L’incendie qui a ravagé hier la cathédrale n’était pas encore maîtrisé que les réseaux sociaux bruissaient de conjectures complotistes en tous genres.

Lundi 15 avril, aux alentours de 18h50, un violent incendie s’est déclenché à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Le feu serait parti de l’échafaudage qui était en cours d’installation pour restaurer la flèche. Pendant plusieurs heures, il a rongé le monument, détruisant les deux tiers de la toiture de l’un des édifices les plus emblématiques de la capitale. Ce drame a poussé le président de la République Emmanuel Macron à annuler son allocution télévisée prévue le soir-même à 20 heures dévoilant ses réponses au  grand débat organisé dans le sillage du mouvement des Gilets jaunes. Il n’en fallait pas plus pour attiser les spéculations conspirationnistes sur les réseaux sociaux, certains refusant de voir une coïncidence fortuite dans le déclenchement de l’incendie et le report des annonces présidentielles.

Le premier à faire les frais de la théorie du complot est Emmanuel Macron lui-même ou ses partisans de La République en Marche (LREM), suspectés d’avoir intentionnellement provoqué l’incendie à Notre-Dame afin d’avoir un prétexte pour se défiler. Une insinuation que l’on retrouve dans des posts de groupes Facebook de Gilets jaunes et qui furent rapidement supprimés après avoir été fustigés dans les commentaires, rapporte sur Twitter le journaliste des Décodeurs du Monde Samuel Laurent.

Montage émanant du site pseudo-satirique Nordpresse.be puis posté sur un groupe Facebook de Gilets jaunes comptant plus de 20 000 membres.

La youtubeuse complotiste australienne pro-Bachar el-Assad, Maram Susli, plus connue sous le pseudonyme @Partisangirl, a accusé de son côté Emmanuel Macron d’avoir « probablement mis le feu à Notre-Dame pour discréditer les Gilets jaunes » (tweet supprimé par la suite). Certains de ses followers furent prompts à y voir l’action des… Rothschild, tandis que, sur Facebook ou Twitter, d’autres accusent les musulmans, les juifs ou encore les francs-maçons.

Selon le complotiste britannique Paul Joseph Watson, collaborateur d’Infowars, le site d’Alex Jones, l’incendie aurait été déclenché délibérément.

La source de Watson ? Rien de plus qu’un tweet d’un chroniqueur du Time, Christopher J. Hale, tweet rapidement supprimé par son auteur après qu’il a reconnu qu’à ce stade, il ne s’agissait que d’« une rumeur non fondée ».

David van Hemelryck, un gilet jaune suivi par près de 22 000 personnes sur Twitter, a dénoncé quant à lui « une fable » et s’est interrogé sur un « déséquilibré qui contemple le feu » que l’on pourrait discerner sur une image de la cathédrale. Or, comme l’explique AFP Factuel, ce n’est pas un individu que l’on aperçoit sur certains clichés au niveau du toit de l’édifice, mais une statue…

Toujours dans la catégorie « ce n’est pas un accident », Philippe Karsenty, un élu de Neuilly qui s’était illustré en co-signant un livre d’entretiens avec Renaud Camus, le théoricien du Grand Remplacement, et qui a alimenté pendant plusieurs années la théorie du complot relative à la mort du jeune Palestinien Mohamed Al-Dura, a déclaré sur la chaîne de télévision américaine Fox News que « les adeptes du politiquement correct vous feront croire que c’est un accident ». Le présentateur a alors mis fin à l’interview expliquant que l’on ne pouvait pas spéculer sur ce point alors que « l’on n’en savait rien pour l’instant ».

De nombreux internautes, dont le député des Français de l’étranger Meyer Habib (UDI), ont relayé des images montrant une silhouette circulant le long d’un balcon de la façade de la cathédrale et présentée comme pouvant être l’incendiaire. Il s’agit en réalité d’un pompier comme l’atteste, à partir d’une vidéo de meilleure qualité, le compte Twitter Fake Investigation :

Le complotiste Laurent Glauzy s’est livré quant à lui sur Facebook à de savants calculs numérologiques lui permettant d’affirmer sans l’ombre d’un doute que l’incendie de Notre-Dame est « un canular pour préparer une guerre civile manipulée par la franc-maçonnerie ». L’auteur de La numérologie secrète de la Synagogue de Satan (2017) considère que « la supramaçonnerie diffusent (sic) ainsi des nombres cabalistiques pour poser leur empreinte (sic) et s’adressant (sic) ainsi à des initiés ».

En somme, l’incendie qui a pu être arrêté dans la nuit, a donné lieu à des théories du complot émanant du monde entier et des horizons politiques les plus divers.

Privilégiant à ce stade la piste de l’accident, le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour « destruction involontaire par incendie ». Les auditions des employés des entreprises qui intervenaient sur le site pour mener à bien les travaux de rénovation ont commencé aujourd’hui, une quinzaine d’entre eux ayant été présents hier à Notre-Dame.

 

Voir aussi :

 

(Dernière mise à jour : 16/04/2019 à 19h30)