Dans sa vidéo la plus vue depuis la création de son compte YouTube il y a huit ans, l’eurodéputé d’extrême droite suggère qu’Agnès Buzyn et Yves Lévy sont les instigateurs d’une véritable conspiration contre la santé publique.

Présentation de la chronique de Gilbert Collard “J’ai deux mots à vous dire”, YouTube, 24 mars 2020 (capture d’écran).

Alors que le débat public semble se polariser entre partisans et détracteurs du professeur Didier Raoult quant à l’utilisation de l’hydroxychloroquine comme traitement contre le Covid-19, certains s’ingénient, sur les réseaux sociaux, à désigner les instigateurs présumés d’une vaste conspiration contre la santé publique.

Gilbert Collard leur emboîte le pas.

Dans une vidéo publiée mardi 24 mars et vue à ce jour plus de 400 000 fois (elle est devenue en deux jours la vidéo la plus populaire de sa chaîne YouTube, créée en 2012), l’eurodéputé « Identité et Démocratie » (le groupe parlementaire d’extrême droite du Parlement européen où émargent notamment la Ligue de Matteo Salvini et le Rassemblement national de Marine Le Pen) se demande « quel courroux anime le couple Buzyn-Lévy contre le Professeur Raoult ».

Reprenant à son compte des accusations circulant depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux et faisant d’Yves Lévy, ancien PDG de l’Inserm, et d’Agnès Buzyn les principaux acteurs d’un véritable complot qui aurait consisté à écarter sciemment un traitement efficace et peu coûteux contre le Covid-19, Collard commence par souligner qu’Yves Lévy « a participé activement à l’élaboration du laboratoire P4, à Wuhan, ville où le Covid-19 a surgi ».

Aucun rapport avec la chloroquine ici ; mais une manière pour l’eurodéputé d’insinuer que l’époux de l’ancienne ministre de la Santé ne serait pas tout à fait étranger à l’épidémie (en fait, Yves Lévy a participé en 2017, lorsqu’il était à la tête de l’Inserm, à l’inauguration du laboratoire P4 de Wuhan, produit d’une coopération scientifique franco-chinoise).

Puis, l’élu d’extrême droite rappelle que « le mari d’Agnès [sic] s’est fâché avec Didier Raoult en refusant le label de l’Inserm au centre de recherche mondialement réputé (IHU) qu’il dirigeait ». Et de poursuivre : « Pourquoi ? Cette directive visait directement ce service de pointe. Que cache ce comportement ? ».

Collard persiste dans ses sous-entendus en avançant qu’« en France, doux pays où l’ex-ministre de la Santé a reconnu avoir menti sur la réalité de la pandémie, la chloroquine a été inscrite, le 13 janvier 2020, en pleine expansion de l’épidémie dans les substances vénéneuses ; outre cette étrange coïncidence temporelle, comment peut-on caractériser de vénéneux un médicament qui a été utilisé en vente libre depuis 50 ans contre le paludisme, avec succès et qui ne coûte rien, 10 centimes le comprimé ? Pourquoi a-t-on retardé sa fabrication de masse ? »

N’hésitant pas à travestir, toute honte bue, les confessions d’Agnès Buzyn au Monde – l’ancienne ministre n’a par exemple jamais « reconnu avoir menti » sur la réalité de la pandémie, c’est là une très libre interprétation de ses propos – Gilbert Collard use ici d’une rhétorique conspirationniste bien connue consistant à souligner des coïncidences prétendument troublantes.

Ce qu’il omet toutefois soigneusement de préciser, c’est qu’il est établi que le classement de la chloroquine comme substance vénéneuse n’a aucun lien avec l’apparition du nouveau coronavirus : il découle en effet d’une demande des laboratoires Sanofi – qui commercialisent des médicaments à base de chloroquine et d’hydroxychloroquine – datant de 2018, soit plus d’un an avant l’apparition du Covid-19.

De la même manière, l’eurodéputé passe totalement sous silence les réserves scientifiques formulées à l’égard du protocole proposé par le Pr Didier Raoult – le même qui déclarait le 1er février dernier au Journal du Dimanche : « ce coronavirus n’est pas si méchant ». Logique : elles atténueraient considérablement la dramaturgie manichéenne qu’il cherche à installer.

Il est une chose pourtant que, pour les mêmes raisons, Collard n’omet pas de préciser. C’est le lien familial d’Agnès Buzyn et de Pierre-François Veil, son ex-mari et fils de Simone Veil. Comme le soulignait hier Pierre-André Taguieff dans nos colonnes, « dans la mise en accusation d’Agnès Buzyn, d’Yves Lévy et de Jérôme Salomon, dont la commune judéité est soulignée […], la dénonciation complotiste s’entrecroise avec une incrimination de complicité dans une opération criminelle, dans laquelle on peut voir une forme dérivée de l’accusation de meurtre rituel ».

En guise de conclusion, Collard conclut avec des questions destinées à flatter l’imaginaire conspirationniste de ceux à qui il s’adresse : « Qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Qu’est-ce que ça cache ? ».

 

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