Le 14 mai 1990, en fin d’après-midi, François Mitterrand descend dans la rue. Fait unique dans l’histoire de la Ve République, un président en exercice prend la tête d’un cortège de 200.000 personnes qui manifestent « contre la haine, l’intolérance et l’exclusion ». Du RPR au PCF, toute la classe politique défile à ses côtés. Seul Jean-Marie Le Pen manque à l’appel. A la même heure, il tente d’organiser une conférence de presse pour dénoncer « le véritable procès en sorcellerie » fait au FN. Trois jours après la découverte de la profanation du cimetière israélite de Carpentras, le décor est planté : « acte raciste ignoble » pour les uns, « machination » pour les autres. Six années durant, la tragédie de Carpentras et la passion qu’elle a engendrée donnent lieu à une série de dérapages et de manipulations. Avec une constante: la volonté du FN de récupérer l’événement pour se poser en « victime » de l’acharnement de « l’établissement ».

Tout au long de cette période, Le Pen conserve la même argumentation : la profanation n’est qu’une « manipulation » montée de toutes pièces contre son mouvement. Ses « auteurs » changeront, eux, de visage à de multiples reprises. Le chef du FN évoque tour à tour la main du « KGB », du « communisme national ou international », d’« une organisation extrémiste étrangère » et, surtout, de « Pierre Joxe et de l’Etat socialiste ». (…)

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Source : « Six ans de récupérations et de manipulations. Le FN a abondamment utilisé Carpentras pour se poser en victime d’un complot », Libération, 2 août 1996.