Des gros titres aux petites infos passées inaperçues : ce qu’il fallait retenir de l’actualité des derniers jours en matière de conspirationnisme et de négationnisme (semaine du 04/03/2019 au 10/03/2019).

AMAZON. Le géant de l’e-commerce a, malgré lui, permis qu’un livre reprenant la théorie du complot « QAnon » devienne un succès d’édition aux États-Unis. Sans auteur, QAnon: An Invitation to the Great Awakening (« QAnon: une invitation au grand réveil ») rapporte que des hommes politiques démocrates assassinent et mangent des enfants ou encore que le gouvernement américain a inventé le SIDA. En cause dans cette étonnante promotion ? Les algorithmes de recommandation du site Amazon : de nombreuses précommandes en ligne auraient conduit à cette valorisation du produit sur le site. Le même procédé technologique permet la promotion, en France, d’une littérature anti-vaccins. Des chercheurs se sont penchés sur la question opaque du paramétrage de ces algorithmes et avancent la conclusion que ce type de plateforme met d’abord en avant les contenus pourvoyeurs d’« engagements » (likes, partage, clics, commentaires…) liés aux émotions : des critères auxquels les théories du complot répondent en tous points (source : Le Figaro, 5 mars 2019).

WIKISTRIKE. Nombre de croyances complotistes sont relayées par des réseaux qui ont trouvé dans leur succès auprès de l’opinion publique, l’occasion d’en tirer des bénéfices financiers considérables. Enquête sur le business florissant du Niçois qui a créé Wikistrike, l’un des sites complotistes les plus populaires en France (source : Nice-Matin, 5 mars 2019).

ANTISIONISME. Dans une tribune au Monde, le philosophe et historien des idées Pierre-André Taguieff a rappelé les caractéristiques de ce qu’il nomme « l’antisionisme radical ou absolu », qu’il décrit forme historique la plus récente de l’antisémitisme. Les discours des antisionistes radicaux appellent à l’éradication de l’État d’Israël, systématisent la critique de cet État, pratiquent le « deux poids, deux mesures » à son égard, ainsi que sa diabolisation ou encore sa délégitimation par tous les moyens. « Tous ceux qui, aujourd’hui dans le monde, se disent “antisionistes” ne sont pas antijuifs, mais beaucoup le sont », estime notamment Taguieff (source : Le Monde, 5 mars 2019).

 PHILIPPE DE VILLLIERS. Dans un livre aux relents complotistes récemment paru, Philippe de Villiers fustige les pères fondateurs de l’Europe mais aussi le groupe de Bilderberg et le « mondialisme ». S’agissant de la construction européenne, il entend questionner « une vérité officielle, portée comme une Arche d’alliance par les lévites de Bruxelles » (sic). Des propos qui font écho à ceux déjà tenus le samedi 3 novembre 2018, dans l’émission « Salut les Terriens » (Canal +), lors de laquelle on pouvait l’entendre décrire Emmanuel Macron comme le « fondé de pouvoir de Rothschild (…) d’accord pour liquider le France, l’État, la souveraineté, les frontières et l’identité » (source : Conspiracy Watch, 6 mars 2019). Au sujet du livre lui-même, on lira la recension du Point qui souligne notamment le fait que « de Villiers s’inspire beaucoup des thèses de François Asselineau, d’Étienne Chouard et des sites complotistes qui ambitionnent depuis belle lurette de démontrer que l’Union européenne a été une créature de la CIA comme la progéniture des nazis » (source : Le Point, 6 mars 2019).

ALAIN SORAL. Le parquet de Paris a requis le 5 mars 2019 la condamnation du polémiste d’extrême droite Alain Soral à six mois de prison ferme et à 15 000 euros d’amende pour contestation de l’existence de la Shoah. Une amende a également été requise contre son avocat Damien Viguier. La publication en 2016 sur le site Égalité & Réconciliation d’un dessin avait fait l’objet d’une condamnation en appel, en 2018, à 10 000 euros d’amende avec possibilité d’emprisonnement en cas de non-paiement. Ce sont certains des propos contenus dans les conclusions de l’avocat, publiées sur le même site en novembre 2017, qui ont déclenché cette nouvelle affaire dont le jugement sera connu le 15 avril prochain (source : The Times of Israel, 6 mars 2019).

