L’actu de la semaine décryptée par Conspiracy Watch (semaine du 28/09/2020 au 04/10/2020).

5G. La rédaction numérique de France Inter propose une utile radiographie des détracteurs et des sceptiques de la 5G, en travaillant à dissocier les contenus complotistes, souvent farfelus, du discours raisonné de militants et d’associations. On peut notamment y lire l’analyse suivante de Tristan Mendès France : « Ceux qui ont un profil complotiste anti-5G sur les réseaux sociaux ne sont rarement porteurs que d’une théorie complotiste. Ils vont la cumuler avec d’autres. » Le chercheur pointe l’« horizontalité » des groupes Facebook qui permet à toute personne dans le groupe de « publier et profiter de l’audience du groupe dans son ensemble. Cela permet à des discours très marginaux de gagner assez rapidement une forte visibilité » (source : France Inter, 29 septembre 2020).

COUTANT-PEYRE. Au 20ème jour de l’audience du procès des attentats de janvier 2015, le 29 septembre 2020, Me Metzker, l’un des avocats des parties civiles, s’est ému des propos tenus la veille par Me Coutant-Peyre, avocate du principal accusé, Ali Riza Polat : elle avait déclaré que les participants à Yom Kippour, absents à la 18ème audience, devraient être testés au Covid, « affirmant que l’épidémie avait démarré l’an dernier avec un rassemblement religieux ». Un incident relaté dans un thread de Sophie Parmentier, journaliste à France Inter.

ÉTAT PROFOND. L’usage de l’expression « Deep State » (ou « État profond »), popularisé par Donald Trump et ses partisans, est longtemps resté cantonné du côté de l’archipel complexe et pas toujours très lisible du complotisme. Depuis un an, le champ lexical a bougé : en août 2019, Emmanuel Macron en personne a fait sienne l’expression sulfureuse. Est-ce le signe que l’État profond est une réalité bien de chez nous ou plutôt un épouvantail utile pour jouer un coup à plusieurs bandes ? Zoom sur une expression en passe de rentrer dans le langage courant (source : France Culture, 30 septembre 2020).

QANON. À écouter ou réécouter, les épisodes de la série de Brice Couturier sur France Culture consacrée à QAnon, cette mouvance complotiste d’extrême droite qui a émergé il y a trois ans aux États-Unis, et qui rencontre aujourd’hui une audience croissante dans certains pays Européens comme l’Allemagne ou la France. À voir également, l’interview de Tristan Mendès France sur le même sujet, dans la séquence « Les Idées claires » (source : France Culture, 30 septembre 2020).

COVID-19.  « Nous nous attendions à ce que cette épidémie stimule les réflexes conspirationnistes puisque c’est le cas à chaque fois. Mais nous n’avions pas prévu que cet imaginaire complotiste se banalise aussi rapidement. De ce point de vue, on a clairement franchi un cap en 2020. » C’est l’un des constats dressés par Rudy Reichstadt, directeur de Conspiracy Watch, dans une interview donnée à La Voix du Nord. Cette crise sanitaire a fait apparaitre deux mouvements contradictoires dans l’opinion : une véritable demande d’explications scientifiques et l’acceptation d’explications fantaisistes. Un paradoxe éclairé par Mathias Girel, maître de conférences en philosophie (source : France culture, 27 septembre 2020).

À Genève et en Suisse romande, les théories conspirationnistes autour de la crise sanitaire font converger un nombre conséquent de luttes et de mouvances, certaines radicales. Deux médias ont enquêté auprès des figures de proue romandes. Heidi.news a publié une passionnante série d’épisodes dans lesquels le journaliste Sami Zaïbi a utilisé la méthode de l’infiltration, partant à la rencontre de la complosphère locale. Leur lecture est à compléter par le visionnage de la vidéo mise en ligne par Léman Bleu TV (source : Heidi.news).

