Une enquête d’opinion publiée vendredi 2 décembre 2016 et menée auprès d’un échantillon de 3 000 musulmans britanniques révèle que 31% d’entre eux pensent que le gouvernement américain lui-même est responsable des attentats du 11 septembre 2001 (39% chez les 18-24 ans).

L’étude, réalisée par ICM pour le compte du think tank Policy Exchange, consacre 9 pages au rapport qu’entretiennent les musulmans britanniques avec le conspirationnisme.

Les résultats du sondage suggèrent un décalage profond entre les représentations du monde de la minorité musulmane et le reste de la société britannique : seulement 4% des musulmans du Royaume-Uni (contre 71% du groupe de contrôle ; voir ci-dessous) pensent ainsi qu’Al-Qaïda est responsable des attentats du 11-Septembre. Dans le même temps, ils sont 7% à estimer que les Juifs sont derrière ces attaques (contre 1% du groupe de contrôle). 52% déclarent enfin « ne pas savoir » qui a commandité les attaques.

L’enquête montre qu’environ 40% des musulmans britanniques, et parmi eux plus spécifiquement les étudiants, sont sensibles aux théories du complot et pensent qu’elles «contiennent souvent des éléments de vérité».

De manière très significative, il apparaît que les catégories sociales supérieures sont plus enclines à accorder du crédit aux théories du complot que les autres. Ainsi, le niveau d’éducation n’est clairement pas un obstacle à une croyance dans des thèses conspirationnistes.

Autre enseignement de l’étude : ceux qui ont le plus de sympathie à l’égard des actes de violence politique sont plus enclins que les autres à estimer que les théories du complot contiennent des éléments de vérité.

Les résultats montrent également que les personnes vivant dans des régions où les musulmans forment plus de 50% de la population locale sont… beaucoup moins susceptibles d’estimer que les théories du complot contiennent des éléments de vérité (34% contre 43% dans les régions où les musulmans sont minoritaires), ce qui peut paraître contre-intuitif. C’est pourtant bel et bien le cas.

Si l’adhésion au conspirationnisme est loin de se limiter à la communauté musulmane, certaines théories du complot, en particulier celles qui se rapportent à des récits de victimisation des musulmans, semblent rencontrer un écho plus favorable que dans le reste de la population.

Les musulmans britanniques nés au Royaume-Uni sont plus susceptibles que ceux nés à l’étranger d’accuser le gouvernement américain d’être derrière le 11-Septembre (37% contre 26% pour les personnes nées hors de Grande-Bretagne). À l’inverse, ce sont les personnes âgées de 55 à 64 ans qui sont les plus nombreuses à accuser les Juifs d’avoir fomenté les attentats (10% contre 7% chez les autres musulmans sondés).

L’hypothèse d’une corrélation entre adhésion complotiste et manque de confiance dans les élites politiques et les médias semble se vérifier à nouveau : sur 19 médias proposés, un seul, The Islam Channel, une chaîne de télévision britannique dédiée à la communauté musulmane, est considéré comme « juste » dans son traitement de l’actualité par 52% des sondés (contre 34% pour la BBC, 31% pour Channel 4 et 23% pour Sky News). L’étude indique ainsi que beaucoup de musulmans perçoivent les médias comme une force hostile vouée à leur diabolisation.

La minorité musulmane au Royaume-Uni est estimée à environ 3 millions de personnes, soit près de 5% de la population totale.

En septembre dernier, une étude de l’Institut Montaigne montrait que l’idée selon laquelle « en France, les musulmans sont victimes d’un complot » recueillait un assentiment important (37%) parmi les Français de confession musulmane.

Source : Martyn Frampton, David Goodhart & Khalid Mahmood MP, " Unsettled Belonging: A survey of Britain’s Muslim communities ", 2016.

Voir aussi :
* 11-Septembre : plus d’un Français sur quatre croirait à l’implication du gouvernement américain
* Quand Sadiq Khan dénonçait le complotisme