Muni de son passeport et de sa carte de député européen, l’Italien Mario Borghezio a vainement tenté, le 9 juin dernier, de s’inviter à la réunion annuelle du désormais célèbre groupe Bilderberg, qui s’est tenue pendant trois jours dans un hôtel de Saint-Moritz, en plein cœur des Alpes suisses. L’information a fait l’objet d’une dépêche de l’agence de presse italienne Ansa, source de la majorité des billets relatant l’affaire sur le web. Mais si la plupart d’entre eux soulignent la brutalité avec laquelle Mario Borghezio rapporte avoir été éconduit par les agents de sécurité de l’hôtel, tous sont curieusement muets sur le parcours de cette figure de l’extrême droite transalpine, évitant de mentionner que le parti auquel il appartient, la Ligue du Nord, est un mouvement xénophobe membre de la coalition de Silvio Berlusconi.

Qui est vraiment Mario Borghezio ? Ancien membre du mouvement national-révolutionnaire Jeune Europe, Mario Borghezio a été condamné à deux reprises par la justice italienne : pour avoir brutalisé un petit Marocain de 12 ans et pour avoir incendié un abri de SDF étrangers. Dans un documentaire diffusé en 2009 sur Canal +, l’eurodéputé italien soulignait la nécessité pour les siens de pratiquer le double langage, recommandant à ses camarades d’une section niçoise du Bloc identitaire d’« insister sur le côté régionaliste » de leur mouvement, «bonne manière de ne pas être classé comme fasciste nostalgique ». Même si, précisait-il, « en-dessous, nous sommes toujours les mêmes »… Une déclaration qui laisse peu de doute sur les convictions profondes du parlementaire.

Le blog "Droites extrêmes" rappelle que Borghezio est loin d’être un inconnu en France. Il a ainsi pu être aperçu au cours des dernières années au Club de l’Horloge, à la convention des Identitaires, ou encore, l’année dernière, comme invité d’honneur de la 4ème journée nationale et identitaire.

Sa dénonciation véhémente et paranoïde de la menace que constitueraient la présence de musulmans en Europe l’a naturellement conduit à s’associer aux « Assises internationales sur l’islamisation de nos pays » (au cours desquelles Pierre Cassen, l’animateur du site Riposte laïque, a donné lecture du message de soutien envoyé par Borghezio).

Sans doute dans un souci de faire échec à toute invasion, d’où qu’elle vienne, ce farouche contempteur de « l’islamisation de l’Europe » a réclamé, en 2009, la levée du « secret » sur les observations d’ovnis…

C’est sans surprise qu’on découvre que Borghezio est un fan de l’idéologue américain Lyndon LaRouche, dont il vante l’expertise en matière économique et qu’il considère comme un persécuté injustement censuré par le système. C’est pour réparer cette injustice que le député de la Ligue du Nord a spécialement organisé, en décembre 2008, une conférence dans l’enceinte même du Parlement européen de Strasbourg. En plus de Mario Borghezio et de Lyndon LaRouche, figuraient à la tribune, Helga Zepp-LaRouche (l’épouse du gourou), Claudio Celani (un "analyste" travaillant pour la revue larouchiste EIR) et Cristiana Muscardini, une eurodéputée italienne issue du Movimento Sociale Italiano, l’héritier du Parti national fasciste de Mussolini.

Que Borghezio et LaRouche fassent cause commune n’a rien de réellement étonnant. Car le dernier cheval de bataille qu’a enfourché Borghezio – et qui lui a avantageusement assuré une notoriété sur le Net –, c’est bien la lutte contre le groupe Bilderberg, accusé de travailler secrètement à l’avènement d’un « nouvel ordre mondial ». Une obsession que partage Lyndon LaRouche qui décrit le Bilderberg comme une création des «Synarchistes français » (sic) et de « l’oligarchie financière anglo-hollandaise».

Le 11 novembre 2009, Borghezio s’insurgeait devant ses collègues parlementaires contre le fait que certains responsables politiques européens dont les noms circulaient pour la présidence du Conseil participaient à ce qu’il qualifiait de « groupes occultes », citant le Bilderberg ou la Commission trilatérale.

Six mois plus tard, l’eurodéputé italien était à l’initiative d’une conférence de presse sur le Bilderberg organisée à Bruxelles dans une salle mise à disposition des parlementaires européens. Il y invita Daniel Estulin, auteur d’un best-seller de la littérature conspirationniste sur le Bilderberg, un ouvrage puisant une large partie de ses sources dans les écrits de Lyndon LaRouche lui-même ou de ses adeptes. A l’époque, plusieurs sites conspirationnistes, comme infoguerilla.fr, avaient présenté de manière aussi grotesque que fallacieuse cette courte conférence d’une demi-heure comme l’équivalent d’« une session plénière du parlement européen ». Estulin avait également été invité à s’exprimer en direct au micro de Russia Today, la chaîne de télévision anglophone du Kremlin qui a, de longue date, fait le choix d’offrir une tribune à tout ce que la planète ou presque compte comme conspirationnistes fascisants.

Voir aussi :
* Bilderberg 2010 : ce que vous ne lirez pas ailleurs
* Le Venezuela déroule le tapis rouge pour le conspirationniste Daniel Estulin