ATTAQUE CHIMIQUE. Producteur à la BBC, Riam Dalati a affirmé dans une série de tweets qu’une scène filmée dans un hôpital de Douma (Syrie) lors de l’attaque du 7 avril 2018 aurait été simulée. La scène présentait des victimes présumées d’une attaque au gaz sarin, faisant porter la responsabilité de l’attaque au pouvoir syrien. Extrapolant à partir d’une déclaration qui ne reniait pourtant pas l’attaque elle-même ni l’hypothèse d’une attaque chimique, l’ambassade russe au Royaume-Uni, rejointe par plusieurs médias conspirationnistes, a fait entendre que le journaliste avait déclaré qu’il pouvait « après six mois d’enquêtes […] prouver sans aucun doute que la scène de Douma a été mise en scène. » Le point sur une manipulation qui n’est étayée par aucun élément de preuve (source : Conspiracy Watch, 6 mars 2019). Au sujet de l’attaque chimique de Douma, on se reportera au rapport de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et les preuves communiquées en sources ouvertes sur le site (en français) de Bellingcat.

VACCINS. En Allemagne et en Suède, le taux de vaccination contre la rougeole est de 97 %, selon des données de l’OCDE datant de 2017. En France, ce taux se situe en dessous de 80 %. « On est le pays de Pasteur et pourtant on nous considère comme un mauvais élève, capable de propager le virus dans le monde », a récemment déploré Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, face à la désinformation régnant en France au sujet de la vaccination. Zoom du Parisien sur les anti-vaccins et leurs arguments (source : Le Parisien, 4 mars 2019). Dans Libération, Laurent Joffrin parle d’une « épidémie régressive » qui dépasse les réseaux sociaux en évoquant la présence de Michèle Rivasi, en deuxième position, sur la liste conduite par Yannick Jadot pour le parti EELV aux élections européennes. La militante écologiste s’est portée au premier rang de ceux qui contestent en France le principe même de la vaccination obligatoire (source : Libération, 8 mars 2019). On lira également le thread de Conspiracy Watch, rappelant qu’il y a deux ans, cette députée européenne avait organisé une projection du film Vaxxed d’Andrew Wakefield, un film si controversé qu’Amazon Prime Video l’a retiré de son catalogue.

HAINE ET « RÉINFORMATION ». Depuis plusieurs années, un petit groupe de milliardaires américains soutient des campagnes de diffusion de fausses informations dans plusieurs pays de l’Union européenne. Leur argent permet de financer de petits groupes d’activistes et des entreprises de communication politique spécialisée, dont l’action est ensuite démultipliée en ligne par l’achat de publicités sur les réseaux sociaux pour diffuser leurs messages. Au cœur de ce dispositif se trouvent notamment Robert Mercer et sa fille Rebekah, qui ont financé le lancement de Breitbart News, le site conspirationniste fer de lance de l’alt-right (extrême droite américaine) et de la campagne de Donald Trump (source : Le Monde, 7 mars 2019).

NEMMOUCHE COUPABLE. Jugé pour l’attentat au Musée juif de Belgique, à Bruxelles, le 24 mai 2014, Mehdi Nemmouche a été reconnu coupable, le 7 mars, d’être l’auteur d’un quadruple assassinat à caractère terroriste. Nacer Bendrer a pour sa part été considéré comme le « coauteur » des meurtres – et non comme leur « complice », ainsi que le ministère public l’avait demandé –, en ayant fourni les armes qui ont servi à la fusillade. La défense complotiste des avocats du terroriste, qui reposait sur la thèse d’une manipulation de leur client par les services de renseignement iraniens ou libanais après une mission d’infiltration auprès de l’« État islamique », a été rejeté par les jurés (source : Le Monde, 7 mars 2019). Les parties civiles sont apparues soulagées et satisfaites d’un verdict établissant le caractère antisémite de l’attentat et évacuant, de manière implacable, les théories du complot de la défense (source : Le Soir, 7 mars 2019).

ANTIMAÇONNISME. Dans la nuit du 9 au 10 mars 2019, le temple des francs-maçons de Tarbes (Hautes-Pyrénnées) a été vandalisé par un groupe de « gilets jaunes » en marge de l’« acte XVII ». Aucun vol n’y aurait été commis, d’après la police, mais de nombreux meubles et objets auraient été détruits. Dans un tweet, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a commenté l’alarmante dérive : « Après les juifs, les francs-maçons… Quand la bêtise rivalise avec l’intolérance la plus crasse »… (source : France bleu, 10 mars 2019).