L’affaire des carnets secrets d’Yves Bertrand, l’ex-patron des Renseignements généraux (RG), a mis un coup de projecteur sur le cas de l’ancien commissaire Hubert Marty-Vrayance alias « Gorge profonde ». Bakchich.info décrit ce dernier comme une « brebis-galeuse » de la Direction centrale des RG, « doté d’une imagination extraordinairement fertile » au point de nourrir « des idées particulièrement iconoclastes sur la prise d’otage de la maternelle de Neuilly, en mai 1993 (l’affaire ”Human Bomb”) ».

Mais ce que Bakchich.info omet de préciser, c’est que Marty-Vrayance a été identifié par Guillaume Dasquié et Jean Guisnel comme étant l’une des sources de Thierry Meyssan. L’auteur de l’Effroyable imposture ne manque pas, d’ailleurs, de remercier « H. M.-V. » à la fin de son livre pour son « expertise ».

Qui est donc Hubert Marty-Vrayance ? Révoqué de la Police nationale pour avoir monnayé des renseignements confidentiels piochés dans les fichiers de police (cartes grises, casier judiciaire, etc.), cet ancien officier des RG est décrit par Yves Bertrand comme un « maniaque de la conspiration (…) spécimen le plus accompli de manipulateur – mythomane ». Le Point.fr note que « dans les carnets d’Yves Bertrand, cet ancien commissaire occupe une place de choix. C’est à lui que Yves Bertrand (…) confie la mission de localiser Yvan Colonna. Au fil des pages, le berger corse est repéré au Venezuela puis en Auvergne ! C’est ce même Marty-Vrayance qui sera chargé par le chef du cabinet noir d’Yves Bertrand de faire publier un livre sur le passé trotskiste de Jospin ». C’est encore lui qui mènera des investigations sur la mort de Pierre Bérégovoy, débouchant sur la conclusion que l’ancien Premier ministre ne s’est pas suicidé… Quant à Guillaume Dasquié et Jean Guisnel, ils écrivent que Marty-Vrayance était un « promoteur déterminé du ‘‘complot’’, n’hésitant pas à avancer les arguments les plus irrationnels pour convaincre ses collègues ainsi que (Thierry Meyssan lui-même) ».

Quels ont été les liens entre Hubert Marty-Vrayance et Thierry Meyssan ? Dasquié et Guisnel écrivent :

Un journaliste se souvient d’avoir été présenté à Thierry Meyssan par Marty-Vrayance lui-même, au cours d’un dîner à la Maison du Tarn à Paris, à l’automne 1998. Si depuis la sortie de l’Effroyable imposture le commissaire a pris quelques distances avec Thierry Meyssan, clamant notamment qu’il « n’a pas joué de rôle initiateur » auprès de lui, plusieurs éléments indiquent que contrairement aux autres « experts » il a favorisé le développement de la thèse du complot elle-même, pointant la responsabilité d’une faction de l’armée américaine. De par ses activités professionnelles, avait-il des indices lui permettant de prendre cette hypothèse au sérieux ? Non, nullement. Pas la trace d’une preuve. Spécialisé dans la sécurité informatique, il reconnaîtra lors d’un entretien, le 4 avril 2002, que sa connaissance du dossier du 11 septembre se bornait aux informations diffusées par la presse, tout en se montrant résolument en faveur de la thèse du complot. Un parti pris relativement répandu dans les services de renseignement français, où la paranoïa naturelle de nombreux agents secrets les conduit souvent à privilégier systématiquement l’existence de conspirations pour expliquer les événements qui échappent à leurs champs de compétences.

En l’espèce, Marty-Vrayance n’a pas tardé à diffuser ses convictions. Nous avons pu accéder aux messages électroniques qu’il a échangés sur le forum spécialisé dgse.org (de Stéphane Jah et Mathieu Dupart – NDLR), dans lequel intervenaient experts et auteur de L’effroyable imposture. Ainsi, deux jours seulement après les attentats, le jeudi 13 septembre à 20 h 59, il évoque le premier l’éventualité d’un acte manigancé par des puissances demeurant masquées. (…) Près de 48 heures seulement après l’attaque terroriste, un homme parcourant la presse sur son ordinateur croit détenir la vérité. Qu’importe si en matière de terrorisme les enquêteurs spécialisés ne se prononcent pas avant plusieurs mois d’enquêtes, voire avant plusieurs années (…).

Sources :
* Site officiel L’Effroyable mensonge, de Guillaume Dasquié, chapitre 3, partie 2
* Michel Ousseuga, « …Et “Gorge profonde” », Bakchich.info, 15 octobre 2007.
* Jean-Michel Décugis, Christophe Labbé et Olivia Recasens, « Carnets d’Yves Bertrand (suite) – Le cabinet noir des RG », Le Point, 23 octobre 2008, n° 1884.

Voir aussi :
* Le dernier secret de Pierre Bérégovoy
* Pascal Riché, « Bérégovoy : théories et contre-théories du complot », Rue89, 30 avril 2008.

ERRATUM :
Guillaume Dasquié et Jean Guisnel ont été poursuivis en justice par Hubert Marty-Vrayance et Thierry Meyssan pour leur ouvrage L’effroyable mensonge. Hubert Marty-Vrayance a toujours été débouté de ses demandes contre le livre. Quant à Thierry Meyssan, la Cour d’appel de Versailles l’a débouté de ses plaintes le 17 mars 2007.

ERRATUM (27/11/2008) :
Dans l’édition du 26 novembre 2008 du Point.fr, on peut lire :
Pour mener ses “enquêtes réservées”, Yves Bertrand s’est appuyé sur un réseau de policiers et de journalistes travaillant dans l’ombre, sans se connaître. Une petite équipe façon Pieds-Nickelés qu’il a recrutée avec l’oeil du maquignon. Parmi eux, le commissaire
Marty-Vrayance, soupçonné d’avoir inspiré le livre de Thierry Meyssan L’effroyable imposture, qui prétend que les attentats du 11 septembre 2001 ne sont qu’une mise en scène. Dans les carnets de l’ancien directeur des RG, on le voit pister Yvan Colonna successivement au Venezuela, à Périgueux… On doit aussi à Marty-Vrayance un dossier hallucinant sur la mort de Pierre Bérégovoy, remis à Yves Bertrand en février 2001. Un document de 32 pages intitulé “Autopsie d’un crime d’État, contre-enquête”, où l’on apprend que l’ancien Premier ministre ne s’est pas suicidé, mais a été exécuté par des “services très spéciaux”, tout comme, plus tard, le photographe James Andanson, qui en savait trop. Révoqué de la police pour une histoire de tricoche, Marty-Vrayance s’est depuis reconverti dans la voyance. Son rapport sera distillé, notes blanches à l’appui, dans les rédactions, afin sans doute de salir la gauche à l’approche de la présidentielle, et les reporters partis vérifier la thèse sur le terrain reviendront évidemment bredouilles. Un ouvrage défendant cette thèse loufoque verra malgré tout le jour deux ans plus tard.

ERRATUM (27/12/2008) :
Bakchich.info s’est procuré le verbatim d’une conversation, en octobre 2002, entre les commissaires Didier Rouch et Hubert Marty-Vrayance, deux porte flingues à l’époque du patron des Renseignements Généraux, Yves Bertrand (lire l’article ici). On y apprend que c’est Marty-Vrayance qui a présenté Didier Rouch à Thierry Meyssan :