Alors que les preuves s’accumulent contre l’officier du GRU Anatoli Tchepiga, le blogueur conspirationniste Craig Murray s’ingénie à nier l’évidence et à tenter de discréditer les enquêtes qui contrarient la version du Kremlin.

Rapprochement du portrait du colonel Anatoli Tchepiga et d’une capture d’écran de « Ruslan Boshirov » (source : RT).

Mardi 2 octobre, le site d’investigation britannique Bellingcat a publié des photographies hautement compromettante du mur des héros de l’École de haut commandement militaire d’Extrême-Orient (DVOKU en russe). On y voit affichés les portraits d’anciens élèves de l’établissement décorés de la médaille de héros de la Fédération de Russie, la plus haute distinction russe. Le portrait du colonel Anatoli Tchepiga, du GRU (le renseignement militaire russe), apparaît à l’extrémité droite du mur, dans la rangée du milieu.

Tchepiga, qui continue à être présenté par Moscou comme un civil du nom de « Ruslan Boshirov », est accusé d’être l’un des deux officiers de renseignement envoyés sur le sol britannique au mois de mars 2018 pour assassiner l’ancien agent russe Sergeï Skripal. Les sites Bellingcat et Russia Insider avaient révélé sa véritable identité le 26 septembre dernier.

Hier, Craig Murray a publié un billet de 260 mots dans lequel il met en doute l’authenticité d’un cliché découvert par Bellingcat« Les tentatives de Bellingcat d’en faire trop sur le cas Tchepiga sont en train de devenir ridicules. La photo qu’ils ont publiée aujourd’hui est un faux grossier », écrit le blogueur britannique sur Twitter. A l’appui de sa courte démonstration, Murray prétend que les reflets de lumière sur la surface de la photographie montrent qu’elle est manifestement truquée. Problème : il ne s’agit là que de spéculations gratuites qui, en tout état de cause, ne concernent qu’un seul cliché. Or, il existe au moins trois photographies du même mur, sous des angles différents, toujours avec le portrait du colonel Tchepiga. Les deux premiers, datés respectivement des mois de mars et juin 2017, ont été publiés par Bellingcat.

Un premier posté le 18 mars 2017 :

Un second posté le 26 juin 2017 sur le réseau social russe OK.ru (c’est celui évoqué par Craig Murray) :

Un autre enfin posté sur le site officiel de l’École de haut commandement militaire d’Extrême-Orient en date du 9 avril 2016 :

En d’autres termes, le plus ancien cliché du portrait du colonel Tchepiga sur le mur des héros de la Fédération de Russie de l’École de haut commandement militaire dont nous disposons a été mis en ligne par l’École elle-même, et ce, près de deux ans avant l’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia !

Ancien diplomate britannique reconverti dans l’activisme politique, Craig Murray, 60 ans, est une figure incontournable de la complosphère anglophone. Ses « analyses » sont régulièrement médiatisées par la chaîne russe RT ainsi que par les sites et blogs pro-Kremlin. Le mois dernier, il avait déjà tenté d’expliquer que deux clichés montrant les deux agents russes suspectés par les autorités britanniques d’être derrière la tentative d’assassinat de Sergueï Skripal étaient des montages. Murray défend l’idée selon laquelle la Russie n’a rien à voir avec l’empoisonnement au Novitchok de Sergueï Skripal et suggère que l’Etat d’Israël pourrait en être le véritable responsable.