine » et « sioniste ». En 2015, un exemplaire de Mein Kampf sera retrouvé à son domicile. Pour mieux combattre la pensée d'Adolf Hitler ? Approché en marge du procès, Elias d’Imzalène n'a pas souhaité répondre à nos questions.

« Cet appel à l’intifada… Soit c’est un appel à la violence antisémite contre les "sionistes", avec toute la polysémie que ce mot peut recouvrir ; soit il renvoie à un soulèvement contre des entités interchangeables entre Paris et Tel Aviv. Ce qui pose déjà problème », analyse de son côté Jonas Pardo.

Elias d’Imzalène en a-t-il vraiment fini avec le complotisme ? Son « évolution » est-elle sincère ou stratégique ? Le dernier volet du procès, reporté au 16 septembre prochain, le dira peut-être. Au sortir de l'audience, une femme nous interpelle : « En tant que musulmans, on est sémites de naissance. Les sionistes, eux, sont des reconvertis », reprenant tacitement le mythe complotiste « des faux Juifs » khazars. Ses soutiens, eux en tout cas, ont encore du chemin à faire.

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à propos de l'auteur
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Perla Msika
Fondatrice de La Perle, web media d'actualité artistique et culturelle, Perla Msika est journaliste. Passée par RFI, parfois sur BFM, elle écrit dans Elle, dans Franc-Tireur et dans Conspiracy Watch. Elle est aussi chargée de « La mise au point ».
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