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Bruno Gaccio : un « complotissse » au Conseil de Paris ?

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Investi par LFI dans le 7e arrondissement de la capitale, Bruno Gaccio traîne derrière lui une longue série de sorties complotistes et de fréquentations sulfureuses.

Bruno Gaccio, invité de l'émission d'Eric Morillot (montage CW).

Bruno Gaccio n'est pas content. Hier soir, il devait tenir meeting à l'école maternelle de la Motte-Picquet dans le 7e arrondissement de Paris où il est candidat. Mais faute d'avoir été prévenue par la mairie d'arrondissement, tenue par Rachida Dati, l'établissement garde ses portes closes.

Il faut dire que l'ancienne plume des Guignols de l'info, qui brigue un siège de conseiller de Paris pour La France insoumise (LFI), est sur une terre de mission. Aux dernières Européennes, le mouvement mélenchoniste y a rassemblé seulement 5,28 % des suffrages. La distribution de tracts improvisée par les soutiens de Gaccio se heurte d'ailleurs à un mur d'indifférence sinon de franche hostilité. « Vous voulez vraiment me donner un tract LFI, c'est une blague ? », lance un passant. Une autre marque un arrêt pour s'enquérir du bord politique de Bruno Gaccio. Les trois lettres « L.F.I. » font l'effet d'un repoussoir : « Ah mais non, ce n'est pas possible. Nous, on aime Rachida Dati. Et Mélenchon, vraiment, il dit n'importe quoi sur les Juifs. Rima Hassan pareil. »

Sur les réseaux sociaux, l'annonce de la candidature Gaccio n'a pas été beaucoup mieux accueillie. Proche de LFI depuis plusieurs années maintenant, le sexagénaire a en effet multiplié les sorties à caractère complotiste − ou « complotissse » comme il le dit avec dérision.

Une quinzaine de personnes était présentes, mardi 10 mars, devant l'école maternelle de la Motte-Picquet pour assister à la réunion de campagne de Bruno Gaccio (photo CW).

« Manu, y'a le patron qui gueule ! » En commentant un communiqué du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) déplorant l'absence du président de la République lors de la marche contre l'antisémitisme du 12 novembre 2023, Gaccio laisse entendre qu'Emmanuel Macron serait à la botte du lobby juif. Un ressort classique dans la complosphère. Il faut dire que le candidat est allé à bonne école. En 2019, il se présentait comme un fin connaisseur du travail de Dieudonné et affirmait que le polémiste plusieurs fois condamné pour négationnisme et provocation à la haine raciale n'était pas antisémite, du moins pas « dans ses spectacles ». Le mois dernier encore, Gaccio prenait publiquement sa défense.

En 2010, soit plusieurs années après la dérive ostensiblement antijuive de l'ex-comparse d'Élie Semoun, l'auteur des Guignols associait son nom à celui de Dieudonné sur la couverture d'un livre, Peut-on tout dire ? (éd. Mordicus), collage de deux textes séparés sur la liberté d'expression. Quelques années plus tard, Marc-Edouard Nabe diffusait une vidéo dans laquelle l'écrivain le prend à témoin d'une logorrhée indigeste sur Adolf Hitler et l'attentat de Charlie Hebdo. La gêne de Gaccio est palpable.

L'homme ne s'est pas assagi pour autant. En plein mouvement des Gilets jaunes, et alors que les débordements antisémites ont été suffisamment nombreux pour que plusieurs obeservateurs et membres du mouvement s'en inquiètent, il relaie une fausse citation attribuée à Jacques Attali − avant de reconnaître son erreur.

Pendant la pandémie de Covid-19, il n'hésite pas à comparer « le statut des non vax » à celui des « Juifs en 40 ». Durant cette période, il s'oppose frontalement à la gestion de la pandémie en créant notamment le site plaintecovid.fr, pour faciliter les dépôts de plainte contre le gouvernement s'agissant de sa gestion de la crise sanitaire. En novembre 2024, il semble même se réjouir de la nomination de l'antivax Robert F. Kennedy Jr à la tête du ministère de la Santé des États-Unis. Quelques mois plus tôt, Bruno Gaccio qualifiait les vaccins anti-Covid d'« injections débiles » et la pandémie elle-même d'« expérience de Milgram grandeur nature » − du nom de Stanley Milgram, psychosociologue américain connu pour ses travaux sur l'obéissance et les conditions de soumission à l'autorité.

Les auditions devant la police des élues LFI Rima Hassan et Mathilde Panot pour « apologie de terrorisme » ? La preuve selon lui d'une dérive « fasciste » de la France macronienne. En dit-il autant de la Russie de Vladimir Poutine ? Pas vraiment. Après le décès d'Alexeï Navalny en février 2024 (dont on apprendra plus tard qu'il a probablement été assassiné sur ordre du Kremlin), Gaccio préfère dénoncer la « belle coordination entre la mort » de l'opposant politique russe et « la déclaration de guerre à peine voilée à la Russie, les hommages relayés des soutiens et les attaques préventives contre toutes contestation de la version officielle ».

Source : Bruno Gaccio/X, 17/02/2024.

Il n'hésite pas non plus à soutenir Ségolène Royal lorsque cette dernière doute de la réalité des crimes de guerre commis par l'armée russe en Ukraine. Déplorant que « la France a fermé arbitrairement 2 chaînes de télé [Sputnik et Russia Today, deux médias d'Etat russe – ndlr] pour que le narratif russe sur l’Ukraine ne nous parvienne pas », l'ex-comique se lamente : « Du coup on a que le narratif "otan". »

Par ailleurs, Bruno Gaccio ne manque pas une occasion de s'en prendre au président ukrainien Volodymyr Zelensky, qu'il oppose au « modéré » Vladimir Poutine (sic). Sauf que ses sources sur le sujet sont légèrement biaisées. Le candidat LFI se basant, entre autres, sur les analyses du poutinophile Régis Le Sommier, fondateur du média Omerta – qui aime beaucoup Dieudonné également.

Celui qui pense que Francis Lalanne est « courageux et sincère », reposte également des tweets de François Asselineau, de Silvano Trotta, d'Alexis Poulin, de Didier Maïsto, d'Alexis Haupt ou d'Idriss Aberkane...

Source : Bruno Gaccio/X, 18/01/2022.

Il s'est d'ailleurs rendu en 2022 sur la chaîne de « l'hyperdocteur » pour faire campagne pour LFI. En janvier, Bruno Gaccio a même encouragé ses followers à « aller consulter » les posts de l'influenceuse d'extrême droite Candace Owens, principale instigatrice de l'internationalisation de l'infox complotiste visant Brigitte Macron. « Je veux bien croire qu'elle est conspi, antisémite, homophobe, antiwoke et pro-Trump, concède-t-il à propos de la podcasteuse américaine aux millions d'abonnés. Mais comme c'est également ce que l'on dit de moi et que c'est faux à 100 %, j'ai un doute. »

Autant de fréquentations qui n'ont pas empêché LFI de l'investir... ou le média Blast de lui confier les rênes des Marioles, une émission satirique inspirée des Guignols.

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