FAKE NEWS. Une équipe américaine de l’université de Cornell (État de New York) a analysé quelque 38 millions d’articles et les commentaires qu’ils ont suscités, montrant que le président des États-Unis avait indéniablement joué un rôle dans la propagation de fausses informations. Des pics ont été constatés lorsque Donald Trump a affirmé qu’il était possible de s’injecter du désinfectant dans le corps pour traiter la maladie ou lorsqu’il a promu l’usage de l’hydroxychloroquine. Bien d’autres infox ont été par la suite propagées, provoquant 36 millions d’interactions sur les réseaux sociaux, les trois quarts sur Facebook (source : Les Échos, 2 octobre 2020).

DONALD TRUMP. Le président américain a annoncé le 2 octobre, sur Twitter, avoir été, ainsi que son épouse Melania, testés positifs à la Covid-19. Les adeptes de QAnon y ont vu un signal codé de Trump, qui aurait feint d’avoir attrapé le virus, pour cacher l’arrestation de Hillary Clinton.

ALEX JONES. Le 2 octobre 2020, le patron de la très influente plateforme complotiste américaine InfoWars a laissé entendre successivement que Donald Trump avait été empoisonné par une substance que l’on essayait de faire passer pour de la Covid-19 et également qu’il n’était pas malade de la Covid-19 mais simplement victime d’un coup de fatigue du fait de son âge… (source : Media Matters for America [1] et [2], 2 octobre 2020).

DÉMOCRATIE. Conspiracy Watch a régulièrement souligné à quel point les théories du complot sapaient la démocratie. Un article de notre rédaction montre que pour des millions d’électeurs américains, cette production massive d’illusions s’apparente à un réveil de la population. Comme le confie Kelly Ferro, simple citoyenne et coiffeuse à Kenosha (Wisconsin), Trump « nous ouvre les yeux sur toutes ces choses obscures qui nous étaient cachées » (source : Conspiracy Watch, 1er octobre 2020).

FICTIONS. La menace d’une pandémie mondiale de la grippe, une bande d’ados téméraires et un mystérieux manuscrit décrivant la fabrication d’un virus censé « nettoyer » une Terre surpeuplée… La sortie d’Utopia, nouvelle série Amazon Prime – remake d’un drame britannique du même nom sorti en 2013 – « est si prémonitoire qu’on a l’impression que sa sortie aurait elle-même pu faire l’objet d’une théorie du complot », écrit le journaliste David Jesudason dans un article de la BBCUtopia, Mister Robot, House of Cards… Pourquoi sommes-nous autant attirés par les thrillers versant dans le complotisme ? (source : L’ADN, 30 septembre 2020).

ANXIÉTÉ. Des événements aux conséquences et/ou aux retentissements considérables, tels que la pandémie de Covid-19, les attentats du 11-Septembre, ceux contre Charlie Hebdo, ou des crises économiques majeures, produisent une impression de « fin du monde » ou, en tout cas, de rupture, laquelle peut engendrer un sentiment de perte de repères et de contrôle, de plongée soudaine dans un inconnu inquiétant, voire terrifiant. Le complotisme peut alors apparaître comme le viatique salutaire permettant de fuir l’angoisse d’un monde devenu fou… Le complotisme est-il autre chose qu’une manière de gérer notre anxiété ? Lionel Chanel tente de répondre à cette interrogation (source : Conspiracy Watch, 29 septembre 2020).

ATTENTAT PRÉFECTURE DE POLICE (2019). Un an après l’attentat à la Préfecture de Police de Paris qui avait fait quatre morts, les investigations montrent que le comportement sectaire de l’informaticien, Michaël Harpon, transparaissait dans de nombreux signaux. Une surveillance clandestine avait même été menée par deux policiers inquiets. Auprès d’une amie qui tenait des propos complotistes sur les attentats de janvier 2015, le futur meurtrier l’approuvait par SMS : « Bien vu ! […] Un jour ou l’autre, l’islam l’emportera Inch’Allah », tout en regrettant qu’une « religion de paix soit stigmatisée » (source : Le Parisien, 2 octobre 2020).